Élections locales et régionales au Royaume-Uni : raz de marée pour Reform UK
Un Brexit 2.0... Le peuple britannique a envoyé un message très clair lors des élections locales et régionales du 7 mai dernier. Le parti de Nigel Farage, le tribun provocateur qui avait fait campagne pour le Brexit en 2016, sort comme le grand vainqueur de ces élections : 5000 scrutins locaux en Angleterre en plus de quelques municipales autour de Londres. Et les Parlements écossais et gallois à renouveler... La victoire des Travaillistes face aux Conservateurs il y a 2 ans avait fait illusion. Loin d'une adhésion au programme de l'actuel Premier ministre Keir Starmer, c'était surtout une débâcle pour les « Tories » de la droite libérale. Les élections locales et régionales qui viennent de se tenir témoignent de la défiance des Britanniques face à leurs élites ainsi qu'une polarisation entre « populistes » de droite et de gauche – un phénomène qu'on retrouve sur le « vieux continent ». Alors qu'aucune autre élection n'est prévue avant 2029, cet épisode politique envoie un message clair. La performance inédite du parti « Reform UK » confirme le résultat du référendum de 2016. Elle prouve aussi que la défaite des Conservateurs en 2024 était due à la défection d'une part non négligeable de son électorat au profit de Reform UK : les promesses du Brexit n'ont pas été tenues.
Le parti souverainiste de Nigel Farage chasse donc les Travaillistes de nombreux bastions du nord de l'Angleterre. Le cas du Pays de Galles, ancré au « Labour » depuis plus de 100 ans, est particulièrement marquant. Reform UK y est devenu la deuxième force politique derrière les autonomistes orientés à gauche de Plaid Cymru. La Première ministre travailliste Eluned Morgan a d'ailleurs démissionné après avoir perdu son siège lors de ce scrutin. En Écosse, les Travaillistes ont perdu les sièges qu'ils avaient gagné en 2024 et les indépendantistes du Scottish National Parly (SNP) réaffirment leur domination sur la politique locale exercée depuis 19 ans. À la gauche du Parti travailliste, les Écologistes du Green Party progressent dans les métropoles mais pas autant qu'anticipé. En miroir à la défection de nombreux électeurs et d'élus conservateurs vers Reform UK, un électorat urbain jeune et -pour une part importante issu de l'immigration - se radicalise et rejette la Parti travailliste. Il trouve avec le Green Party une ligne dure anti-Israel et propalestinienne qui le mobilise. Et il dénonce les mesures de contrôle de l'immigration prises par Keir Starmer – une politique qui rend le « Labour » proche des Conservateurs.
C'est un séisme qui signe la fin du bipartisme au Royaume-Uni. Et c'est Zack Polanski, le leader du « Green Party », qui le clame sur X « Le bipartisme n'est pas en train de mourir. Il est mort et enterré ! » Finie l'alternance entre Conservateurs et Travaillistes que le royaume a connue depuis des décennies – les Libéraux-Démocrates restant au second plan, et aujourd'hui largement dépassés par l'irruption des radicaux et des autonomistes. La transformation politique au Royaume-Uni ressemble à ce qui se passe ailleurs en Occident. Elle est d'autant plus puissante que les partis qui portent cette insurrection dans les urnes ont été capables d'unifier les électeurs de leurs camps respectifs. Contrairement à la France où gauche et droite sont divisées, Reform UK agglomère les souverainistes de droite quand le Green Party rassemble les radicaux de gauche.
Le Royaume-Uni est-il devenu ingouvernable ? La projection des résultats de ces élections locales et régionales à l'échelle nationale montre que le parti de Nigel Farage serait le premier en nombre de sièges mais sans majorité absolue. Dans un contexte où les indépendantistes gallois et écossais dominent dans leurs pays respectifs et que les prochaines élections nationales ne sont programmées qu'en 2029... Le gouvernement travailliste a passé les deux dernières années à naviguer sans direction claire et Keir Starmer, déjà contesté au sein de son parti, est sous une pression intense qui pourrait le pousser à démissionner. La nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington – alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient connus – avait choqué de nombreux Britanniques. Personne ne semble croire qu'il pourrait rester au 10 Downing Street jusqu'en mai 2029. Wes Streeting, le ministre britannique de la Santé, vient d'ailleurs d'annoncer son départ du gouvernement après quatre secrétaires d'État. L'ambitieux Streeting appelle Starmer à la démission, rejoignant à ce jour 86 députés travaillistes (sur 403).
- Les Travaillistes ont subi de cuisantes défaites dans leurs bastions du Nord de l'Angleterre
- Ils ont aussi perdu le contrôle du Pays de Galles après 100 ans d'exercice du pouvoir
- Reform UK est le grand gagnant: il serait le premier parti en sièges en projection nationale mais sans majorité absolue
- Personne ne croit au maintien de Keir Starmer au pouvoir alors que les prochaines élections nationales ne seront tenues qu'en mai 2029