« L'aide à mourir » est devenue la priorité gouvernementale
Faire adopter la proposition de loi sur « l'aide à mourir » est une priorité pour ses partisans, gouvernement et présidente de l'Assemblée Nationale en tête. Elle prend le pas sur plusieurs projets de loi d'une brûlante actualité, l'un contre les violences urbaines, l'autre sur la justice criminelle, un autre encore sur la protection des enfants , après les viols dans le périscolaire et le meurtre de la jeune Lyhanna (LSDJ n°2703). Afin de la soustraire à « l'embouteillage » législatif (Le Figaro,11/06/2026), « l'aide à mourir » va disposer d'un coupe-file pour être adoptée définitivement à la mi-juillet, malgré le désaccord croissant entre les parlementaires, au sein du corps médical, et dans l'opinion, sur ce sujet majeur de civilisation.
Après son deuxième échec au Sénat, le 11 mai dernier (LSDJ n°2696 ), et faute d'un compromis entre députés et sénateurs de la Commission mixte paritaire réunie le 2 juin, la proposition de loi visant à instaurer un droit à «l'aide à mourir » a été modifiée par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, du 8 au 10 juin. Le texte modifié réintroduit un choix entre l'euthanasie et le suicide assisté, dont l'issue serait qualifiée contre toute vraisemblance de « mort naturelle»… La personne aura le choix de s'administrer elle-même la substance létale ou de recourir à un médecin ou à un infirmier. « Cela revient à impliquer encore plus les soignants dans la procédure, alors qu'une bonne partie est hostile à cette proposition de loi » déplore Alliance Vita (11/06/2026). Si le « délit d'entrave » à l'aide à mourir a disparu avec le « délit d'incitation », la clause de conscience ne s'appliquera ni aux pharmaciens qui refuseraient de fournir une substance létale (cf. cet entretien au JDD (08/06/2026) du docteur Agnès Certain, pharmacien hospitalier à Paris), ni aux chefs d'établissement qui s'opposeraient à ce que l'euthanasie soit pratiquée dans leurs murs. En outre, tous les amendements visant à préserver de « l'aide à mourir » les majeurs protégés, notamment ceux atteints de déficience intellectuelle, ont été rejetés.
C'est ce texte qui sera débattu en séance publique par les députés du 22 au 26 juin. S'ils l'adoptaient, il reviendrait en session extraordinaire du parlement au mois de juillet, pour une troisième lecture au Sénat le 7 juillet, puis pour le vote final « solennel » de l'Assemblée, le 15 juillet, les députés ayant le dernier mot. Dans une lettre à Sébastien Lecornu (05/06/2026), Jean-Frédéric Poisson, président du parti chrétien-démocrate Via, exhorte le Premier ministre à ne pas signer une loi qui ferait de notre pays « un des plus permissifs au monde en matière d'euthanasie ». « Sur un sujet si grave, le Premier ministre semble adopter la position de Ponce Pilate. Il garde le silence » relève Génèthique (11/06/2026), alors qu'il n'avait pas donné suite à la demande d'audience urgente que lui avait adressée le collectif Soins de Vie , qui réunit une vingtaine d'organisations soignantes. «Moi j'ai la main qui soigne, je ne veux pas être la main qui tue» affirment ces médecins et infirmiers (Egora,13/05/2025). Consultés par la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) à propos de cette future loi ouvrant le « droit à l'aide à mourir », 78,9% des professionnels de santé ou bénévoles d'accompagnement se disent « préoccupés » (48,3% des médecins affirment être « très préoccupés »), 76,2% sont « méfiants », 76,1% se disent « inquiets », 69,1% « insatisfaits » et 52,5% se déclarent même « en colère » (Consultation nationale de la SFAP, 10/06/2026, en lien ci-dessous).
Dans son éditorial à Europe 1 (15/06/2026), Vincent Trémolet de Villers pointe l'acharnement gouvernemental à faire voter cette loi malgré les divisions croissantes des parlementaires et l'avis majoritairement négatif des professionnels de santé. Le processus était « vicié dès le départ », affirme-t-il en rappelant qu'Emmanuel Macron avait annoncé à Line Renaud : « Nous le ferons ! ». Il dénonce « la dissimulation constante » qui entoure cette proposition de loi, à commencer par l'occultation des mots « euthanasie » et « suicide assisté » dans le texte. « Pour un acte aussi important, ajoute-t-il, les délais de rétractation sont moins importants que pour un achat immobilier ou même un prêt à la consommation (…) Si la loi est votée, vous verrez que c'est la dimension économique qui entrera la première en jeu ». De fait, les mutuelles de santé promeuvent cette loi... Si elle était votée, conclut l'éditorialiste, « les conséquences pratiques peuvent être absolument terrifiantes. Les députés doivent le mesurer avant de voter. Sinon la tache morale sur l'Assemblée Nationale sera indélébile.»
Au prix de l'ouverture d'une session extraordinaire en juillet, l'exécutif entend faire adopter ce texte conflictuel avant les vacances parlementaires. Une course contre la montre s'est enclenchée. Renvoyé au Sénat, qui devrait logiquement à nouveau le retoquer, le texte reviendra au Palais Bourbon pour une adoption définitive par les députés. Cela ferait du permis de donner la mort l'une des rares réformes abouties du quinquennat. Tout un symbole !
La promesse d'Emmanuel Macron de légaliser l'euthanasie est devenue la priorité gouvernementale.
La proposition de loi sur l'« aide à mourir » prend le pas sur des projets de loi d'une brûlante actualité : lutte contre les violences urbaines, réforme de la Justice, protection des enfants…
Une session extraordinaire du Parlement devrait permettre aux députés d'adopter la loi à la mi-juillet, malgré l'opposition réitérée du Sénat, le doute qui s'instaure dans l'opinion publique, et contre l'avis majoritaire des professionnels de santé.
Cette loi sur l'euthanasie et le suicide assisté ferait de la France l'un des pays les plus permissifs et transgressifs au monde.