Al Gore et l'art difficile de la prophétie
Il y a vingt ans, Albert Arnold Gore se découvrait un nouveau rôle : l'ancien vice-président des États-Unis (1993-2001), battu d'extrême justesse par George W. Bush à l'élection présidentielle US de 2000, devient une sorte de prophète mondial. Il mobilise la planète contre la catastrophe imminente du réchauffement climatique, dans la suite d'une action politique lancée en 1988, prolongée par le best-seller Earth in the Balance, édité à l'été 1992, qui le conduira finalement à devenir le colistier de Bill Clinton en novembre 1992.
En 2006, il publie le documentaire choc « une vérité qui dérange » qui reprend les informations à caractère scientifique « établies » (« settled ») sur le phénomène en évoquant des conséquences terribles à court terme. Le film, acclamé et promu par tous les médias, est immédiatement un immense succès, diffusé dans le monde entier. Il est présenté au Sénat Américain, afin de le convaincre de voter les budgets pour la lutte climatique, puis devant de nombreuses autres Assemblées parlementaires mondiales, dont le Parlement Européen et l'Assemblée nationale en France. Il génère 24 millions de dollars de revenu aux États-Unis, et plus du double au box-office mondial. Il est projeté dans de nombreuses écoles et universités et remporte l'Oscar du meilleur long métrage documentaire un an plus tard.
Cette action médiatique à l'avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique va contribuer à accroître la fortune personnelle d'Al Gore de 1 à 330 millions en quelques années. Il développe notamment le fonds d'investissement Generation Investment Management, créé en 2004 avec un ami proche, David W. Blood, ancien directeur général de Goldman Sachs, pour la promotion des technologies vertes, qui a aujourd'hui plus de 30 milliards de dollars d'actifs sous gestion et se lance en parallèle dans le négoce de certificats d'émissions de CO2.
En 2007, le Prix Nobel de la paix lui est attribué, conjointement avec le célèbre Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), « pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme », comme l'explique à Oslo, le président du comité Nobel norvégien, Ole Danbolt Mjoes. Il réussi même la performance de faire entrer à l'Advisory Board de son fonds, Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC de 2002 à 2015 (curieuse indépendance de la science et du capitalisme) et il devient membre du Board of Trustees de Davos en 2015 où il est toujours actuellement (Rapports du Forum Économique Mondial).
Petit problème : les « connaissances » affirmées au nom de la « science » et les prévisions alarmistes diffusées par Al Gore vont se révéler totalement fausses. Dès octobre 2007, le film fait l'objet d'un premier jugement négatif de la justice britannique saisie par le chef d'établissement d'un lycée du Kent qui contestait la diffusion du film dans le cadre scolaire. La Haute Cour de Londres répertorie neuf « erreurs », exagérations et manipulations du film qui commence par une mise en garde de Mark Twain : « Ce n'est pas ce que vous savez qui vous cause des ennuis. C'est ce que vous croyez savoir avec certitude, mais qui est faux. »
« D'ici dix ans, il n'y aura plus de neige sur le Kilimandjaro » affirmait-il en 2006 de manière péremptoire. Mais 20 ans plus tard, rien n'a changé. Le sommet de l'Afrique arbore toujours son iconique couche blanche et il continue à y avoir toujours trois fois plus de neige que dans la ville la plus enneigée des États-Unis.
« Les modèles informatiques indiquent que tous les glaciers auront disparu en 2020 » expliquait Al Gore, si bien que les responsables du Glacier National Park mirent des pancartes pour les touristes : « Dites adieu aux glaciers » … avant de les retirer discrètement… en 2020.
Il prophétisait également après l'Ouragan Katrina de 2005 que la fréquence et la puissance des cyclones allait exploser, à cause de la montée des températures, mais il n'en a rien été comme le montre le site de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) : au cours des dix années suivantes, jusqu'en 2016, aucun ouragan majeur n'a frappé les USA, ce qui est sans précédent depuis 100 ans. Même le GIEC, dans son Rapport de 2013 contredit Al Gore : il n'y a aucune augmentation des phénomènes climatiques extrêmes qui serait causée par le réchauffement climatique.
Le plus effrayant était l'annonce de la fonte des calottes glaciaires et l'élévation résultante du niveau des océans de 6 mètres conduisant à la submersion simulée de régions entières. Le documentaire montrait les Îles du Pacifique, la Floride, San Francisco, les Pays bas, Shanghai et ses 40 millions d'habitants, Calcutta et ses 60 millions d'habitants, Manhattan et le Mémorial du World Trade Center submergés par les eaux et conduisant à d'innombrables déplacés climatiques … « Imaginez 100 millions de réfugiés (…) Rien n'est plus effrayant (…) C'est notre survie qui est en jeu ». Mais en réalité le niveau des mers n'est monté que de 10 cm dans les 30 dernières années et dans les pires prévisions (en cas d'émissions de gaz à effet de serre très élevées) il ne montera qu'entre 60 et 100 cm d'ici à 2100. Deux ans après avoir obtenu l'Oscar, lors du Sommet de Copenhague sur le climat en 2009, Al Gore récidive en prédisant que la glace de l'Articque devrait avoir presque complètement disparu en été à partir de 2013. Ce qui s'est révélé encore complètement faux.
Aucune de ces prédictions ne s'est réalisée. Et bien d'autres affirmations d'Al Gore sont très contestées : la théorie des morts massives d'ours polaires qui succomberaient aux nages trop longues entre icebergs a été ridiculisée par l'arrêté britannique. L'inversion du Gulf Stream ne fait l'objet d'aucune certitude scientifique. Et le GIEC et plusieurs spécialistes reconnaissent que d'autres phénomènes cités et attribués au réchauffement climatique comme l'assèchement du Lac Tchad ou la disparition du corail et des espèces liées, sont en réalité multifactoriels.
En résumé, un fantasme apocalyptique délirant a été si médiatiquement mis en avant qu'il a profondément marqué notre époque et nos consciences, en exagérant délibérément de manière alarmiste des réalités qui, si elles avaient été présentées dans leurs conséquences prévisibles, n'auraient pas ému la planète. Certes, l'art de la prophétie est un art difficile, mais, en l'occurrence, Al Gore ne semble avoir pu être conduit à délivrer à un discours aussi « ouvertement partisan » (selon les propres termes de la chaîne Current TV qu'il a créé en 2005 avec l'avocat Joël Hyatt), aussi exagéré et aussi faux, qu'en raison d'un agenda politique et économique personnel et de multiples conflits d'intérêt scandaleux dont personne ne s'est encore jamais excusé à ce jour.
- Au début des années 2000, Al Gore s'est imposé comme figure centrale de l'alarmisme climatique, avec notamment le documentaire Une vérité qui dérange, largement promu, primé et utilisé comme outil de persuasion politique à l'échelle mondiale.
- La quasi-totalité de ses prédictions spectaculaires diffusées comme scientifiquement établies se sont révélées complètement fausses ou très exagérées
- Le discours climatique d'Al Gore a coïncidé avec un enrichissement personnel massif, via des fonds d'investissement verts, le marché des crédits carbone, et un copinage soulevant de sérieux conflits d'intérêts entre science, politique et finance.
- Son récit apocalyptique a été présenté à tort comme une certitude scientifique, marginalisant le doute, la nuance et la complexité réelle des phénomènes climatiques.