Le GIEC abandonne son pire scénario sur le climat sans mea culpa
Pour analyser la genèse des rapports du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), il convient de distinguer sa production scientifique de sa gouvernance politique. Fondé en 1988 par des instances onusiennes et des diplomates — à l'instar de son cofondateur Maurice Strong —, le GIEC est, par statut, une organisation intergouvernementale où les États exercent un contrôle direct sur la restitution des données. Sans compter les conflits d'intérêts manifestes de Rajendra Kumar Pachauri, président du GIEC de 2002 à 2015. Nous rappelions il y a quelques mois comment Al Gore l'avait fait entrer dans le conseil d'administration de son fonds d'investissement Generation Investment Management : 30 milliards de dollars d'actifs sous gestion (cf. LSDJ n°2632). Cette porosité avec le champ politique se cristallise dans la structure même des publications du GIEC. D'un côté, les annexes techniques sont rédigées par des chercheurs qui s'expriment avec la prudence inhérente à la méthode scientifique. De l'autre, le « Résumé destiné aux décideurs » (Executive Summary), seul document véritablement relayé par les médias et les gouvernements, est négocié mot par mot et validé par des représentants politiques et administratifs.
Cette gouvernance a conduit à une surpondération systématique des hypothèses les plus alarmistes. Ce mécanisme, qui puise ses racines dans l'idéologie malthusienne du Club de Rome des années 1970 (« Halte à la croissance ! »), a offert après la chute du mur de Berlin un nouveau cadre structurant à l'Union européenne pour légitimer le « Pacte vert ». Porté par la Commission, ce vaste ensemble de législations vise à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 en transformant radicalement l'économie du continent. Il planifie notamment la fin des véhicules thermiques pour 2035, l'interdiction progressive des chaudières à gaz, et impose de lourdes taxes carbone aux frontières ainsi que des quotas d'émissions de plus en plus stricts pour les industries. L'influence d'anciens cadres d'ONG environnementales au sein des cabinets de la Commission européenne a favorisé l'adoption de normes strictes qui ont pénalisé l'appareil productif du Vieux Continent.
Le principal bouleversement, officiellement mis à jour en mai dernier, réside dans l'abandon du scénario de trajectoire d'émissions le plus sombre, baptisé RCP 8.5. Ce modèle, qui prédisait une hausse des températures de l'ordre de 5 °C (notamment popularisé en France par le climatologue Jean Jouzel), a servi de base pendant deux décennies à la quasi-totalité des choix réglementaires et budgétaires occidentaux. Le GIEC reconnaît désormais que ce scénario est hautement improbable. Le modèle RCP 8.5 reposait en effet sur des postulats appliqués à l'horizon 2100 jugés aujourd'hui irréalistes :
- Une absence totale de déploiement des énergies renouvelables ;
- Un recours mondial massif et exponentiel au charbon ;
- Une explosion démographique projetant la population mondiale à 13 milliards d'habitants.
Aujourd'hui, les projections démographiques montrent que le développement économique s'accompagne d'une dénatalité globale et d'une stabilisation de la population. En intégrant ces réalités démographiques dans l'équation de Kaya (qui régit les émissions de CO₂), les prévisions les plus catastrophiques perdent leur crédibilité scientifique sans qu'il soit nécessaire d'imposer une décroissance énergétique. Les mouvements écologistes les plus politisés observent un silence notable face à cette révision, le catastrophisme constituant leur principal levier d'action.
Au nom de cette urgence absolue, l'Europe a organisé le démantèlement d'une partie de ses raffineries et de son industrie chimique, entraînant des délocalisations massives et une dépendance accrue aux importations. L'économiste Rémy Prud'homme met en avant une corrélation entre le rythme de la décarbonation imposée et l'évolution de la productivité : la Grande-Bretagne, qui a appliqué les contraintes les plus sévères, affiche la croissance de productivité la plus faible d'Europe, à l'inverse de pays plus pragmatiques comme la Pologne.
Le paradoxe réside enfin dans l'impact écologique réduit de ces sacrifices financiers. L'Europe s'impose de lourdes dépenses publiques et privées pour faire baisser ses émissions d'un milliard de tonnes de CO₂ par an, alors que le stock atmosphérique mondial s'élève à 33 000 milliards de tonnes. Pendant que le continent européen s'affaiblit pour un gain climatique marginal, les pays en développement privilégient leur croissance économique et les États-Unis préservent leur souveraineté industrielle.
Face à des dégâts économiques devenus trop visibles, les dirigeants européens amorcent aujourd'hui une inflexion de leur politique, marquée notamment par la réhabilitation de l'énergie nucléaire soutenue par la France et plusieurs pays de l'Est, tout comme l'assouplissement de la transition exigée : par exemple en réintégrant les carburants de synthèse et les moteurs hybrides, qui devaient être interdits à partir de 2035. Dès lors, c'est le mea culpa public des autorités ayant favorisé sciemment les scénarios les plus sombres qui se fait attendre. Tout comme celui des médias qui les ont relayés et appuyés au nom de la science.
- En mai dernier, le GIEC a supprimé son scénario climatique le plus sombre à l'horizon 2100.
- Baptisé RCP 8.5, ce modèle, qui prédisait une hausse des températures de l'ordre de 5 °C, a servi de base pendant deux décennies à la quasi-totalité des choix réglementaires et budgétaires occidentaux.
- Abondamment relayé par des acteurs politiques et médiatiques qui n'ont pas présenté d'excuses...