Iran : une offensive opportuniste dans une guerre à long-terme contre la Chine
Le 70ème anniversaire de l'opération franco-britannique sur le canal de Suez approche. Un succès militaire qui a permis de prendre le contrôle d'un passage hautement stratégique. Mais un désastre politique pour les deux alliés européens obligés de reculer face aux injonctions des Américains et des Soviétiques. L'opération israélo-américaine « Epic Fury » (« Furie épique ») visant le renversement du régime iranien et l'annihilation de ses capacités militaires est un épisode à miroir renversé... Elle s'inscrit dans une stratégie à long-terme dont l'objectif semble être de contraindre la Chine dans son expansion. Après la chute de Maduro au Vénézuéla, le régime totalitaire des « fous de Dieu » chiites à Téhéran est directement ciblé. Et l'épisode suivant est déjà connu : l'île communiste de Cuba serait sur le point de tomber, épuisée par l'incompétence et la tyrannie de ses dirigeants. La capture de Maduro à Caracas a coupé La Havane de son principal soutien et fournisseur en pétrole.
La chute du régime iranien ne serait pas aussi désastreuse pour Pékin – mais la Chine perdrait un allié stratégique. Car la Chine est le plus gros importateur d'or noir au monde pour alimenter ses industries. Le brut iranien représente 13,5% des importations chinoises et les exportations iraniennes vers la Chine sont absolument essentielles pour Téhéran puisqu'elles pèsent 45% des recettes de l'État. L'Iran survit difficlement depuis des années grâce au commerce avec la Chine... Xi Jinping n'a pas faire mystère de son intention de prendre le contrôle de Taïwan en visant 2027. Pour cela, il doit à tout prix diversifier ses approvisionnements en hydrocarbures. Le Parti communiste chinois (PCC) a d'ailleurs approuvé en 2021 un investissement massif de 400 milliards de dollars US dans les infrastructures iraniennes pour une durée de 25 ans. En échange d'un flux continu de pétrole à très bon prix... La chute des mollahs et un Iran gouverné par des dirigeants alliés aux Américaines seraient des coups durs portés aux ambitions chinoises.
Mais revenons à la comparaison avec le canal de Suez... Si l'objectif géostratégique paraît clair, le plan militaire pour gagner cette guerre parait bien nébuleux. Le Secrétaire d'État Marco Rubio a même admis que l'initiative avait été imposée par les Israéliens qui se sont infiltrés profondément dans l'appareil de pouvoir iranien depuis des décennies. La réunion de l'ayatollah Khamenei et des dirigeants des Gardiens de la révolution était annoncée par le Mossad qui disposait des plans détaillés du bunker sous-terrain. C'était l'occasion de décapiter plusieurs têtes du régime en une frappe massive dans l'espoir d'un renversement décisif mené par les Iraniens eux-mêmes. Un changement de régime donc pour libérer les Iraniens d'une théocratie totalitaire et apocalyptique qui les terrorise. Très vite, les experts militaires se sont interrogés sur la viabilité d'un tel plan sans envoyer des troupes au sol. Car le chiisme d'État en Iran est un système eschatologique découlant d'une cosmologie politique structurée : il n'est pas matérialiste comme le communisme qui tombe en ruine sous les assauts combinés de la réalité économique et de la soif spirituelle des peuples. Les Iraniens rejettent en masse ceux qui les oppressent mais le cœur du pouvoir – certes corrompu - est protégé par des fanatiques et une idéologie plus difficile à déraciner que le matérialisme socialiste. Sa stabilité ne dépend pas juste d'un dirigeant... D'ailleurs, Téhéran vient d'annoncer la nomination d'un nouveau Guide suprême : Mojtaba, Khamenei fils. Un pied de nez à Donald Trump...
Le discours américain a déjà changé : Washington parle maintenant d'un modèle à la « vénézuélienne » c'est-à-dire que le régime pourrait rester en place mais avec un dirigeant « sous contrôle ». Le Président d'origine azérie Massoud Pezeshkian est cité car il est réputé plus ouvert à l'Occident. Il reste un problème de taille évoqué plus haut : le régime est par essence religieux et on peine à imaginer un laïc à sa tête... L'entrée en lice de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah, signifierait un changement radical – une option que ne semble pas favoriser Donald Trump voulant à tout prix éviter l'envoi de soldats.
Les Israéliens de leur côté poursuivent une stratégie jusqu'au-boutiste. Danny Citrinowicz, conseiller en stratégie militaire en Israël, l'affirme sans ambages : « Qu'il y ait un coup d'État, ou des révoltes dans les rues, ou même une guerre civile – toutes ces options sont bonnes pour nous [tant que l'Iran ne représente plus une menace] ». Les Occidentaux et leurs alliés du golfe Persique n'ont pas les mêmes intérêts. Une guerre menée par des séparatistes kurdes, baloutches plongerait l'Iran dans le chaos. Une issue qui serait catastrophique pour tous : Chinois, Américains, Arabes et Européens... En attendant, la Russie tire son épingle du jeu : Vladimir Poutine se place en médiateur tout en bénéficiant des fortes augmentations du cours des hydrocarbures.
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