Lyhanna, une tragédie aux nombreux ricochets
L'enlèvement (29 mai), le viol et le meurtre de la jeune Lyhanna renvoie à de lourds dysfonctionnements de l'État, justice et gendarmerie en tête. Le 22 juin, les chefs des inspections générales de la justice et de la gendarmerie nationale ont communiqué les conclusions du prérapport d'inspection sur la mort de Lyhanna demandé par le Premier ministre. Elles pointent de lourdes fautes individuelles et des défaillances en série dans la chaîne judiciaire. « Une catastrophe judiciaire » avait prévenu le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz.
L'élément le plus saillant de ce dossier touffu est le viol à répétition (une cinquantaine de fois selon le témoignage de l'enfant !) d'une autre fillette de 11 ans, « Rosa » (prénom modifié), entre septembre 2024 et mai 2025, au domicile de Jérôme Barella, dans le Gers. La mère de l'enfant avait déposé une plainte pour viol sur mineure de moins de 15 ans, le 18 août 2025, à la brigade de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne). Le temps passant, la mère de Rosa avait rappelé les gendarmes à plusieurs reprises jusqu'à ce que ceux-ci la menacent d'une plainte pour « harcèlement » (Europe 1, 09/06/2026 ). Le prédateur sexuel présumé n'avait pas été entendu jusqu'à sa mise en cause dans l'enlèvement, la séquestration et le meurtre de Lyhanna.
Explication administrative : les enquêteurs de Haute-Garonne ne pouvaient auditionner Jérôme Barella car le dossier ne relevait pas du parquet de Toulouse mais du parquet d'Auch, le suspect résidant dans le Gers. Mais c'est par la poste que le dossier avait été transmis de Toulouse à Auch où il avait été mis sous une pile...« L'envoi dématérialisé de la procédure (depuis Toulouse), même partiel, aurait été de nature à faciliter une prise en compte rapide de la procédure et l'urgence de traitement requise », notent les inspecteurs. En outre, « les antécédents du mis en cause, bien identifiés par la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch, n'ont pas été pris en compte au moment du dessaisissement ». Quant à la mère de la petite victime, qui avait subi l'intimidation des gendarmes parce qu'elle les pressait d'agir, la justice ne lui a pas « proposé un accompagnement à la hauteur du préjudice subi », constatent les inspecteurs. « Sur le ressort judiciaire du département du Gers, la procédure criminelle (...) n'a pas été traitée comme une procédure prioritaire, tant de la part du parquet d'Auch que de la compagnie de gendarmerie de Condom ». Le rapport conclut sur ce chapitre à un « cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure tant de la part du parquet que de la gendarmerie ». L'avocat de la mère de Rosa a porté plainte contre l'État pour « fautes lourdes ».
Le 16 juin, un nouveau signalement contre Jérôme Barella pour agression sexuelle était découvert (BFMTV, 16/06/2026). Trois mois avant le meurtre de Lyhanna, une collégienne de 11 ans, amie d'une fille de Barella, avait déclaré à ses éducateurs avoir subi des « gestes déplacés » au domicile du suspect au cours d-une « soirée pyjama » remontant à l'été 2025. Cette fillette est placée dans le Tarn-et-Garonne par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), institution elle-même accusée de graves négligences dans le suivi des enfants qu'elle est supposée protéger (beaucoup sont victimes de réseaux de prostitution cf. LSDJ n°2456). C'est encore l'ASE qui est évoquée après le lynchage à mort du jeune Louis, 17 ans, le 22 juin, à Narbonne. Tous les protagonistes de cette tragédie avaient en effet été confiés aux bons soins de l'Aide sociale à l'enfance (Cnews, 25/06/2026). Toutefois, dans l'affaire de l'amie d'une fille de Barella, l'ASE avait alerté le parquet d'Auch et la cellule départementale de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du Gers, le 12 mars, soit moins de trois mois avant la mort de Lyhanna.
Cette alerte était restée elle aussi tragiquement sans effet : la fillette n'a été entendue qu'après le meurtre de Lyhanna. Lors de cette audition tardive, la jeune fille a affirmé avoir été victime non pas seulement de « gestes déplacés » mais d'agressions sexuelles répétées de la part de Jérôme Barella. L'avocate de cette plaignante a fait savoir au Figaro (16/06/2026) qu'elle avait déposé plainte pour agression sexuelle «au nom de la jeune fille et de ses deux parents».
Quelque 70.000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont en souffrance dans toute la France. On ne voit pas comment les magistrats pourraient les passer en revue, avant le 14 juillet, comme l'a ordonné le ministre de la Justice Gérald Darmanin (Le Figaro, 22/06/2026). De source gouvernementale rapportée par France Info, le réexamen de ces plaintes avait déjà conduit le 22 juin au placement en détention provisoire de 134 personnes, un nombre vertigineux... Mis en cause par le ministre de la Justice, les magistrats font front et dénoncent « la mécanique du bouc émissaire » face à une « crise systémique » (France info, 25/06/202). Mais selon un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD (en lien ci-dessous), les trois-quarts des Français sont favorables à la création d'une cour disciplinaire de la magistrature.
Justice, gendarmerie, Aide sociale à l'enfance...L'inaction de services de l'État est pointée dans l'enlèvement et le meurtre de la jeune Lyhanna.
Un pré-rapport d'inspections de la justice et de la gendarmerie nationale relève de lourdes fautes individuelles et des défaillances en série.
70.000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont en souffrance dans toute la France.
Mis en cause par le ministre de la Justice, les magistrats font front et dénoncent « la mécanique du bouc émissaire » face à une « crise systémique ».