Écologie

Toujours pas de débat scientifique à la COP28, mais de violentes joutes politiques

Par Stanislas de Larminat - Publié le 09/12/2023 - Le ministre de l'Industrie et des Technologies avancées des Émirats arabes unis et président de la COP28, Sultan bin Ahmed Al Jaber, assiste à la 28e Conférence des Parties (COP28) à l'Expo City Dubaï à Dubaï, Émirats arabes unis, le 4 décembre 2023. Phot

On aurait pu croire que, pour une fois, la COP28 engagerait un débat scientifique contradictoire toujours absent dans ce type de sommet ! Le président de la COP28 , Sultan Al Jaber avait en effet lancé, dès le 21 novembre à un forum de l'ONG She Changes Climate, qu'il n'existait « aucune science, ni aucun scénario, qui affirme que l'élimination progressive des combustibles fossiles permettra d'atteindre 1,5°C ». Aussitôt, les commentateurs se sont insurgés, qualifiant ce propos de « déni scientifique ». Al Jaber s'est fait reprocher de tenir un discours « inquiétant et belliqueux ». Et le recours aux invectives et aux arguments d'autorité a tenu lieu de débat : « Nous sommes dans une crise absolue… parce que nous ne nous sommes pas encore engagés à éliminer progressivement les combustibles fossiles  ». Le 1er décembre, Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, tentait de clôturer l'affaire à la COP28 : « La science du changement climatique est claire depuis des décennies : la limite de 1,5 °C n'est possible que si nous arrêtons finalement de brûler tous les combustibles fossiles. Ni réduire, ni diminuer. Suppression progressive ! ».

Le débat s'est donc déplacé sur un autre terrain, celui du développement économique. Al Jaber a également déclaré qu'une élimination progressive des combustibles fossiles ne permettrait pas le développement durable : « Montrez-moi, a-t-il déclaré, la feuille de route pour une élimination progressive des combustibles fossiles qui permettra un développement socio-économique durable, à moins que vous ne souhaitiez ramener le monde dans des grottes (...) Montrez-moi les solutions. Arrêtez de pointer du doigt. Arrêtez ça !  » A l'opposé, le Dr Friederike Otto, de l'Imperial College de Londres, au Royaume-Uni, a rejeté l'affirmation selon laquelle « les combustibles fossiles étaient nécessaires au développement des pays les plus pauvres », ajoutant, en faisant allusion à la croissance verte, qu'il y a « d'énormes co-bénéfices qui découlent du passage à un monde sans fossiles ».

Dans ces échanges, Al Jaber souffrait d'un handicap, celui d'être directeur général de la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis, Adnoc, en même temps que président de la COP28. Il y avait « conflit d'intérêt  ». Mais ces propos rejoignent pourtant, sans aucune concertation entre leurs auteurs, ceux de Yoweri K. Museveni, président de l'Ouganda : « Nous voulons la levée du moratoire sur les investissements dans les combustibles fossiles pour l'Afrique, afin que nous puissions répondre aux besoins de nos propres populations. Il ne faut pas s'étonner que les Africains se tournent vers d'autres pays pour y trouver des investissements sans discours moralisateur. La surabondance d'investissements énergétiques chinois en Afrique au cours des dernières décennies peut être vue à travers ce prisme. Des arrivées plus récentes, notamment des Turcs et des Indiens, aident à construire les infrastructures dont les Africains ont besoin pour sortir leur continent de la pauvreté et le hisser sur la scène internationale… Au lieu de cela, l'argent occidental s'est déversé dans des projets éoliens et solaires dont des esprits vertueux se félicitent dans les couloirs du Congrès et les chancelleries d'Europe, mais qui laissent les Africains sans électricité lorsque le vent ne souffle pas et que le soleil ne brille pas… L'Europe est complice de l'imposition de la pauvreté à l'Afrique » (News-Week 8 novembre 2022). Le président d'un des pays africains les plus pauvres sait par expérience que ces pays ne se développeront qu'avec une énergie abondante et bon marché.

Comment avancer ? Aujourd'hui, 36 % des opinions mondiales «  ne pensent pas que le réchauffement actuel est principalement dû à l'activité humaine, et qu'il est principalement dû à un phénomène naturel ou qu'on ne peut pas savoir » selon l'Observatoire International Climat et Opinions Publiques (Obs'COP 2022). Il s'agit d'une moyenne, variant entre 18 et 51 % selon les pays, avec 37 % en France.
Face à un tel constat, deux attitudes sont possibles.
- L'attitude la plus courante consiste à refuser tout débat au prétexte qu'il est déjà tranché, et à augmenter la pression médiatique et politique. Mais les chiffres ci-dessus sont en augmentation, ce qui montre que c'est contre-productif.
- La seconde consisterait à organiser des débats contradictoires transparents, et même accorder des financements de recherche scientifiques paritaires, entre des équipes bleues, couleur du consensus, et des équipes rouges, couleur de la dissidence.
Sans de tels débats honnêtes et publics, le risque d'incompréhension, de raidissement et de paralysie politique est réel. Aujourd'hui, discuter de « suppression des énergies fossiles » ou de « sortie des énergies fossiles » relève un peu de l'argutie sémantique. Alors que négocier une « sortie ordonnée et juste des énergies fossiles » serait une option plus réaliste, même si cela ne satisferait pas les plus radicaux.

La sélection
Cop28 president says there is ‘no science’ behind demands for phase-out of fossil fuels
Lire l'article sur The Guardian
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2 commentaires
Le 11/12/2023 à 14:11
On parle beaucoup des combustibles à éliminer mais on parle beaucoup, beaucoup moins des forêts qui sont deboisées, voire détruites pour bétonner de plus en plus ou pour planter des arbres à rendements nettement plus élevés ou encore pour construire, maintenant, des maisons "écologiques" en bois. Toutes ces réunions, tout ce tralala ne sont qu'hypocrisie pour, au final, culpabiliser les peuples, les pousser à acheter des véhicules électriques qui sont extrêmement polluants en matières premières, en extraction et en recyclage. Ces hommes politiques sont des malfaiteurs, pour les uns qui veulent conserver leurs richesses comme le pétrole ou le gaz et on peut les comprendre êtes autres qui, soi-disant, veulent "sauver" la planète alors que sans les faits, nous voyons bien qu'un minimum est réalisé. Par conséquent, qui est le plus hypocrite des 2 groupes ?
Le 10/12/2023 à 01:23
Bonjour mm mr je suis bien ruce
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