Le réarmement de l'Allemagne renforce la suzeraineté américaine sur l'Europe
La tension entre Donald Trump et ses alliés de l'OTAN semble à son comble. Le Président américain n'a pas caché son intention de désengager ses forces du « vieux continent » pour les redéployer vers la Pacifique. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, les pays de l'UE et leur voisin britannique se retrouvent démunis après avoir désinvesti dans leurs forces de défense depuis la fin de la Guerre froide. Donald Trump vient d'annoncer le retrait de 5000 soldats (près de 14% du total) dans les mois qui viennent. Il a présenté cette décision comme une mesure de rétorsion contre le Chancelier Merz – trop critique à ses yeux de l'offensive contre l'Iran. Le locataire de la Maison Blanche a d'ailleurs promis que d'autres bases américaines en Italie et en Espagne allaient subir des retraits. L'OTAN est même visée car Donald Trump maintient qu'il doute de l'intérêt pour son pays d'y rester... Et que les Européens doivent « apprendre à se défendre tout seuls ».
Plus de 80 ans se sont écoulés depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale et l'annonce d'un réarmement important de l'Allemagne est – dans ce contexte – présentée comme la promesse d'une Europe plus forte. Le mois dernier a en effet marqué un tournant : c'est la première fois depuis la défaite de l'Allemagne nazie que Boris Pistorius (actuel ministre de la Défense) a présenté une « stratégie de défense » officielle. Les ambitions sont claires : la Bundeswehr doit devenir la première puissance militaire du continent dès 2035 en ce qui concerne les armes conventionnelles. Et accéder à une position dominante en 2039 dans la production de technologies avancées de défense... Les moyens ? Un investissement massif dans les missiles, un déploiement de l'IA pour les capacités militaires et l'augmentation des effectifs pour atteindre 460000 militaires en incluant les réserves (près de 20% de plus qu'aujourd'hui). Les armées françaises comptent – à titre de comparaison - 310000 personnels mobilisables. Le rôle des réserves est mis en avant comme un pont avec la société civile : c'est bien une remilitarisation du pays, un tournant majeur de l'histoire allemande moderne.
Les réactions à cette stratégie officielle ont été diamétralement opposées. D'un côté, d'aucuns saluent le sens des responsabilités de Berlin pour préparer le désengagement annoncé des Américains. D'autres s'inquiètent d'un retour au nationalisme en Allemagne qui serait renforcé par une puissance militaire retrouvée. La lecture attentive du document présenté par Pistorius semble pourtant tracer les contours d'une stratégie bien différente. Loin d'être le signe d'un renforcement de l'indépendance européenne ni d'un retour des années les plus sombres du XXème siècle – l'Allemagne cherche à imposer sa position de « premier vassal » du suzerain américain. Une phrase l'indique clairement : « L'OTAN doit devenir plus européenne pour rester transatlantique. » Berlin vise à devenir le centre névralgique de l'alliance, un « hub » logistique et stratégique au centre du continent tout en maintenant un lien fort avec les États-Unis. En d'autres termes : l'Allemagne se réarme pour consolider l'hégémonie américaine sur l'Europe.
Cette stratégie est parfaitement en ligne avec la vision de l'administration Trump vers un « OTAN 3.0 » selon le commentaire d'Elbridge Colby – le sous-secrétaire d'État à la Défense. Le Département de la Guerre américain a d'ailleurs annoncé travailler avec les Allemands pour soutenir cet effort. Nul doute que les commandes vont pleuvoir au profit du complexe militaro-industriel américain... Et une Allemagne bien armée doit permettre aux forces U.S. de se redéployer en Asie.
L'U.E. et son voisin britannique semblent tout faire pour maintenir leur position de vassaux face à Washington. Si les pays européens reconnaissent qu'il leur faut rattraper le désarmement irresponsable des dernières décennies, ils font preuve de zèle pour conserver les bonnes grâces de Washington. Malgré une situation économique très délicate, l'U.E. a approuvé un prêt énorme de 90 milliards d'euros au profit de l'Ukraine. L'objectif de Washington n'est pas tant de se désengager du « vieux continent » que d'imposer aux Européens un prix plus élevé pour leur « servitude volontaire ». De ce point de vue, la stratégie de Donald Trump s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs : détacher l'Europe de sa dépendance au gaz russe pour lui imposer son GNL (« gaz naturel liquéfié »). La stratégie de sécurité nationale U.S. publiée en novembre dernier le dit explicitement : la priorité absolue est d'assoir la domination américaine sur l'approvisionnement énergétique.
Les offensives menées contre le Vénézuéla et l'Iran s'inscrivent dans cette visée et la guerre qui s'éternise en Ukraine sert les intérêts de Washington puisqu'elle rend les Européens encore plus dépendants. La Russie est d'ailleurs désignée par les stratèges allemands comme la première menace. En attendant, le complexe militaro-industriel américain profite d'une manne provenant de 1300 contrats signés avec 32 membres de l'OTAN.
- L'Allemagne veut devenir la première puissance militaire européenne dès 2035
- Dans un contexte de retrait américain, certains saluent un progrès pour l'UE alors que d'autres s'inquiètent du retour du militarisme allemand
- L'Allemagne s'affirme comme le premier vassal de Washington, la tête de pont de l'OTAN au centre de l'Europe
- Le complexe militaro-industriel américain profite de 1300 contrats d'approvisionnements pour 32 pays membres de l'OTAN