International

Trouver des solutions pour Gaza, casse-tête pour la diplomatie internationale

Par Peter Bannister - Publié le 06/12/2023 - Crédit photo : Jack Guez / AFP

Avec la fin vendredi dernier de la trêve entre Israël et le Hamas, les hostilités sont entrées dans une nouvelle phase avec l'expansion des opérations de Tsahal au sud de la Bande de Gaza. Dans une allocution le 2 décembre, Benjamin Netanyahou a réitéré sa volonté de poursuivre ses objectifs militaires jusqu'au bout, dont la destruction du Hamas. Cependant, devant la mort de plusieurs milliers de civils et une catastrophe humanitaire en cours, des voix de plus en plus nombreuses se lèvent contre la politique du premier ministre israélien. Certaines critiques n'ont rien de nouveau, dont celles de l'émir du Qatar et du président turc Erdogan lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe à Doha, accusant Netanyahou de génocide et de crimes de guerre. Par contre, on constate également des mises en garde de plus en plus pressantes dans les journaux israéliens ainsi que de la part de Washington. La diplomatie américaine a même évoqué la menace d'une « défaite stratégique » pour Israël dans l'absence d'un plan cohérent pour l'avenir politique des territoires palestiniens.

Ce scénario a été décrit par Lloyd Austin, secrétaire à la défense des USA, dont les propos démontrent la difficulté pour Washington d'équilibrer son approche envers Israël. La politique actuelle consiste à lui fournir une très grande quantité de matériel militaire, tout en appelant à minimiser les pertes civiles chez les Palestiniens, trop importantes selon le secrétaire d'Etat Anthony Blinken. Pour les E.-U., c'est le Hamas qui a mis fin à la trêve en ne renouvelant pas la liste d'otages juifs à libérer ; la porte-parole du département d'État Matthew Miller a d'ailleurs estimé que le Hamas ne voulait pas relâcher des femmes afin de les empêcher de parler des violences sexuelles subies lors de leur captivité. Par contre, tout en rassurant Netanyahou de la solidité de l'appui américain, il est clair que Washington reste préoccupé par les conséquences éventuelles du renouvellement de l'offensif terrestre israélien. Evoquant son expérience personnelle sur le terrain pendant la campagne contre Daech, Austin a affirmé que la précondition de la victoire dans une guerre urbaine est la protection des civils, « centre de gravité » du combat : « si vous les poussez à se jeter dans les bras de l'ennemi, vous remplacez une victoire tactique par une défaite stratégique. » Pour Austin, la protection des Gazaouis par Israël, tout comme la prévention d'actes de violence de la part des colons en Cisjordanie, serait à la fois « une responsabilité morale et un impératif stratégique ». Il a également réaffirmé la position des USA par rapport à la nécessité à long terme d'une solution à deux États, « seul plan de sortie viable », sans lequel le conflit israélo-palestinien « restera un moteur d'instabilité, d'insécurité et de souffrance humaine. »

Les paroles de tous ces représentants du gouvernement américain montrent cependant la problématique à laquelle Washington se heurte. Pour beaucoup, les mises en garde américaines envers Israël n'ont aucun poids tant que Netanyahou peut compter sur le flux ininterrompu d'armes en provenance des USA. C'est justement le manque de débat sur cet approvisionnement militaire de facto inconditionnel qui avait été cité par Josh Paul, chargé de l'approbation des transferts d'armes vers Israël, comme motif pour sa démission du département d'État au mois d'octobre, comme il a expliqué lors d'un entretien récent avec Christine Amanpour sur CNN. Tout en condamnant fermement les atrocités commises par le Hamas, Paul estime qu'en permettant l'utilisation indiscriminée de ses armes par Israël à Gaza et en Cisjordanie, la politique étrangère américaine a été un « désastre », exposant les USA aux accusations d'hypocrisie. Le monde arabe et une grande partie du « Sud global » voient effectivement d'un mauvais œil le contraste entre la critique américaine des actions de la Russie en Ukraine et la tolérance apparente des opérations israéliennes à Gaza.

Une interprétation du conflit semblable à celles de Lloyd Austin et Josh Paul a été offerte dans Haaretz, le Times of Israel et l'Osservatore Romano par l'ancien premier ministre israélien Ehud Olmert, qui avait entretenu de longs pourparlers avec le leader palestinien Abu Mazen entre 2006 et 2009. Selon Olmert, le temps pour proposer des solutions pour Gaza post-guerre serait très limité ; en cas d'une retraite de Tsahal, la présence d'une force internationale s'imposerait, car « il n'y a aucune chance qu'un soldat arabe ou un Palestinien entre à Gaza sur ordre d'Israël ». Olmert appelle également à la démission du premier ministre, car « chaque minute où Netanyahou reste est un dégât causé à Israël », soulignant qu'il faudrait entreprendre de vraies négociations avec l'Autorité Palestinienne pour une solution à deux États. Un argument qui ne va pourtant pas dans le sens d'un Netanyahou intransigeant, dont le procès pour corruption a d'ailleurs repris le 4 décembre.


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Ehud Olmert : Israël doit rapidement proposer un scénario post-Hamas pour Gaza
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