L'enlèvement de Maduro : OPA sur Caracas
Nicolas Maduro, le Président vénézuélien (contesté après des élections massivement entachées d'irrégularités en 2024), est donc tombé le 3 janvier. Une date fatidique : c'est le 3 janvier 1990 que Manuel Noriega, l'homme fort du Panama, s'est rendu aux forces américaines. Maduro, comme Noriega, est accusé de trafic de drogue vers les États-Unis. Le bilan de l'Operation Just Cause de 1990 au Panama : ce petit pays d'Amérique Centrale est devenu une démocratie dynamique à l'économie florissante. Mais rien n'indique – à ce stade - que le Vénézuéla suivra la même voie.
L'Operation Absolute Resolve a été un franc succès avec l'exfiltration de Nicolas Maduro (avec son épouse). Contrairement au Panama il y a 26 ans, les Américains n'ont pas eu besoin d'envoyer des milliers de Marines et de parachutistes (27000 hommes). L'élite des forces spéciales (« Delta Force » de l'US Army) n'a fait face qu'à une faible résistance. Il y aurait une cinquantaine de morts parmi les défenseurs – en majorité des Cubains. Un scénario qui laisse entendre que Maduro a été livré par son propre gouvernement – en premier lieu la Vice-Présidente Delcy Rodríguez aujourd'hui à la tête de l'État. C'est-à-dire que l'opposition vénézuélienne et Maria Corina Machado, la lauréate du prix Nobel de la paix en 2025, sont laissées sur la touche. Seules certitudes affichées par Donald Trump publiquement : les États-Unis vont gérer la « transition démocratique » et mettre la main sur le pétrole vénézuélien. La suite des événements reste obscure : on pourrait avoir un scénario à la panaméenne par lequel les autorités de Caracas vont lancer des élections surveillées par Washington avec une victoire de l'opposition à la clé. Mais l'autre option est un maintien au pouvoir des chavistes soumis aux exigences américaines concernant l'exploitation des immenses réserves de pétrole. On ne risque pas au Vénézuéla le chaos connu au Moyen-Orient : la structure étatique est solide et l'abandon de Maduro indique que les caciques du régime souhaitent tourner la page du chavisme. Mais le pourrissement politique pourrait conduire à une situation « à la colombienne » c'est-à-dire avec des guérillas retranchées dans les montagnes couvertes de jungle. Et les premiers sondages depuis la capture de Maduro indiquent qu'une part importante de la diaspora veut revenir au Vénézuéla – avec le risque de troubles sociaux.
Les groupes armés colombiens qui vivent grâce aux trafics de drogue représentent une menace majeure : l'Armée nationale de libération colombienne (ENL) – dissidente marxiste-léniniste des FARC – entend protéger la « révolution bolivarienne ». Un changement de régime à Caracas menace en effet son « business ». Et les forces armées vénézuéliennes corrompues n'ont pas la capacité ni l'expérience de leurs homologues colombiennes. La corruption au Vénézuéla est massive autour d'un État mafieux : seuls le Sud-Soudan et la Somalie font pire... Même les Chinois ont abandonné leur allié sud-américain – après avoir injecté près de 100 milliards de dollars dans l'économie vénézuélienne depuis 25 ans. Ils comptaient se rembourser grâce aux vastes réserves de pétrole. Face à un État failli incapable de rembourser près de 10 milliards de dollars parce que ses infrastructures pétrolières ont périclité du fait de son incompétence et des sanctions, Maduro est devenu un facteur de risque pour Pékin. Quitte à laisser les Américains gérer le pays indirectement, au moins ils sauront remettre en route la production et trouver un « deal » pour fournir les industries chinoises... La Russie de Vladimir Poutine n'a que mollement protesté. Pour les Russes aussi Maduro était devenu un allié problématique et la volonté affichée des Américains de sauvegarder leurs intérêts régionaux va de pair avec leurs revendications en Ukraine...
La prochaine étape à Caracas sera périlleuse. Le coup de poker de Donald Trump, si le Vénézuéla reste stable, est d'obtenir un levier majeur en contrôlant l'or noir. D'un côté, les États-Unis deviennent de moins en moins dépendant du Moyen-Orient compliqué en ayant un impact direct sur le cours du baril. Ils peuvent ainsi mettre la Russie sous pression en faisant baisser le prix du pétrole tout en obtenant une monnaie d'échange avec la Chine : « Reprenez le commerce de terres rares avec nous et nous assurerons votre fourniture en pétrole pas cher. » L'Iran des mollahs, l'autre allié de Caracas, se retrouve enfin dans une situation très fragile car isolé - comme le prouvent les manifestations partout dans le pays.
Un coup politique enfin pour Donald Trump avec les élections de mi-mandat à l'automne prochain. La suite judiciaire sera néanmoins compliquée. L'inculpation pour trafic de drogues a pour objet de justifier que l'Operation Absolute Resolve n'était pas une action de guerre normalement soumise à l'approbation du Congrès... L'Amérique de Donald Trump veut montrer sa puissance et dominer le continent tout en refusant de rentrer dans le jeu du « changement de régime » des 25 dernières années.
- Nicolas Maduro et sa femme ont été capturés tôt le 3 janvier dernier
- Donald Trump annonce ouvertement vouloir contrôler le pétrole vénézuélien
- Cette opération casse les codes du droit international et précipite le monde diplomatique dans un environnement dominé par la loi du plus fort
- La mainmise sur le Vénézuéla offre des leviers aux Etats-Unis face aux rivaux russe et chinois. Elle menace directement la survie des régimes iranien, cubain.