Société

Abus dans le périscolaire : un scandale parisien et national

Par Philippe Oswald. Synthèse n°2700, Publiée le 01/06/2026 - Photo : L'Hôtel de ville de Paris. Crédits : Shutterstock
Des plaintes pour violences et agressions sexuelles de jeunes enfants par des animateurs périscolaires se multiplient à Paris. Alertée depuis onze ans, la mairie a minimisé le problème et tenté de l'étouffer.  Des signalements de pédocriminalité émanant de toute la France, Agnès Evren, sénatrice LR de Paris, demande la création d'une commission d'enquête parlementaire à l'échelle nationale.

Le premier procès public d'un animateur du périscolaire parisien soupçonné d'abus sexuels sur des enfants de maternelle, s'est ouvert au tribunal correctionnel de Paris le 26 mai. Il aurait agressé sexuellement neuf enfants et deux collègues. L'une d'elles a déclaré au tribunal : « On m'a demandé par téléphone de ne pas parler de la situation aux parents et de ne pas remonter des choses auprès du tribunal qui pourraient porter atteinte à la Ville de Paris. On m'a menacée de sanctions si je le faisais » (Le Figaro, 27/05/2026).

C'est à la mairie de Paris qu'incombe le recrutement des animateurs d'activités périscolaires. Une vidéo du Conseil de Paris du 14 avril 2015 montre Anne Hidalgo, alors maire de Paris, balayer l'alarme lancée par le maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, tandis qu'Emmanuel Grégoire, alors chargé du recrutement et à présent successeur d'Anne Hidalgo à la tête de la municipalité, assure que toutes les précautions sont prises (Le Point,19/03/2026). Onze ans plus tard, résume Causeur (30/05/2026) : « Des enfants disent avoir été insultés, menacés, bousculés, enfermés, embrassés de force ou agressés sexuellement par certains personnels chargés précisément de les protéger » . Depuis le début de cette année, la mairie a suspendu 78 de ces agents. Mais on pourrait atteindre une centaine de prévenus, selon Frédéric Péchenard, vice-président LR de la région Île-de-France et ancien directeur général de la police nationale, qui a évoqué un « réseau » de pédophiles dans une interview à Europe 1 (28/05/2026, à partir de 17') : « On a fait entrer le loup dans la bergerie. Et quand un animateur était montré du doigt, il était changé d'école. C'est scandaleux ! »

La veille, le Sénat (27/05/2026) avait adopté à l'unanimité une proposition de loi renforçant les contrôles sur les antécédents judiciaires des personnels encadrant des mineurs dans les écoles, centres de loisirs et structures périscolaires. Ce n'est pas seulement Paris mais toute la France qui est touchée par la pédocriminalité, selon le rapporteur centriste Hervé Maurey : « Il ne se passe pas une semaine sans que des faits portant atteinte à l'intégrité d'un mineur ne soient révélés (...) aux quatre coins de la France ». Mais près de 70 % des affaires de violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, faute d'éléments suffisants, selon le sénateur Maurey.

Remaniée par la commission des lois, la proposition de loi votée par le Sénat conditionne toute embauche ou mission d'encadrement de mineurs à la présentation d'une attestation d'honorabilité. « Confierait-on nos enfants à des inconnus dans la rue ? Évidemment que non. Et c'est pourtant ce que nous faisons, faute d'assurance sur le passé de ceux qui s'en occupent » a déclaré pour sa part le Garde des sceaux, Gérald Darmanin. Le matin même de cette séance au Sénat, il avait présenté au Conseil des ministres un projet de loi visant à « sécuriser l'intégralité de la sphère scolaire et périscolaire ».

Ce même 27 mai, lors des questions d'actualité au gouvernement, la sénatrice LR Agnès Evren a dénoncé « l'omerta systémique » autour des violences et abus sexuels à Paris et demandé au ministre de la Justice, Gérald Darmanin, l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire sur l'encadrement périscolaire à l'échelle nationale. C'est en effet à l'ensemble de la France qu'une telle enquête est appelée à s'étendre. « Alors que les affaires d'abus de la part d'animateurs dans les écoles ébranlent la capitale depuis l'automne dernier, les familles d'autres régions tirent la sonnette d'alarme et appellent à une réforme du dispositif. Ces derniers mois, les signalements se sont multipliés, partout en France » relevait Le Figaro le 28 avril. Dans un communiqué en lien ci-dessous, UNICEF France appelle à « un changement profond de culture en matière de protection de l'enfance » (en lien ci-dessous).

Alors que ce scandale touche les écoles publiques, les adversaires de l'enseignement catholique ramènent le projecteur sur les établissements confessionnels. Sous prétexte de « protéger les enfants et lutter contre les violences en milieu scolaire », le groupe Ensemble pour la République de Gabriel Attal, a déposé à l'Assemblée un texte approuvé en Commission. Le gouvernement a choisi la procédure accélérée pour le soumettre au vote des députés, en première lecture, ce lundi 1er juin. Or, cette proposition de loi, élaborée après l'affaire Bétharram, remet en cause plusieurs points fondamentaux de la liberté de culte et du droit de conscience, le plus sensible étant la suppression du secret de la confession. L'article 9 prévoit explicitement que les ministres du culte seraient « soumis aux obligations de dénonciation des faits de violences sur mineurs, y compris s'ils en ont eu connaissance dans l'exercice de leurs fonctions : aucun “secret de la confession” ne saurait s'y opposer ». L'épiscopat a aussitôt réagi : «La Conférence des évêques de France interpelle les parlementaires à ce sujet et exprime ici sa grande préoccupation

À retenir
  •  Des plaintes pour violences et agressions sexuelles de jeunes enfants par des animateurs périscolaires se multiplient à Paris.

  •  Alertée depuis onze ans, la mairie de Paris a minimisé le problème et tenté de l'étouffer.

  •  Des signalements de pédocriminalité commis par des animateurs émanent de toute la France.  

  •  Agnès Evren, sénatrice LR de Paris, demande la création d'une commission d'enquête parlementaire à l'échelle nationale.  

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