LES FRANÇAIS N'APPROUVENT PAS L'EUTHANASIE, SELON LA FONDAPOL
Olivier Falorni désire être à l'euthanasie ce que Simone Veil fut à l'avortement. Pour entrer dans l'histoire, le député Modem n'hésite pas à forcer le destin. Dans son exposé des motifs, il parle d'une loi – la sienne – « qu'attend une très grande majorité de nos concitoyens ». Cette rhétorique de la demande relève de la manipulation, le travail de la Fondapol montrant que « les Français n'approuvent pas la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie et le suicide assisté ».
Cette enquête OpinionWay réalisée en octobre sur un échantillon de 3021 personnes répond au sondage quelque peu frelaté commandé à l'Ifop en 2024 par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Les questions y étaient formulées de telle sorte que 90 % des répondants en moyenne s'étaient prononcés en faveur de la mort administrée ! Tout simplement parce qu'aucune autre solution n'était proposée... Ce résultat extravagant sur un sujet si grave aurait dû susciter des contrefeux médiatiques forts, afin que le débat ne fût pas escamoté.
Avec l'enquête de la Fondapol – quelque 80 pages – les parlementaires peuvent se documenter sérieusement et ne pas craindre de prendre un risque politique en s'opposant à une réforme sociétale. D'autant qu'à l'exception de l'UDR d'Éric Ciotti, les partis s'abstiennent de prendre position, laissant la liberté de vote à chacun de leurs députés. N'émanant ni d'une famille politique, ni d'une majorité parlementaire, ni du pays et de sa population, l'élu de la nation devrait pouvoir légiférer plus sereinement. Le fera-t-il ? C'est toute la question.
Cette enquête contient une série d'enseignements variés dont chacun témoigne de la complexité du sujet. Tout commence par une priorité clairement affichée : « Pour 50 % des Français, il faut d'abord proposer des soins palliatifs sur tout le territoire et ensuite seulement envisager l'introduction d'un ''droit à l'aide à mourir'' ». Si un de leur proches était gravement malade, ils sont même 52 % à privilégier les soins palliatifs. Partout, les Français désirent placer des verrous pour fermer la porte aux dérives qu'ils pressentent. Dans des proportions très importantes, ils redoutent l'extension de l'euthanasie aux plus vulnérables. Par exemple, 78 % souhaitent une procédure spécifique pour les personnes intellectuellement déficientes qui solliciteraient la mort administrée. Ou encore : ils sont 77 % à vouloir un avis médical obligatoire si un majeur protégé désire mettre fin à ses jours, alors qu'en l'état actuel du texte, un second médecin doit être consulté mais n'est pas obligé d'examiner le patient. De même 49 % refusent qu'il soit possible de poursuivre un psychiatre s'efforçant d'orienter différemment un patient dépressif.
Autre leçon très parlante : 55 % des 18-24 ans redoutent une extension de la loi aux plus pauvres. On monte à 60 % parmi les proches de LFI, ce qui est très au-dessus de la moyenne de l'échantillon (39 % craignent l'extension aux plus pauvres, contre 46 % qui ne la craignent pas). Le divorce est flagrant entre la base de LFI et ses élus au Parlement (62 députés mélenchonistes ont voté pour, 1 contre, 3 absentions).
La Fondapol montre que « toutes les familles politiques sont opposées à la proposition de loi » Falorni. Le niveau de désaccord contredit les idées reçues. Si Reconquête fait la course en tête (64 %), La France Insoumise arrive sur la deuxième marche du podium (55 %) à égalité avec Les Républicains. Suivent Horizons et le Parti communiste (54 %), le Parti socialiste, Place Publique et le Modem (52 %), au même niveau que le Rassemblement national et les Écologistes. Le niveau de désaccord le plus faible concerne les sympathisants de Renaissance (49 %).
Même si ces chiffres tiennent presque tous dans un mouchoir, ceux-ci attestent que l'opposition à l'euthanasie et au suicide assisté ne se limite ni à la droite, ni aux milieux conservateurs catholiques, ni à la mouvance identitaire. L'enquête de la Fondapol montre qu'une lecture sociale prévaut dans l'esprit des personnes interrogées et que donner à l'État le droit de tuer ne va pas de soi.
- Les Français demandent d'abord que les soins palliatifs soient accessibles partout
- Ils craignent qu'une future loi ne soit pas assez protectrice
- Toutes les familles politiques s'opposent à la proposition de loi Falorni, la plus permissive du monde
- Les 18-24 ans redoutent particulièrement qu'on aille vers l'élimination des plus pauvres