Une nouvelle éruption de violence secoue les rues de Belfast
Nous sommes dans le bastion protestant de Newtownards Road à l'est de Belfast. Après une soirée d'émeute, plusieurs maisons abritant des migrants ont brûlé. La veille, le 8 juin au soir, un réfugié soudanais appelé Hadi Alodid avait violemment attaqué un homme avec un couteau – lui crevant un œil. La vidéo de cette agression avait fait le tour des réseaux sociaux et des appels à la révolte avaient été entendus dans de multiples endroits d'Irlande du Nord. Pour les visiteurs, le territoire reprenait des allures connues lors des pires moments de tension entre Nationalistes catholiques et Unionistes protestants : magasins fermés et maisons noircies par le feu. De fait, les manifestations contre l'immigration massive se sont multipliées dans l'île –à Dublin, la capitale de la République d'Irlande et plus récemment là - dans la partie septentrionale faisant partie du Royaume Uni. Car le gouvernement de Londres cherche à éparpiller ces populations arrivant sur ses côtes avec l'agglomération de Belfast particulièrement visée par ces déplacements.
Les protestations se sont transformées en émeutes d'une grande violence dans les quartiers protestants de Sandy Row et Shankill Road. Plusieurs familles de migrants ont dû être évacuées en urgence par les pompiers qui étaient d'ailleurs hués par la foule. Sur les murs les graffitis « Foreigners out !» (« Dehors les étrangers ») ont remplacé « Catholics out ! » quand les Unionistes faisaient brûler les lotissements construits dans leurs quartiers pour accueillir des familles catholiques. Belfast est un terreau fertile pour la violence. Si la paix est à peu près revenue depuis 1998, les deux communautés vivent encore séparées. La défiance reste très grande du côté des « Loyalistes ». Un tournant historique est intervenu en 2021 quand le recensement a montré que les Catholiques étaient devenus plus nombreux que les Protestants (46% contre 44%). Au moment des accords de paix, les Unionistes représentaient encore 54% de la population (contre 39% Catholiques). Un sentiment lourd de « citadelle assiégée » alors que de plus en plus de logements sont alloués à des migrants sans que la population ait son mot à dire. Il faut ajouter que – dans le cadre du processus de pacification en Irlande du Nord – le Sinn Fein catholique a pris une part plus importante au gouvernement local. Comme son clone en République d'Irlande, ce parti « nationaliste » affiche une ligne à gauche – voire à l'extrême gauche – favorable à l'immigration. Ce qui renforce la défiance de la rue protestante. Róis-Máire Donnelly – la maire de Belfast – a d'ailleurs condamné des « violences racistes » et le Sinn Fein a organisé des patrouilles de milices de défense autour des quartiers catholiques.
Les circonstances des dernières émeutes et – de l'attaque qui les a précédées – marquent néanmoins un changement notable. L'agression commise par le réfugié soudanais a eu lieu en plein fief catholique du Nord de la ville : Kinnaird avenue. Le criminel a d'ailleurs été neutralisé par un homme du quartier armé d'une crosse de hurling – un sport gaélique prisé par les Nationalistes. Les factions républicaines rivales du Sinn Fein se sont alors emparées de cette attaque qui a choqué toute la ville pour affirmer leur opposition aux logements massifs de réfugiés. L'Irish Republican Socialist Party (IRSP) – de tradition marxiste-léniniste – est influent à Belfast. C'est une faction historiquement liée à « l'Irish National Liberation Army » - un groupe paramilitaire actif pendant les « troubles ». Opposé aux accords de paix du « Vendredi Saint », l'IRSP a publié un message de soutien aux manifestants contre l'immigration soulignant les « inquiétudes légitimes de la classe travailleuse alors que les communautés locales – sans avoir jamais été consultées – font face à des bouleversements démographiques qu'elles n'ont jamais connus auparavant. »
On a assisté à des scènes qu'on n'aurait jamais pensé possibles. Alors que le Sinn Fein, le parti historiquement dominant chez les Républicains nord-irlandais, continue d'affirmer sa ligne libertaire et pro-immigration, un fossé se creuse avec son électorat. Sans se mélanger, et restant à la lisière de leurs quartiers comme à North Queen Street, on a vu des Nationalistes catholiques crier leur soutien aux jeunes Protestants masqués et habillés de noir en train de mettre le feu aux barrières de la police. Plus encore, à Ardoyne Roundabout, un carrefour emblématique des violences intercommunautaires, on a vu des jeunes des deux côtés se serrer la main et affirmer leur solidarité.
On est encore loin d'un rapprochement entre Nationalistes et Unionistes car la défiance reste profonde. Ce serait politiquement suicidaire pour les partis catholiques minoritaires – un cadeau fait au Sinn Fein pro-immigration qui reste le plus influent. Mais la rue change – comme au Sud à Dublin. Là où les Républicains n'ont pas affiché leur soutien, ils ont observé en silence sans crier leur hostilité à leurs ennemis jurés. C'est que le gouvernement britannique est aujourd'hui méprisé par les « Oranges » comme par les « Verts ».
- Une violente agression -dont l'auteur est un réfugié soudanais - a eu lieu tard le 8 juin dans un quartier catholique de Belfast . L'homme attaqué - a été gravement blessé
- De violentes émeutes ont éclaté dans les quartiers unionistes. Plusieurs habitations abritant des migrants ont dû être évacuées alors que les manifestants y mettaient le feu
- Les Irlandais du Nord se sentent abandonnés par leur gouvernement - les Protestants unionistes en particulier. De plus en plus de migrants sont envoyés à Belfast sans l'assentiment de la population locale
- Si la défiance reste profonde entre Nationalistes catholiques et Unionistes protestants, les classes populaires de chaque côté se retrouvent dans la résistance à ces implantations forcées et soutenues par le gouvernement