La capture de Maduro suscite des commentaires embarrassés en France
« Quelles réactions politiques en France après la capture de Nicolas Maduro par les États-Unis ? » titre Sud-Ouest (05/01/2026). En tête des protestataires, on trouve sans surprise Jean-Luc Mélenchon. Le chef de La France Insoumise (LFI) a dénoncé le « pur impérialisme » américain, place de la République à Paris, le 3 janvier. « Il faut, sans barguigner, exiger la libération et le retour immédiat de Nicolas Maduro libre au Venezuela », a-t-il clamé, nullement troublé par le fait que le Venezuela, sous la férule de Maduro, n'avait rien d'un pays libre. Huit des vingt-huit millions de citoyens vénézuéliens ont fui en exil, les autres, à l'exception des soutiens du régime, étant plongés dans la misère et la peur d'une arrestation arbitraire. La révélation, notamment par la Suisse, de la fortune accumulée à l'étranger par Maduro (estimée à 4 milliards de dollars) n'a pas davantage suscité de commentaire du chef de la France Insoumise. Et pas davantage le fait que la réélection du dictateur n'a été reconnue ni par les 14 pays du groupe de Lima (Europe 1, 21 mai 2018), ni par les 27 pays de L'Union européenne (cf. Euronews, 29/08/2024).
La droite et le centre ont pratiqué à qui mieux mieux le « en même temps » macronien pour condamner l'intervention américaine tout en dénonçant la dictature de Maduro. Paradoxalement, le président de la République avait d'abord rompu avec le « en même temps » en se contentant d'appeler, le 3 janvier, à une « transition pacifique » et « démocratique » au Venezuela, dont le peuple ne peut que se « réjouir » d'être « débarrassé » de la « dictature Maduro ». Mais il s'était distribué les rôles avec son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a déclaré de son côté que l'opération américaine « contrevient » au droit international. Comme si cela ne suffisait pas, le chef de l'État a rétropédalé deux jours plus tard en Conseil des ministres, en affirmant le que la « méthode utilisée » par les États-Unis pour capturer le président vénézuélien n'était « ni soutenue ni approuvée » par la France (Courrier International, 05/01/2026) « La majorité des autres responsables politiques se sont prêtés à un difficile exercice d'équilibriste », constate Ouest-France, le patron du PS, Olivier Faure, dénonçant même sur X, « un feu vert donné à tous les autocrates du monde ». Sauf que pour Maduro, le feu est passé au rouge vif !
Plus circonspect, l'eurodéputé social-démocrate Raphaël Glucksmann s'est contenté de déclarer : « Pas une larme pour le dictateur ploutocrate Maduro, mais il faut avoir conscience que nous entrons dans un monde sans droit international où prévaut la loi du plus fort. » Même constat de la part du chef de file des députés macronistes, Gabriel Attal. Lui non plus « ne regrette pas » le départ de ce « dictateur » mais il voit dans l'opération américaine « un signe supplémentaire que le monde est désormais régi par la force » alors que les Européens restent cantonnés au rôle de « spectateurs impuissants ».
Tous les responsables LR sont à peu près sur la même longueur d'onde. Sur X, l'ancien Premier ministre Michel Barnier (LR) juge que l'attaque américaine « confirme que l'usage décomplexé, unilatéral de la force devient dangereusement le mode privilégié d'action internationale, y compris de la part de démocraties alliées ». Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée nationale, ne se démarque pas : elle juge qu'il y avait « mille raisons de condamner le régime de Nicolás Maduro : communiste, oligarchique et autoritaire » mais que « la souveraineté des États n'est jamais négociable ». Son allié UDR Eric Ciotti, a franchement salué la « chute du dictateur Maduro », sans omettre d'ajouter que « cette bonne nouvelle pour le peuple vénézuélien doit s'intégrer dans le respect du droit international. »
Mais l'approbation la plus ferme a été énoncée sans ambages par Sarah Knafo (Reconquête) relève Le JDD (04/01/2026). L'eurodéputée a salué la chute d'« une narco-dictature qui nous inondait de drogue » : « Quand une narco-dictature est une menace directe, notamment par le trafic de drogue, en inondant les États-Unis et l'Europe de ce poison, c'est elle qui viole notre souveraineté. Alors, ce n'est plus de l'ingérence que d'agir : c'est de la légitime défense », a-t-elle tweeté le soir du 3 janvier. Elle a assorti son jugement de ce commentaire : « D'autre part, qu'a fait le droit international pour le peuple vénézuélien depuis 1999 ? Un peuple affamé par un régime criminel qui a détruit l'un des pays les plus riches du monde et déstabilisé toute la région. Le droit international de M. Mélenchon et consorts protège les tyrans contre les peuples, au lieu de protéger les peuples contre la tyrannie. » L'eurodéputée Reconquête a conclu en déclarant préférer « un réalisme qui sert la liberté et défend nos intérêts qu'un légalisme qui protège les bourreaux qui nous menacent ».
La question d'une intervention américaine se pose à présent pour l'Iran dont la situation évoque, à bien des égards celle de son alliée le Venezuela, estime l'essayiste Nicolas Baverez dans Le Figaro (en lien ci-dessous).
Comment se réjouir de la chute d'un dictateur tout en défendant le droit international ?
La capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par Donald Trump a contraint la plupart des responsables politiques français à pratiquer le « en même temps ».
Deux exceptions : la condamnation sans réserve de Jean-Luc Mélenchon, et la franche approbation de Sarah Knafo (Reconquête).
L'euro-députée s'est refusée à défendre un « droit international [qui] protège les tyrans contre les peuples, au lieu de protéger les peuples contre la tyrannie. »