Société

L'État semble s'aviser du rôle majeur de la famille

Par Philippe Oswald - Publié le 21/11/2023 - Photo : Shutterstock.

La famille, « cellule de base de la société », est la grande oubliée du pouvoir politique depuis le quinquennat de François Hollande. Lui-même, en fait, ne l'avait pas oubliée mais l'avait plutôt « dans le collimateur » puisqu'il avait cru bon de se débarrasser d'un ministère dédié à « la famille ». C'est sous son quinquennat, en mars 2016, que le ministère « de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes » a été rebaptisé en ministère « des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes » afin de mettre en avant « le caractère pluriel des familles ». François Hollande ne s'était pas contenté de cette mesure symbolique : dès juillet 2015, il avait placé les allocations familiales sous conditions de ressources. Cette modulation des allocations familiales en fonction des revenus mettait fin à l'universalité des allocations familiales, en vigueur depuis 1945 en France.

S'il n'en est évidemment pas la seule cause, ce coup porté à la politique familiale, devenue une simple variable d'ajustement de la politique sociale, coïncide avec la chute de la natalité. Selon l'Insee (28 /09/ 2023) « après avoir atteint en 2022 le même niveau qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la natalité a encore baissé de près de 7 % au premier semestre 2023 ». Cette chute vertigineuse de la natalité (en douze ans, entre 2010 et 2022, le recul atteint 12,8 %) combinée à la chute plus ancienne des mariages, s'accompagne d'une explosion des violences conjugales, des séparations et des divorces, et des maltraitances des enfants par des parents ou des beaux-parents...Finalement, c'est toute la société qui est ébranlée, à bas bruit par la dénatalité, spectaculairement par l'explosion des violences et des « incivilités ».

La famille est en piteux état. Pourtant, il n'est toujours pas question de retrouver un ministère dédié à « la famille » en ayant l'air de soutenir un modèle familial « classique ». En revanche, il existe un « secrétariat d'État chargée de l'Enfance ». C'est par son biais, par la bande pourrait-on dire, que la réalité d'une imbrication entre l'état de la famille et celui de la société vient d'émerger lors d'un colloque intitulé : « Prendre soin du couple pour mieux protéger l'enfant » introduit le 13 octobre à l'Assemblée Nationale par Charlotte Caubel, secrétaire d'État chargée de l'Enfance. Ce thème a été relayé par une tribune collective de 550 professionnels de la relation conjugale dans le JDD (en lien ci-dessous).

La famille, c'est d'abord un couple : or, mariés ou non, 425 000 parents se séparent chaque année en France, source de souffrances innombrables pour eux et pour leurs enfants. Source de pauvreté aussi : 29 % des enfants vivant dans des familles monoparentales se trouvent sous le seuil de pauvreté contre 13 % des enfants vivant avec leurs deux parents. Plus l'enfant est jeune lors de la séparation, plus le risque de pauvreté s'accroît. Et la santé physique et mentale se dégrade : « De nombreuses études l'ont démontré : la vie familiale et ses dynamiques relationnelles sont en effet de puissants déterminants de santé, au même titre que l'environnement ou l'alimentation ». Cette souffrance se manifeste aussi dans les trajectoires scolaires : « Le risque de redoublement est deux fois plus élevé chez les enfants de familles monoparentales, lesquels ont deux fois moins de chances d'être diplômés du secondaire. Les probabilités d'obtenir un diplôme bac + 5 chutent de 45 % à 25 % pour les enfants de parents séparés. » Quant aux violences dont l'actualité fournit des exemples quotidiens, 60 % des mineurs présentés à la Justice dans le cadre des violences urbaines de l'été 2023 vivaient en famille monoparentale.

Ce pourcentage en appelle un autre : le 16 novembre, le ministère de l'Intérieur a publié un rapport sur les violences conjugales constatées en 2022 : « Les services de sécurité ont enregistré 244.000 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire, soit une augmentation de 15 % par rapport à 2021, proche du taux d'évolution annuel moyen constaté depuis 2019. » Les deux tiers de ces violences conjugales sont physiques et la majorité des victimes sont des femmes (86 %). Mais ces pourcentages en appellent encore d'autres, relève Boulevard Voltaire : officiellement, selon l'Insee qui n'enregistre évidemment pas les clandestins, « la population étrangère vivant en France s'élève à 5,3 millions de personnes, soit 7,8 % de la population totale » Or, « 17 % des mis en cause sont de nationalité étrangère, contre 83 % de Français » - sans oublier qu' « un tiers de la population en France a un lien avec l'immigration sur trois générations », selon Sylvie Le Minez, responsable de l'unité des études démographiques et sociales de l'Insee (Le Point, 30/03/2023).


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Les ruptures familiales sont un problème public majeur
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