La victoire à la Pyrrhus des syndicalistes de France Inter
Il y a quelques mois, la retentissante enquête parlementaire sur France Télévision menée par le député de l'Union des droites (UDR) Charles Alloncle (cf. LSDJ n°2624) dénonçait l'absence de pluralisme. En réponse à cette critique, fin août, la direction de France Inter confiait un éditorial de 2'30, tôt le dimanche matin, au directeur-adjoint de Valeurs actuelles, Charles Sapin. S'ensuivirent une fronde syndicale et deux jours de grève (les 13 et 14 septembre). Et la direction baissa pavillon. « Après avoir défendu pendant quinze jours le maintien du billet au nom du « pluralisme », elle [la direction] a fait marche arrière en proposant à Charles Sapin de remplacer son édito par un débat contradictoire » rapporte Le Figaro (21/09/2026).
Charles Sapin a refusé de cautionner cette échappatoire en expliquant sur X (19/09/2026) : « ... Voilà l'épilogue de trois longues semaines où mon nom, mon intégrité professionnelle, mes travaux et mon journal ont été diffamés dans un seul but : exclure du débat public (…) je constate qu'une exigence aussi basique que le pluralisme peut lever contre elle une minorité radicalisée (…). Je regrette que la direction de Radio France, face à cette dérive, ait décidé d'ainsi rendre les armes. (…) ces syndicats et artistes (...) démontrent, une fois de plus, l'ampleur de leur ouverture d'esprit et leur sérénité face à l'idée de souffrir 0,025% de temps d'antenne dissonant. (…) Cette mécanique de disqualification nourrit précisément la polarisation que ses promoteurs prétendent déplorer. Vous comprendrez que ce cercle vicieux-là, je refuse d'y entrer.»
Un an plus tôt, en septembre 2025, l'affaire Legrand-Cohen avait révélé des connivences de journalistes vedettes de l'audiovisuel public avec le Parti socialiste. Cette fois, c'est La France Insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon qui bat la mesure pour les grévistes de France Inter. Il les avait encouragés sur X le 31 août : « Un éditorialiste de Valeurs actuelles fait un édito politique sur France Inter. Ben voyons ! (…) Matinales traquenards, édito ultra-droitard, on est presque contraints à l'exil radiophonique. » Après l'éviction de Charles Sapin, le 19 septembre, le député LFI Antoine Léaument a salué sur X la « victoire des salariés antifascistes face à la direction de France Inter ». Mais « certaines victoires ressemblent à des aveux » constate Olivier Vial sur Atlantico (21/09/2026) : « Ce que reprochait en effet à la station le rapport de l'Institut Thomas More, (...) puis la commission d'enquête parlementaire menée par le député Charles Alloncle entre novembre 2025 et avril 2026, vient d'être confirmé de la manière la plus éclatante. »
À sept mois de l'élection présidentielle, cette nouvelle crise dans l'audiovisuel public fait désordre. Le 4 septembre, au micro de RTL, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, avait défendu le recrutement de Charles Sapin au nom du pluralisme, en appelant à ne pas céder à une « chasse aux sorcières ». Un long silence a suivi le revirement de la direction. Céline Pigalle, la directrice de France Inter, n'en est sortie que le 23 septembre pour déclarer au Parisien qu'elle était tombée dans « un piège ». « Mais, a-t-elle aussitôt relativisé, il faut aussi garder le sens des proportions. Charles Sapin n'était pas l'alpha et l'oméga du pluralisme sur France Inter. »
Le député Charles Alloncle rappelle qu'il avait rédigé son rapport « dans l'espoir qu'une réforme de l'audiovisuel public soit possible ». Or, ajoute-t-il, « dans cette séquence, la direction et les syndicats font passer un seul message : l'audiovisuel public est irréformable. Si Radio France veut se dérober au pluralisme que lui impose la loi, il faudra en tirer les conséquences et assumer un arbitrage politique. La direction de Radio France ne pourra pas s'émouvoir que, dans ces conditions, la question de la privatisation finisse par se poser après 2027». Rappelons que l'audiovisuel public est financé par l'ensemble des Français, à hauteur de 4 milliards d'euros par an.
Suite à l'affaire Sapin, La Ligue des Libertés a saisi l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM), annonce Le Point (22/09/2026). Cette association réunit des avocats, des juristes, des universitaires et trois anciens ministres (Noëlle Lenoir, première femme membre du Conseil constitutionnel, Renaud Dutreuil et Pierre Lellouche). « France Inter n'est pas n'importe quelle radio : c'est le service public. La loi lui impose expressément le pluralisme des courants de pensée et d'opinion. Le pluralisme n'est donc pas une faveur que la direction accorde ; c'est une obligation du service public », explique au Point Guilhem Carayon, avocat, vice-président de l'UDR et fondateur de La Ligue des libertés. « Nous demandons à l'Arcom de mettre Radio France en demeure de respecter ses obligations de pluralisme! », confirme-t-il dans un entretien à Causeur (23/09/2026, en lien ci-dessous).
Suite à l'enquête parlementaire pointant l'absence de pluralisme dans l'audiovisuel public, la direction de France Inter avait confié fin août un court éditorial, le dimanche matin, au directeur-adjoint de Valeurs actuelles, Charles Sapin.
S'ensuivirent une fronde syndicale et deux jours de grève qui firent plier la direction au bout de deux semaines.
L'audiovisuel public est financé par l'ensemble des Français, à hauteur de 4 milliards d'euros par an.
Devant le refus manifesté par France Inter de remplir les obligations de pluralisme qui s'imposent au service public de l'audiovisuel, La Ligue des Libertés a saisi l'Arcom.