Sciences

L'institut de virologie de Wuhan et l'origine du covid-19 : de nouvelles pièces à conviction ?

Par Peter Bannister - Publié le 21/06/2023 - Photo : l'institut de virologie de Wuhan. Crédit : AFP/Hector RETAMAL

Est-ce qu’on a enfin retrouvé le «   patient zéro   » dont l’identité aiderait à résoudre l’énigme des origines du SARS-CoV2 ? Le 13 juin, les noms ont été publiés de 3 scientifiques à l’institut de virologie de Wuhan (IVW) qui auraient été parmi les premières personnes infectées par le covid-19. 3 jours plus tôt, un article du Sunday Times par Jonathan Calvert et George Arbuthnott a affirmé que des scientifiques à l’IVW s'étaient livrés à des expériences sur des coronavirus peu avant le début de la pandémie du Covid-19, et que des recherches à Wuhan avaient été menées en collaboration avec l’Armée populaire de libération (APL), dont l'intérêt pour les armes biologiques est connu.

Selon le Sunday Times, un élément clé dans la genèse da la pandémie était la découverte par des scientifiques menés par Shi Zhengli, la «    batwoman    » de l'IVW, de divers coronavirus dans une mine investie par des chauves-souris à Mojiang dans la province de Yunnan. 3 personnes ayant nettoyé la mine y seraient mortes en 2012 avec des symptômes similaires à ceux du SRAS. Sans que ces décès aient été signalés par les autorités, Shi Zhengli a pris plus de 1 300 échantillons de la mine pour ses recherches entre 2012 et 2015, découvrant 293 coronavirus. Après le début de la pandémie, l'un de ces virus, le RaBtCoV/4991, a été identifié comme le plus proche parent du Covid-19. Le nom de ce virus – dont la séquence avait été publiée en partie en 2016 – a ensuite été changé par l’IVW en RaTG13, une modification qui aurait pu être motivée par le désir de rendre le lien avec Mojiang moins évident. Depuis 2020, les chercheurs indiens Monali Rahalkar et Rahul Bahulikar ont essayé d’enquêter sur la question du lien éventuel entre la mine de Mojiang et le covid-19, étant donné que 9 coronavirus de la mine sont les seuls dans la famille du SARS-CoV2 dont on a démontré l’existence avant la pandémie. Ils n’ont pourtant pas pu accéder au site et se sont plaints du manque de transparence de l’IVW à ce sujet. Le Sunday Times suggère que cette opacité autour de la mine de Mojiang serait due au «   secret militaire lié à la recherche de capacités à double usage dans le domaine des armes biologiques virologiques et des vaccins   ». Cette inférence n’est pas nouvelle : début 2021, un rapport du gouvernement américain, rédigé par une équipe dont les membres ont été interviewés par le Sunday Times, avait déjà affirmé que l'IVW faisait des recherches classifiées pour l'armée chinoise depuis 2017 (activités niées par Shi Zhengli en 2021).

L'allégation la plus explosive de l'article est que les militaires chinois étaient intéressés par le développement à la fois de virus modifiés (par des techniques de «     gain de fonction     ») pour augmenter leur pathogénicité et de vaccins contre ces même virus jusqu’alors inexistants, les transformant effectivement en armes biologiques : «   Si un pays pouvait inoculer sa population contre son propre virus secret, il pourrait disposer d'une arme capable de modifier l'équilibre mondial du pouvoir   ». Il est frappant de constater que Zhou Yusen, chercheur en vaccins au sein de l'APL, ait pu breveter un vaccin contre le Covid-19 dès février 2020, soit un mois après l'apparition officielle du virus (en mai 2020, Zhou est décédé à l'âge de 54 ans, supposément en tombant du toit de l'IVW). Selon Robert Kadlec dans un rapport publié en avril 2023 sous l'égide du sénateur américain Roger Marshall, les chercheurs de l'APL ont dû commencer à travailler sur deux vaccins contre le SARS-CoV2 en novembre 2019. La question de l'implication de l'APL à Wuhan apparaît également dans des câbles diplomatiques rendus publics par le groupe «     U.S. Right to Know     », qui font référence à une «   forte coopération entre l’IVW et l'Académie des sciences médicales militaires de l'APL   », mentionnant aussi des preuves électroniques de l’existence de «   laboratoires clandestins de l'APL à l’IVW   ».

Le 13 juin, l'enquêteur américain Michael Shellenberger a annoncé les noms de 3 chercheurs du WIV – transmis par des sources du gouvernement américain – qui ont été parmi les premières personnes à être infectées par le covid-19 : Ben Hu (le bras droit de Shi Zhengli à l’IVW), Yu Pin et Yan Zhu. Leur identité a été confirmé le 20 juin par le Wall Street Journal, qui avait déjà révélé en mai 2021 l’hospitalisation de 3 scientifiques à Wuhan en novembre 2019, sans les nommer. Selon des informations obtenues par le groupe «    White Coat Waste    », ces chercheurs chinois avaient reçu des fonds américains du NIAID et de l'USAID entre 2014 et 2020.

Ces dernières révélations semblent confirmer les arguments avancés depuis 2020 par plusieurs chercheurs, dont Sharri MarksonAlina Chan et Matt RidleySteven QuayAngus Dalgleish et Birger Sørensen, ainsi que l’ancien expert de l’OMS Jamie Metzl, qui ont tous longtemps soutenu comme probable l’hypothèse d’une fuite du SARS-CoV2 du laboratoire de Wuhan. Légalement, le «   COVID-19 Origin Act   » signé par Joe Biden le 20 mars 2023 oblige le gouvernement américain à déclassifier toute information au sujet des liens entre l’IVW et l’origine du covid-19 avant le 18 juin. Des informations attendues avec impatience.

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