Société

Peter Thiel, le nouvel Antéchrist ?

Par Judikael Hirel. Synthèse n°2702, Publiée le 05/06/2026 - Photo : Peter Thiel lorsConverge Tech Summit 2022, à Scottsdale (Arizona).

Crédits : Gage Skidmore
Le milliardaire américain, cofondateur de Paypal, aujourd'hui à la tête du géant de la surveillance et du renseignement Palantir, inquiète du fait de ses prises de positions extrêmes. Et du regard sombre qu'il jette sur le futur proche de l'humanité.

Trouver quiconque disant du bien de Peter Thiel semble relever de l'exploit. Même Elon Musk est plus apprécié que lui, c'est dire. D'ailleurs, les deux se connaissent très bien : Thiel est souvent surnommé le chef de la "PayPal Mafia", ce groupe d'anciens employés et fondateurs de la solution de paiement en ligne star qui ont ensuite créé les plus grandes entreprises technologiques mondiales. Celui qui fait partie des 100 personnes les plus riches de la planète selon Forbes voit sa fortune estimée à environ 28,5 milliards de dollars. Après avoir confondé PayPal en 1998, il la revend à eBay pour 1,5 milliard de dollars en 2002. Premier investisseur extérieur de Facebook en 2004, son chèque de 500 000 dollars se métamorphosera en plus d'un milliard lors de la revente de ses parts. Aujourd'hui, la société d'omnisurveillance et d'analyse de données qu'il a créé, Palantir Technologies, a tout pour faire peur. Son rôle dans les guerres actuelles comme dans la surveillance de masse inquiètent à juste titre. Entre de mauvaises mains, comme la pierre de vision du même nom dans Le Seigneur des Anneaux, un tel pouvoir serait redoutable. 

C'est d'ailleurs pour cela que Peter Thiel inquiète : ses détracteurs voient en lui au mieux un libertarien pur et dur, un néoréactionnaire, au pire un « technofasciste ». Il faut dire qu'il ne cache pas sa volonté de remodeler la société, ni ses positions libertariennes radicales, lui qui a notamment déclaré que « la liberté et la démocratie ne sont plus compatibles ». D'ailleurs, lors de ses entretiens d'embauche, Peter Thiel pose systématiquement une question bien précise : « Quelle vérité importante possédez-vous avec laquelle très peu de gens sont d'accord ? » Lui qui fut, en 2016, le premier soutien de premier plan de Donald Trump dans une univers de la high tech américaine résolument démocrate, prône une vision d' « optimisme défini » de notre société. Ses théories philosophiques se veulent inspirées de René Girard, dont il a été l'élève à Stanford : quelle est la mission de l'homme dans l'histoire ? Ainsi, les êtres humains, ne sachant pas ce qu'ils veulent, tendent à imiter les désirs des autres. Avec pour conséquence une compétition féroce et destructrice. Pour résoudre cette tension, les sociétés désignent souvent un bouc émissaire, un coupable arbitraire à sacrifier pour ramener la paix. Pour Peter Thiel, « la compétition est pour les perdants », d'où la nécessité de penser à contre-courant. Son credo : il ne faut pas copier ce qui existe déjà, mais créer des monopoles technologiques de rupture. Jugeant le système politique sclérosé, il lui préfère le recours à la technologie afin de créer des espaces où les règles ne s'appliquent plus. Place aux grands projets : coloniser Mars, trouver de nouvelles sources d'énergie… ou repousser la mort.

Ces derniers temps, c'est par ses conférences qu'il a fait parler de lui, à à San Francisco, à Paris comme à Rome. « Un  technofasciste reçu à l'Institut de France et au gouvernement ?», s'inquiétait ainsi le Huffington Post. Le thème central de ces conférences : ni plus ni moins que l'Apocalypse… « Je suis chrétien, je veux préserver la liberté et j'ai peur de l'Antéchrist », pose-t-il d'emblée. Sa vision de l'avenir de notre société est des plus sombres, tablant sur l'effondrement de la civilisation à brève échéance… sauf si des innovations technologiques majeures nous en préservent. Est-il pour autant parvenu à convaincre l'assistance que l'Antéchrist « n'est pas seulement un fantasme médiéval » ? Sans doute pas. Alors, qui sera l'Antéchrist du XXIe siècle ? À Paris, son intervention devant l'Académie des sciences morales et politiques à l'invitation de Chantal Delsol, Peter Thiel pointait aussi le risque d'un « gouvernement global totalitaire»… Quand justement ses détracteurs estiment que c'est sa propre création, Palantir, qui nous y mène. La dernière innovation qu'il a financé, un « collier IA pour les vaches » imaginé par Halter, une startup néo-zélandaise, associe géolocalisation permanente et suivi comportemental en temps réel. Aujourd'hui les vaches, demain les hommes ? 

À retenir
  • Le milliardaire américai Peter Thiel inquiète.
  • Sa société Palantir est perçue comme un danger pour la liberté.
  • Mais son obsessions de l'Antéchrist est tout aussi surprenante.
La sélection
L'hérésie américaine : faut-il brûler Peter Thiel ?
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