Politique

Même enterré, le rapport parlementaire sur l'audiovisuel public fera date

Par Philippe Oswald. Synthèse n°2679, Publiée le 13/04/2026 - Photo : Le siège de France Télévisions à Paris Crédits : Shutterstock
La commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel visuel public a terminé ses auditions le 8 avril. Son rapport sera soumis au vote des membres de la commission le 27 avril. Si une majorité décidait d'enterrer ce rapport, le citer serait illégal ! Mais, même s'il était jeté aux oubliettes, le « buzz » des auditions aura révélé le coût, l'entre-soi et le biais idéologique du service public.

Les Français auront-ils le droit de connaître « toute la vérité, rien que la vérité » sur l'audiovisuel public ? La commission d'enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public », créée fin octobre 2025 après l'affaire Cohen-Legrand, a terminé ses auditions le 8 avril. Son rapporteur, le député UDR (Union des droites) Charles Alloncle, dispose de quelques jours pour rédiger un rapport qui sera soumis au vote des membres de la commission le 27 avril. L'enjeu de ce vote ? La publication de ce rapport ou sa disparition aux oubliettes, soit 5 mois de travaux, 67 auditions, 234 personnes entendues, des centaines d'heures de vidéo… Si une majorité de députés refusait que ce rapport soit publié, le citer tomberait sous le coup de la loi !

Pour préparer le terrain à cette éventualité ardemment désirée à gauche et au centre, les attaques se multiplient contre Charles Alloncle. « T'inquiète, on va te régler! » lui a notamment lancé le député MoDem Erwan Balanant, le 26 février (Le JDD). C'est avec une musique de cirque que le rapporteur a été accueilli sur RMC, le 8 avril : « Bonjour, Monsieur le député Charles Alloncle. On a une musique de cirque : le cirque se termine aujourd'hui à l'Assemblée nationale ? » lui a lancé, goguenard, le journaliste Alain Marschall. Coïncidence ? C'est aussi en accusant Charles Alloncle d'avoir « transformé la commission d'enquête sur l'audiovisuel public en cirque » et de « proférer des mensonges depuis des mois » que le milliardaire Xavier Niel, fondateur de Free, avait contre-attaqué avec véhémence le 2 avril (LCP, 02/04/2026). Or Xavier Niel n'est pas seulement le fondateur de Free, relevait Franceinfo, (29/08/2025) : « À travers le groupe Le Monde [dont il est l'actionnaire], Xavier Niel contrôle aussi Le Nouvel Obs, Télérama, Courrier International et La Vie. Il compte aussi Le Monde Diplomatique, Le Huff Post, Nice Matin, France Antilles et même Paris Turf dans son portefeuille (...) À la télévision, il est aussi présent dans Mediawan, qui produit de nombreuses émissions pour la télévision publique... ». C'est à ce dernier titre qu'il était auditionné par la commission d'enquête, en même temps que Mathieu Pigasse, co-actionnaire avec Xavier Niel de Mediawan. Invité lui aussi sur RMC (10/04/2026), Mathieu Pigasse s'est montré tout aussi vindicatif contre Charles Alloncle, et a également qualifié de « grand cirque » et de « barnum » la commission d'enquête. France Télévisions, qui perd 80 millions par an, verse quelque 110 millions d'euros par an à la société Mediawan pour des productions que Charles Alloncle juge surfacturées. 

Niel et Pigasse agissent de concert. « Après avoir vendu ses parts du journal Le Monde à Xavier Niel, aujourd'hui actionnaire majoritaire, Matthieu Pigasse possède désormais les Inroks et Radio Nova. Le millionnaire, fondateur du festival Rock en Seine et propriétaire de Mediawan, premier producteur audiovisuel privé en Europe, l'assume : il souhaite étendre l'influence du progressisme idéologique en France » rappelait La Sélection du Jour (05/07/2025), en citant à l'appui cette interview de Libération (11/01/2025) mettant en exergue « les engagements politiques » du milliardaire, « notamment en soutien du NFP » [le Nouveau Front Populaire regroupant La France insoumise, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste français] .

« Xavier Niel et Matthieu Pigasse étaient un peu, le 2 avril [lors de leur audition], les tontons flingueurs de la commission parlementaire sur l'audiovisuel public » estime l'éditorialiste de Stratégies (03/04/2026). « Seulement, conclut-il, ces séquences ont-elles été si désastreuses pour le rapporteur allié du RN ? Pas sûr. Il a réussi à énerver des puissants qu'il a identifiés comme des ennemis politiques... » « Alloncle a déjà gagné » déplore Le Nouvel Obs (09/04/2026) en rappelant que « Le député (...) mène une croisade contre l'audiovisuel public, accusé de dérive gauchiste doublée d'une gabegie financière. »

C'est bien l'intention qu'avait assumée Charles Alloncle sur France Inter (15/12/2025) : « Il y a des millions de Français qui s'interrogent [...] : que deviennent les 4 milliards d'argent qu'ils paient chaque année au service de l'audiovisuel public ? C'est la première fois que l'Assemblée nationale se saisit de ce sujet. Donc, pour moi, c'est un travail de transparence qui mérite d'être exposé à l'ensemble des Français ». Quant au tropisme de gauche « woke » de l'audiovisuel public, il a été revendiqué par ses dirigeants. En 2015, la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte promettait d'instaurer plus de « diversité » à l'antenne et moins de « mâles blancs de plus de 50 ans ». La même, le 5 juillet 2023, affichait fièrement sa ligne éditoriale devant l'Assemblée nationale : « Je tiens à dire qu'on ne représente pas la France telle qu'elle est […], mais on essaie de représenter la France telle qu'on voudrait qu'elle soit.» Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, avait pour sa part déclaré au Figaro (28/03/2024) : « Les faits, c'est que nous sommes une radio progressiste et que nous l'assumons. » (LSDJ n°2624)

À retenir
  • La commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel visuel public a terminé ses auditions le 8 avril, après 5 mois de travaux.

  • Charles Alloncle, le rapporteur, fait l'objet d'une attaque orchestrée pour la façon dont il mené les 67 auditions au cours desquelles 234 personnes ont été entendues.

  • Son rapport sera soumis au vote des membres de la commission le 27 avril. Si une majorité décidait d'enterrer ce rapport, le citer serait illégal ! 

  • Mais, même si le rapport était jeté aux oubliettes, le « buzz » des auditions aura révélé le coût, l'entre-soi et le biais idéologique du service public.

La sélection
Audiovisuel public : Et Maintenant ? Après la fin des auditions, la suite du processus de la commission d'enquête
LCP
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2 commentaires
Le 14/04/2026 à 09:59
Rien que du beau monde. Voir le dernier film sur Jean Luchaire. Nil novi sub sole.
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Le 13/04/2026 à 21:53
La question reste de savoir à qui profite ce progressisme de gauche si médiatiquement décliné. Et plus précisément, quelle classe sociale se trouve ainsi bien servie. J'ai la réponse, bien entendu : la middle class urbaine, celle dont les emplois sont valorisés, habitant les bon quartiers et dont l'avenir est le moins problématique. Et c'est bien dommage que la droite traditionnelle se trouve incapable de récupérer la masse des travailleurs modestes qui n'ont plus que le choix des extrêmes !
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