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Au Népal, une déferlante de roches et de glaces frappe un pays fragile

Par Ludovic Lavaucelle. Synthèse n°2741, Publiée le 23/09/2026 - Photo : Nuwakot au Népal le 28 août 2026 Crédits : Shutterstock / photo de Shankar Bhujel
Une image de fin du monde dans les vallées d'altitude népalaises... Un glacier s'effondre et engloutit des milliers de personnes ainsi que les rêves de sortir le Népal de sa pauvreté en transformant le pays en champion régional de l'énergie verte. Parmi les victimes figurent des centaines d'ouvriers - employés à construire les centrales hydrauliques.

Le 26 août dernier, une catastrophe a frappé le Népal (et le Tibet de l'autre côté de la frontière avec la Chine) avec une violence telle que l'énergie libérée équivalait à un séisme de magnitude 5,5 sur l'échelle de Richter. Sous l'effet du réchauffement des températures, un glacier himalayen s'est effondré entraînant une crue éclair mesurée à 188 km/h dans la vallée de la Trishuli. Plus de 1400 morts recensés et le nombre de disparus pourrait atteindre les 6600 personnes. Un désastre terrible pour un pays pauvre et fragile politiquement – qui tablait justement sur sa conversion à l'économie de « l'énergie verte » pour se développer. Car le Népal voulait capitaliser sur ses glaciers, ses rivières dévalant les pentes du plus haut massif montagneux du monde pour produire de l'énergie « propre ». Et l'exporter vers le géant indien qui borde ses frontières et qui a un appétit insatiable pour de l'électricité à bon marché.

Une douzaine de chantiers de centrales hydroélectriques – dans les vallées - ont été frappés. Près de 900 ouvriers ont disparu, dont à peu près 500 qui travaillaient dans les tunnels. Les soldats népalais ont été rejoints par des spécialistes indiens et les Chinois ont envoyé des drones. Des capacités de production d'électricité représentant 700 mégawatts ont été perdues, soit près de 10% de la production nationale. Depuis 20 ans, le Népal a tout misé sur la « transition verte » en voulant transformer les eaux de l'Himalaya en électricité. Ce sont aujourd'hui des centaines d'ouvriers travaillant à cette transition qui ont été ensevelis par les eaux que le pays voulait dompter...

L'intérêt de Katmandou pour l'énergie hydroélectriques ne date pas des politiques de transition écologique menées par les pays riches. En 1966, c'est un ingénieur formé à Moscou qui a fait les premières estimations de l'énergie que pouvaient libérer les cours d'eau de son pays. Et, en 1992, les autorités népalaises ont autorisé les investissements étrangers pour développer les centrales hydrauliques. Un premier accord commercial a été ratifié avec l'Inde cinq ans plus tard. Le Népal était vu comme « La batterie hydraulique du Sud-Est asiatique ». Depuis, le développement de l'Inde et du Bangladesh ont conduit à l'érection de plus de barrages au Népal. New Delhi a signé la commande de 10000 mégawatts sur 10 ans. Pour un pays enclavé entre des géants, qui peine à sortir de la pauvreté - à tel point que ses meilleurs ouvriers ont tendance à émigrer en masse vers les monarchies du Golfe – devenir la centrale hydraulique de la région la plus peuplée du monde est une promesse de lendemains meilleurs. Les rivières devaient transformer le pays en profondeur : elles irriguaient toutes les politiques – industrielle, diplomatique et sociale.

La situation politique au Népal est instable depuis des décennies. Une insurrection maoïste a commencé en 1996 dans les régions les plus pauvres de l'Ouest – où un système féodal régnait depuis toujours... La violence des combats a fait 17000 victimes pendant dix ans. Les insurgés ont finalement pris le pouvoir en 2008 – abolissant la monarchie du Shah vieille de 240 ans. Ce Népal républicain peut faire valoir la baisse de l'extrême pauvreté : 22% de sa population vivait avec moins de 3$ par jour en 2011 – ce taux est tombé à 3% en 2023. La discrimination pour cause d'appartenance à un basse caste est illégale. Mais l'enrichissement est venu – non d'un développement réel du pays – mais surtout grâce aux 2,2 millions d'ouvriers travaillant à l'étranger (recensement de 2021). Le chômage touche plus de 20% de la jeunesse restée au pays. La révolution sociale promise par les ministres maoïstes et communiste n'a pas eu lieu.

Devenir un champion de la « transition verte » grâce à l'énergie hydraulique devait transformer le Népal. Mais ce sont des milliers d'ouvriers qui travaillent – et qui meurent – sur ces chantiers dans des conditions souvent épouvantables quand une minorité s'enrichit. Le désastre qui a frappé le Népal le mois dernier met à nu une réalité que l'Occident obnubilé par la transition écologique ne veut pas voir. Derrière les turbines, les voitures électriques et les panneaux solaires se cachent des foules de miséreux. Les mineurs de cobalt congolais, les ouvriers du cuivre chiliens et les Chinois fabriquant les panneaux solaires – jusqu'aux tunneliers népalais ensevelis sous le Trishuli.

À retenir
  • Le 26 août dernier, une avalanche de glace et de roche a dévasté des vallées causant des milliers de victimes
  • Le Népal cherche à sortir de la pauvreté qui gangrène le pays depuis toujours en misant sur l'eau de ses hautes montagnes
  • L'eau des rivières d'altitude devait transformer le Népal en champion de l'énergie "verte" et permettre de désenclaver le pays
  • La catastrophe du 26 août met à nu une dure réalité : produire de l'énergie non carbonée nécessite elle aussi le labeur de foules de miséreux
La sélection
Nepal's clean energy curse
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