L'offensive contre CNews menace la démocratie
« Supprimer CNews de l'audiovisuel français » : cette pétition contre la chaîne d'information en continu a engrangé plus de 800 000 signatures. « CNews n'est pas une chaîne d'information. C'est une machine de propagande », lit-on dans l'introduction. Cette pétition avait été déposée le 10 juin par un particulier sur la plateforme de l'Assemblée nationale. Elle y végétait avant d'être dopée par l'attentat raciste du 23 octobre à Trappes, son maire, Ali Rabeh, ayant accusé les médias d'avoir créé un climat incitatif à l'attaque. Le seuil largement franchi de 500 000 signatures rend possible un débat dans l'Hémicycle. Il appartiendra aux députés de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de voter mardi prochain,10 novembre, pour ou contre l'opportunité d'organiser ce débat. Le non devrait l'emporter (Le Monde, 03/11/2026). Mais le but de l'extrême-gauche est d'intimider les médias en excitant la vindicte contre les journalistes, désormais systématiquement pris à parti et parfois menacés physiquement.
Le fer de lance de cette offensive est l'accusation de racisme stigmatisant tout propos évoquant l'immigration. Le scénario épouse les vieux codes de l'antifascisme. Le 29 septembre 2007, Lionel Jospin déclarait sur France Culture : « Durant les années du mitterrandisme, tout antifascisme n'était que du théâtre, il n'y a jamais eu de menace fasciste ». Ce « théâtre » n'a pas fait relâche mais s'est enrichi de l'antiracisme. C'est au nom de la lutte contre le racisme que le siège parisien de CNews et d'Europe 1 a été pris pour cible par une centaine de personnes au début des manifestations du 17 octobre. Elles pouvaient se prévaloir de la mise en demeure que l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) avait adressée en juin dernier à CNews, enjoignant à la chaîne de corriger un « déséquilibre manifeste et durable dans l'expression des courants de pensée et d'opinion», en particulier « sur la menace que représenteraient l'immigration et l'islam pour la société française ». On attend de voir comment l'Arcom répondra à la saisine de la Ligue des Libertés après la suppression par France Inter de l'éditorial de Charles Sapin, directeur-adjoint de Valeurs actuelles (cf. LSDJ n°2742).
Principalement ciblée, CNews n'est plus la seule citée à comparaître devant le tribunal de l'extrême-gauche. Deux jours après l'attentat de Trappes, le député de La France Insoumise (LFI) Louis Boyard pointait la « responsabilité médiatique » de BFMTV, M6, W9 et CNews, en les accusant de « déshumaniser ces habitants des quartiers populaires ; ça favorise le passage à l'acte de ces militants d'extrême droite. » Le maire de Trappes, quant à lui, avait carrément appelé à « l'interdiction de la théorie du grand remplacement ».
Dans une stratégie d'intimidation parfaitement résumée par Alexis Brezet dans son éditorial d'Europe 1 (06/11/2026), Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants à LFI ont élargi l'attaque à tous les médias leur ayant déplu : BFMTV, M6, W9, France 2 et TF1 ont rejoint CNews dans le collimateur de LFI. « A six mois de la présidentielle, une faction agressive et violente prétend régenter par l'intimidation ou la pétition ce que l'on peut dire ou penser afin d'empêcher la libre expression des suffrages. C'est un scandale absolu contre lequel tous les démocrates devraient se révolter » alerte Alexis Brezet.
Le réveil est peut-être en cours. Olivier Truchot, journaliste vedette de BFMTV (03/11/2026), avait précédé l'appel du directeur des rédactions du Figaro : « On s'en prend à BFMTV, TF1, France2, on est dans la stratégie verbale de LFI relayée par l'extrême gauche, qui intimide, qui veut interdire des médias car ils seraient racistes. Il faut se soulever et défendre la presse, c'est défendre la démocratie, la liberté d'opinions. » Le lendemain, Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l'information du groupe RMC BFM, dénonçait dans une communication interne, les attaques contre les médias et leurs personnels : « Ce qui se passe en ce moment est d'une gravité exceptionnelle : il n'est pas tolérable que nos journalistes soient insultés, menacés et parfois agressés physiquement alors qu'ils font leur métier de façon honnête et responsable. (...) Les attaques contre les médias sont une atteinte à la démocratie et les menaces que nous vivons sont des signaux d'alerte qui concernent l'ensemble de la presse. Vous pouvez compter sur ma détermination pour défendre votre sécurité, votre travail et notre indépendance. » (Match, 04/11/2026)
Alexandre Portier est le président LR de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Interviewé par Le Figaro (05/11/2026, en lien également ci-dessous), il déclare : « Nous sommes face à une opération de verrouillage du débat public à six mois de la présidentielle, ce qui est extrêmement grave. La gauche veut délimiter le champ du dicible et, pire, du pensable.(...) Plus le réel lui échappe, plus elle est agressive et violente. Cela fait cinquante ans qu'elle veut dicter au pays ce qu'il a le droit de dire et de penser. La gauche est en train de rompre avec les fondamentaux du débat républicain ».
Une pétition pour l'interdiction de CNews sera examinée le 10 novembre par la Commission des affaires culturelles et de l'éducation l'Assemblée Nationale.
Cette pétition n'aura vraisemblablement pas de suite mais elle aura contribué à intimider les médias à six mois de la présidentielle.
Tous sont à présent visés par Jean-Luc Mélenchon et son parti LFI dans une attaque sans précédent contre la liberté d'information et d'opinion.
En prétendant interdire des images d'émeutes et des réflexions sur l'immigration, c'est au débat démocratique que s'attaque la gauche sous la houlette du candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon.