Bioéthique

Le retour offensif de « l'aide à mourir »

Par Philippe Oswald. Synthèse n°2639, Publiée le 19/01/2026 - Photo : Une rupture majeure dans la civilisation qui jusqu'ici intégrait le précepte « Tu ne tueras pas » Crédits : KimLantz - Creative commons
La proposition de loi sur la fin de vie revient cette semaine dans l'agenda parlementaire. Bien qu'amendée par la Commission des affaires sociales du Sénat, elle prévoit une « assistance médicale à mourir » par suicide assisté et euthanasie qui consacrerait un permis de tuer. Les opposants, dont l'Église catholique, dénoncent une rupture anthropologique majeure assortie d'une mesure liberticide.

De retour dans l'agenda parlementaire, la proposition de la loi sur la fin de vie sera examinée par le Sénat le 20 janvier. Elle viendra en seconde lecture à l'Assemblée nationale le 16 février. La Commission des affaires sociales du Sénat a déjà examiné et amendé ce texte « pour limiter la portée de l'aide à mourir » selon Le Figaro (07/01/2026). Pourtant, fondamentalement, la Commission a validé le principe d'une « assistance médicale à mourir » par suicide assisté et euthanasie, déplore l'association Alliance Vita.

Selon ses rapporteurs, ce texte autorise « un médecin à prescrire une substance létale afin d'éviter au patient en fin de vie toute souffrance et toute obstination déraisonnable.» Ils affirment s'inscrire dans le cadre « prévu pour la mise en œuvre de la sédation profonde et continue jusqu'au décès » par la loi Claeys-Leonetti. L'ancien ministre Jean Leonetti conteste pourtant vivement cette affirmation. Sur RCF (12/01/2026) il dénonce « une rupture majeure » entre la loi en vigueur et ce projet de loi. La sédation profonde et continue vise à soulager des souffrances réfractaires aux traitements d'un malade en fin de vie, et non à provoquer délibérément la mort. Qui plus est, déplore Jean Leonetti « contrairement à la loi Claeys‑Leonetti, le projet de loi actuel prévoit une condamnation si on essaye de persuader quelqu'un de ne pas aller vers le suicide assisté. » Et cela, alors que « dans 20 départements français, il n'y a aucune proposition de soins palliatifs. »

« Si la loi nous oblige à accueillir l'euthanasie au sein de nos établissements, c'est toute notre identité qui est remise en cause, et nous ne pourrons pas accepter ça ! », avertit sur X Sœur Marie Foucauld, religieuse des Petites Sœurs des maternités catholiques, médecin, et présidente du conseil d'administration de la clinique Étoile à Aix. « L'aide à mourir » plonge les établissements catholiques dans une « angoisse existentielle », confirme La Croix (15/01/2026) : « ...de nombreux établissements de santé et médico-sociaux catholiques manifestent une grande inquiétude et demandent une clause de conscience collective. » En effet, le texte adopté en première lecture par l'Assemblée nationale prévoit bien une clause de conscience pour les professionnels de santé mais pas pour le personnel non-soignant, à commencer par les directeurs d'établissement. Dans l'état actuel du texte, ils seraient tenus de respecter la loi en laissant pratiquer l'euthanasie au sein de leur établissement, leur refus les rendant passibles d'un « délit d'entrave » condamné par deux ans de prison et 30 000€ d'amende. Cette mesure a été supprimée par les sénateurs, mais elle pourrait être imposée par les députés lors de la seconde lecture par l'Assemblée. Comme Sœur Marie Foucauld, Sœur Eulalie-Marie, religieuse hospitalière de Saint-Thomas de Villeneuve, a fait le voyage à Paris « pour demander que, d'une manière ou d'une autre, notre spécificité éthique soit respectée », explique-t-elle à La Croix. « Si ce n'est pas le cas, nous pourrions être amenées à fermer nos établissements en France. Et nous ne sommes pas les seules !» La France compte en effet une dizaine d'hôpitaux ou cliniques catholiques, et quelque 350 établissements médico-sociaux, généralement des Ehpad.

Si l'Assemblée nationale refusait d'introduire cette clause de conscience, observe Grégor Puppinck, directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), la France deviendrait le pays le plus coercitif du monde en la matière, aucun autre pays où l'euthanasie est légale, n'allant jusqu'à emprisonner les réfractaires. La proposition de loi, explique-t-il, « ignore volontairement la liberté des établissements de refuser ces pratiques en leur sein. Or cette liberté est essentielle, en particulier pour les établissements confessionnels fondés et dirigés par des congrégations religieuses. Sans le respect de cette liberté, ces établissements seraient obligés d'agir contre leurs convictions religieuses, et leur raison d'être.» Or le magistère de l'Église catholique le leur interdit formellement : publiée en 2020, la lettre Samaritanus bonus « sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie » déclare que les lois qui approuvent l'euthanasie « non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience », mais « entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience ».

La Conférence des évêques de France (CEF) affiche la même détermination : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort », écrivent les évêques dans une tribune publiée le 14/01/2026   : « Nous nous opposons clairement à ce que la loi soit votée en l'état » résume Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre et porte-parole des évêques de France sur la question de la fin de vie.

Les partisans du « droit à mourir » affirment que les Français approuvent la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie et le suicide assisté. Une étude de la Fondapol (en lien ci-dessous) démonte cette affirmation.

À retenir
  •  La proposition de la loi sur la fin de vie sera examinée par le Sénat le 20 janvier. Elle viendra en seconde lecture à l'Assemblée nationale le 16 février.

  •  Selon ses rapporteurs, ce texte autorise « un médecin à prescrire une substance létale afin d'éviter au patient en fin de vie toute souffrance et toute obstination déraisonnable.»

  •  Il s'agit donc d'un permis de tuer par l'euthanasie ou le suicide assisté.  

  •  Les opposants dénoncent une rupture anthropologique majeure assortie d'une grave atteinte à la liberté de conscience des responsables d'établissements de soins, notamment catholiques.

La sélection
Les Français n'approuvent pas la proposition de loi visant à légaliser l'euthanasie et le suicide assisté.
Fondapol
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1 commentaire
Le 19/01/2026 à 20:40
Il faut tout faire pour s'opposer au vote de cette loi. Ce permis d'ôter la vie va automatiquement amener des dérives extrêmement graves. Les soignants vont devoir faire face à des responsabilités insurmontables si la loi est votée. Les soignants exercent leur métier pour sauver les patients et non les emmener vers la mort. Il faut développer à tout prix et partout sur le territoire français les soins palliatifs. C'est la solution humaine.
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