Le « deal » de Donald Trump sur le diesel russe : ce qu'il représente vraiment
C'est arrivé alors même que les émissaires ukrainiens négociaient à Miami le 9 octobre avec Jared Kushner et Steve Witkoff – les envoyés spéciaux de Donald Trump... Le locataire de la Maison Blanche, coutumier des coups de poker, a annoncé un accord sur les exportations de diesel russe approuvé par Vladimir Poutine. Les sanctions américaines sont levées en échange de la livraison immédiate de 300 000 tonnes de diesel, suivie par une autre en novembre de 500 000 tonnes pour passer ensuite à 1 million puis 3 millions de tonnes plus tard. Concrètement, le Trésor américain accorde à la Russie le droit de vendre sur le marché mondial son diesel jusqu'au 7 avril 2027. Pour Kiev, c'était un coup de poignard dans le dos et les émissaires de Zelensky ont claqué la porte et sont repartis chez eux. Quelques heures plus tard, les Ukrainiens ont – défiant les injonctions de Donald Trump - frappé une raffinerie de pétrole russe.
Du côté de la Maison-Blanche, on proclame que ce « deal » va permettre de faire baisser le prix de ce carburant partout dans le monde. Entre 3,5 et 4 millions de tonnes sont consommées chaque jour à l'échelle globale – et les États-Unis seuls pèsent pour un demi-million. Avec les élections de mi-mandat qui arrivent début novembre, la pression sur l'administration Trump est très forte : la flambée des prix du diesel est susceptible de détourner les électeurs du Parti républicain. On peut en effet s'attendre à un effet positif sur le coût d'un plein, mais il reste fort probable qu'il sera de faible portée et de courte durée. 1,8 millions de tonnes en provenance de la Russie d'ici la fin de l'année, puis 3 millions ne pèsent pas très lourd en comparaison avec une consommation quotidienne mondiale de 3,5 à 4 millions de tonnes...
Dans le camp opposé, en Ukraine et en Europe, on crie au scandale en accusant Donald Trump d'alimenter la machine de guerre russe. Là aussi, on exagère voire on déforme grandement la réalité. Car l'impact sur l'économie russe d'une telle ouverture à l'exportation sera limité. La demande de diesel en Asie et en Amérique Latine est très forte malgré les sanctions. Les exportations vers l'Asie centrale et la Mongolie en particulier - des régions où les interdits occidentaux ne sont pas des problèmes - sont montées en flèche depuis l'été. Les Européens pourraient refuser d'acheter le carburant russe mais Moscou ne manque pas de clients ailleurs dans un contexte où le marché reste étranglé par la crise dans le détroit d'Ormuz.
Ce n'est donc ni un coup de poker génial remédiant à la crise énergétique mondiale, ni un cadeau fait à la Russie dans son conflit sanglant avec l'Ukraine. Il n'en reste pas moins que cette annonce est très importante sur les plans politique et diplomatique. Car elle intervient alors que le soutien populaire au président Zelensky s'effondre en Ukraine : les sondages indiquent qu'il perdrait si une élection avait lieu actuellement. La pression sur Kiev est intense : soit il accepte de cesser les frappes sur les raffineries russes démontrant à ses supporteurs qu'il ploie l'échine face à Washington. Soit il choisit la fuite en avant et compromet le soutien des Américains. C'est cette dernière option qui a été choisie et la relation avec Donald Trump est au plus bas. Alors que ce dernier semblait plus conciliant avec Kiev l'été dernier, il n'hésite pas à dire « qu'il serait temps pour l'Ukraine de se choisir un nouveau président ».
Alors que l'escalade verbale entre Zelensky et Trump montait dans les tours, les envoyés Kushner et Witkoff ont prévenu leurs homologues ukrainiens qu'ils risquaient de ne plus bénéficier des renseignements américains. Les Ukrainiens ont d'ailleurs accusé Washington de les avoir abandonnés après les frappes de missiles balistiques russes ces derniers jours car ils n'auraient pas été prévenus. Les satellites Starlink d'Elon Musk ont joué un rôle essentiel pour assurer les communications sur le champ de bataille et le suivi des mouvements de troupes russes. Or, Musk a appuyé l'offensive de Trump en déclarant : « Zelensky est allé trop loin ». Le 15 octobre, les autorités ukrainiennes ont accusé SpaceX d'avoir bridé les capacités de Starlink sur le territoire gênant les missions des drones, ce qu'Elon Musk a démenti.
L'accord économique sur le diesel entre Donald Trump et Vladimir Poutine est une victoire diplomatique pour Moscou. Il a été conclu sans que des concessions soient exigées des Russes concernant le champ de bataille : ils peuvent donc discuter et négocier directement avec les Américains en laissant sur le bas-côté les autorités ukrainiennes.
- Un accord annoncé par Trump le 9 octobre avec la Russie a pris les observateurs par surprise
- La levée des sanctions sur les exportations de diesel russe auront un impact économique limité - tant pour le consommateur occidental que pour la machine de guerre russe
- L'initiative de Trump avec Poutine est une victoire diplomatique pour la Russie
- Cette victoire accentue la pression sur Zelensky pour accepter un compromis de paix