La crise mondiale de la fertilité : les « smartphones » mis en cause
C'est à partir de 2007 que les observateurs ont noté une baisse très significative de la fertilité humaine. On doit même parler d'effondrement chez les plus jeunes. Moins 71% de naissances chez Les adolescentes américaines (de 15 à 19 ans) entre les périodes antérieure et postérieure à 2007... Une étude publiée le 25 avril dernier par l'université de Cincinnati (É.U) établit un lien entre ce phénomène et l'entrée dans l'ère digitale. 2007 était en effet une année charnière : celle du lancement des premiers « smartphones » et le début du passage en masse aux connexions internet mobiles. La crise financière de 2008 et la fragilisation des économies occidentales ont été pointées du doigt comme des facteurs prédominants de l'écroulement de la fertilité. D'autres, plus à la marge, ont dénoncé les méfaits des champs électromagnétiques émis par les téléphones connectés sur la vivacité des spermatozoïdes. L'étude de Cincinnati – fondée sur des données sociologiques massives - met en avant une cause prépondérante : le changement radical des comportements humains causé par ces « smartphones ».
Les sceptiques objectent que la baisse de la fertilité s'inscrit sur le long-terme – à l'image d'un autre sujet comme le réchauffement climatique. L'accélération de cette chute est particulièrement forte depuis la fin des années 2000 dans les pays développés. Au point où même les statisticiens de l'ONU peinent à suivre la tendance. Il y a 5 ans, l'ONU estimait que le nombre de naissances en Corée du Sud atteindrait 350 000 en 2023. Or, le chiffre réel n'était que de 230 000 : une différence de 50% ! La tendance à la baisse est installée depuis plus de 200 ans en commençant par les pays industrialisés suivis par les plus pauvres. Le cas américain est clair : les femmes avaient 7 enfants en 1800 en moyenne puis 3,5 en 1900 – pour arriver à moins de 2 aujourd'hui. Bien entendu, la mortalité infantile est un facteur à prendre en compte : en 1800, le nombre d'enfants atteignant l'âge adulte était de 3 par femme. Les courbes montrent un déclin quasi continuel et gradué – avec l'exception du « baby-boom » au lendemain de la 2ème Guerre mondiale. Puis on voit une stabilisation à partir des années 90. La fin de la Guerre froide, la promesse d'une prospérité grâce à la mondialisation semblent avoir joué un rôle. Mais depuis 15 ans, la pente est devenue aussi aigüe en Occident et en Asie orientale que dans des régions moins riches comme le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ou encore l'Amérique Latine.
Que s'est-il donc passé depuis 2007 ? 2 facteurs concomitants : une révolution technologique avec l'explosion de l'internet mobile et des médias en ligne et un changement rapide des habitudes sociales. Le temps disponible investi dans des rencontres et l'interaction sociale s'est effondré depuis les années 2000 chez les jeunes de 15 à 29 ans. Moitié moins en Corée du Sud depuis 20 ans ! Aux États-Unis, les adolescents de 15 à 17 ans passaient 12 heures par semaine avec leurs amis – on est en dessous de 6 heures aujourd'hui... La baisse des interactions sociales est générale quelle que soit la génération étudiée, mais elle est particulièrement marquée chez les plus jeunes. Les auteurs de l'enquête mettent en parallèle l'augmentation du taux de suicide. L'être humain étant un animal social, les plus jeunes cherchent leurs amis là où ils se trouvent. À partir du moment où la majorité d'entre eux ont des téléphones connectés – la réaction attendue est de se retrouver en ligne plutôt que physiquement.
L'argument économique de la crise financière de 2008 ne tient pas l'examen des chiffres même si la pression du coût de la vie a joué un rôle. Les analystes notent par exemple que si l'Australie a moins souffert de cette crise, la baisse aigüe de la natalité ne l'a pas épargnée. Le temps non investi dans le travail ou l'école est aujourd'hui largement occupé par les écrans alors qu'il était dévolu aux rencontres il y a encore 20 ans. Ce que les sociologues appellent le « capital relationnel » est devenu virtuel. Dans les pays riches en 2007, 10% en moyenne des personnes possédaient un « smartphone ». Ce chiffre a dépassé les 50% dès 2012 pour approcher les 90% en 2024. L'impact de l'invasion des « smartphones » sur les habitudes sociales est tel qu'il dépasse les différences parfois profondes entre les cultures : l'Asie, le Moyen-Orient, l'Occident souffrent du même problème.
Les politiques natalistes ont eu des résultats décevants. L'Australie a légiféré pour interdire l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans. Une mesure en place depuis décembre 2025 assortie de lourdes sanctions financières. 4,7 millions de comptes ont été supprimés mais il est encore trop tôt pour dire l'efficacité et le risque de censure déguisé est réel. De plus, quelle alternative offrir aux adolescents chez qui on observe une montée de la violence ? La bonne nouvelle est qu'on note que le temps passé sur les réseaux s'est stabilisé depuis 3 ans – peut-être un ressac grâce à une prise de conscience.
- Dans les pays riches en 2007, 10% des personnes avaient un "smartphone". On est autour de 90% aujourd'hui
- Les chercheurs ont noté que l'impact de ces nouvelles technologies ont profondément affecté les vies sociales des adolescents et des jeunes adultes
- Le temps libre ("non structuré" en dehors de l'école ou du travail) est passé sur un écran plutôt que physiquement avec des amis
- La chute abyssale de la fertilité depuis 2007 est à relier au temps passé sur les réseaux sociaux et les échanges digitaux selon les auteurs de l'étude