Sciences

Ces lunettes connectées qui filment votre vie privée

Par Judikael Hirel. Synthèse n°2681, Publiée le 17/04/2026 - Photo : Derrière les vidéos captées par les lunettes connectées, se cachent en fait des êtres humains. Crédits : Meta
Alors que Meta, la société de Mark Zuckerberg, multiplie les modèles de lunettes connectées, ce qu'elles enregistrent de nos vies n'a rien de rassurant. Bien au contraire…

L'univers de la high tech est toujours en avance d'une innovation. Lors du dernier salon Mobile World Congress, qui se déroulait début mars à Barcelone, la start-up Xpanceo dévoilait déjà un prototype de lentilles connectées capables d'afficher des données directement dans le champ de vision de l'utilisateur. Mais quand on découvre ce que des lunettes connectées peuvent déjà faire, difficile de ne pas s'en inquiéter.

Elles sont pourtant de plus en plus design, ces lunettes IA, partenariat avec Ray Ban et Oakley oblige. À tel point qu'il s'en est vendu la bagatelle de 7 millions de paires en 2025. Dotées d'une batterie proposant jusqu'à 9 heures d'autonomie, ces lunettes IA dernier cri offrent un champ de vision de 122 degrés et saisissent des vidéos en qualité 3K. Mais tout ce que vos yeux voient, y compris le plus intime de votre vie privée, est aussi vu par les collaborateurs de la firme. En effet, l'IA ne peut pas tout. Si elle est censée analyser votre environnement, ce sont en fait des êtres humains qui doivent voir et annoter les données. C'est ce que vient de révéler une enquête explosive des journaux suédois Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten.

Alors que les lunettes connectées Meta promettent à leurs utilisateurs de respecter leur vie privée, c'est tout sauf la réalité : tout ce qui est filmé est en fait analysé manuellement par des sous-traitants de la société Sama, quelque part au Kenya. Scènes de nudité, vie intime ou coordonnées bancaires… Ils voient tout du quotidien des utilisateurs. « Quand vous voyez ces vidéos, vous comprenez que vous regardez la vie privée de quelqu'un, mais en même temps, on attend juste de vous que vous fassiez le travail. Vous n'êtes pas censé poser de questions. Si vous commencez à en poser, vous êtes viré », raconte un annotateur kényan. « J'ai vu une vidéo où un homme pose les lunettes sur la table de chevet et quitte la pièce. Peu de temps après, sa femme entre et se change », témoigne un autre. « Ce sont des personnes réelles, comme vous et moi. Meta possède ce type de contenu dans ses bases de données. Les gens peuvent s'enregistrer de manière inappropriée sans même savoir ce qu'ils enregistrent. » De quoi traumatiser ceux que l'on paie pour contrôler ces images

Bienvenue dans une société d'omnisurveillance qui ne dit pas son nom. Mais comment est-ce possible ? D'abord parce que rien n'est plus simple que de désactiver le témoin lumineux signalant un enregistrement, ou d'oublier que l'on filme. Autre bémol majeur : les algorithmes d'anonymisation censés rendre impossible l'identification des visages échouent bien souvent. Mais c'est surtout une toute petite ligne que personne ne lit jamais dans les conditions d'utilisation qui pose problème. Elles stipulent en effet, comme le reconnaît META, qu'un examen humain des requêtes adressées à l'intelligence artificielle est possible. De même, elles avertissent les utilisateurs qu'ils ne doivent pas partager d'informations « qu'ils ne souhaitent pas que les IA utilisent et conservent, telles que des informations sur des sujets sensibles ».

« Lorsque les utilisateurs partagent du contenu avec Meta AI, nous faisons parfois appel à des sous-traitants pour examiner ces données afin d'améliorer l'expérience des utilisateurs avec les lunettes, comme indiqué dans notre politique de confidentialité. Ces données sont d'abord filtrées afin de protéger la vie privée des utilisateurs », a précisé la firme au quotidien The Telegraph.  Mais  « une fois les données intégrées aux modèles, l'utilisateur perd en pratique le contrôle de leur utilisation », a déclaré au Svenska Dagbladet et au Göteborgs-Posten Kleanthi Sardeli, avocate spécialisée dans la protection des données pour l'association à but non lucratif None Of Your Business. Ainsi, « avec l'avènement de l'IA et des technologies portables permettant d'enregistrer facilement des vidéos haute résolution d'une simple pression sur un bouton tactile près de la tempe, le coût humain caché de l'annotation des données prend une toute autre dimension. Une réalité que Meta préférerait dissimuler dans de longs termes d'utilisation que peu de personnes prendront la peine de lire. » « Si les utilisateurs connaissaient l'ampleur de la collecte de données, personne n'oserait utiliser ces lunettes », a déclaré un annotateur interrogé par les médias suédois. On verra bien…

À retenir
  • Un scandale vient d'être révélé au sujet des lunettes Meta
  • Derrière l'IA se cachent des annotateurs humains
  • Des employés situés au Kenya qui voient tout ce qui est filmé
La sélection
Lunettes connectées : des scènes d'intimité envoyées aux sous-traitants kényans de Meta
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