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Enfin sur Netflix : La trop courte histoire de l'alpiniste hors-norme Marc-André Leclerc

Par Louis Daufresne - Publié le 11/07/2023 - Photo : Capture d'écran du documentaire "The Alpinist" (crédits : Sender Films).

Et si on allait chez Leclerc ? Pas Michel-Édouard – qui tire les prix vers le bas – mais Marc-André qui, avec toutes les prises, se tire vers le haut. Sans corde, quelles que soient l'altitude, la saison, la longueur ou la paroi, rocher, glace ou mixte. Rien de naturel ne résiste au solo intégral de ce Canadien de 23 ans. L'homme n'escalade pas les gratte-ciel, type d'ascension qui vaut à Alain Robert d'être encore médiatisé à 60 ans passés.

Contrairement au « Spiderman français », Marc-André Leclerc passe inaperçu. On le dit trop modeste, secret voire sauvage. Le prodige de Squamish,  « temple de la grimpe canadienne » selon Montagnes Magazine, préfère courir les Rocheuses que les plateaux TV. Un documentaire parvient enfin à lui rendre hommage. Sorti en septembre 2021 aux États-Unis, il vient d'arriver en France sur Netflix.

Selon Outside,  « c'est l'un des films de montagne en passe de devenir culte ». Marc-André Leclerc en est la « roc » star. D'ailleurs, le docu s'appelle The Alpinist. Tout est dans le « the », tant il domine son sujet.

Les images sont ahurissantes quand il gravit une cascade de glace faite de fragiles stalactites ou qu'il franchit des passages surplombants en dry-tooling (escalade rocheuse avec matériel glaciaire). Le grimpeur se meut sous le granit, laisse un piolet dans une fente, pose l'autre sur son épaule, y va à mains nues,  « danse » en changeant de pieds pour poser ses pointes avant sur un semblant de prise, le tout sans le moindre assurage. Ses piolets à lame recourbée ne sont même pas reliés à son poignet par des dragonnes. Cette séquence de la 25e à 31e minute n'est pas commentée et c'est tant mieux, le film étant doublé par des voix très stéréotypées.

Et c'est dommage car l'homme que nous présente en 1 h 32 la société Sender Films est exceptionnel. Pourtant, les réalisateurs, Peter Mortimer et Nick Rosen, sont des familiers du vide avec El Capitan, giga falaise du Yosemite qu'ils capturent dans The Dawn Wall (2017) et Valley Uprising (2014).

Dans The Alpinist, des figures du milieu témoignent : Alex Honnold se demande qui est ce type qui eut l'audace de battre son record de vitesse sur The Grand Wall à Squamish. La star de Free Solo (2018) regravira la voie pour reprendre son titre au jeune effronté local. D'autres, comme Reinhold Messner, s'ébahissent devant cet ado coiffé comme David Hasselhoff dans K 2000.

Né en Colombie-Britannique, Marc-André Leclerc ne parle qu'anglais. Son père construit des maisons ; sa mère est serveuse dans un restaurant. On lui diagnostique des troubles de l'attention. L'école ? Très peu pour lui. En quête d'une vie intense, il menace de sombrer dans la drogue mais sa passion de l'escalade le rattrape et sa petite amie Brette Harrington, également fan de solo intégral, croit en lui. Le couple a un côté vagabond, vit dans des endroits improbables, une cage d'escalier ou une tente au fond d'un bois. Lui-même dort parfois dans une grotte. Ils abhorrent le luxe, ce qui est à la fois singulier et exemplaire.

Sa mère joue un grand rôle dans sa vocation : Il dévore les livres d'aventure qu'elle lui achète. L'enfant est fasciné par les conquérants de l'inutile. Leur courage himalayen l'impressionne. Confiante, elle le laisse partir seul pour aller grimper partout sans corde… Son expérience lui permet de réaliser la face de l'empereur au Mont Robson, point culminant des Rocheuses canadiennes, et, toujours en hiver, le premier solo du Torre Egger, monstrueux pilier de Patagonie. Sa première tentative échoue dans la tempête à quatre longueurs du sommet. La seconde sera la bonne. Parti avec très peu d'équipement, l'alpiniste avale le monolithe de nuit et d'une seule traite. Sa prouesse se fût déroulée en Himalaya que son nom eût fait le tour de la terre.

Cette histoire, hélas, ne s'écrit plus au présent. En 2018, près de Juneau en Alaska, Marc-André Leclerc périt dans une avalanche, alors qu'il descend la face nord des Mendenhall Towers avec Ryan Johnson. Quatre jours de mauvais temps clouent au sol les secours. Les corps ne seront même pas localisés. Sa mère dira lors d'un hommage public :  « Dieu m'a donné la grâce de comprendre une chose : il ne faut pas empêcher son fils de pratiquer sa passion pour la montagne. »

Mort à 25 ans, Marc-André Leclerc repoussa tellement les limites qu'il ne pouvait évoluer qu'en zone de danger extrême. Pourtant, quand il grimpait sans corde, il disait que  « la vie paraissait incroyablement simple ». Jouer aux échecs avec la mort est un art. L'alpiniste élève sa conscience à un autre niveau – qui fait voir la vie en relief.

Le jeune Canadien ne fut pas victime de son escalade libre mais des aléas des cimes. En Alaska, sa petite amie retrouva un de ses pitons, point d'ancrage enfoncé dans la roche. Ultime reliquat de son si talentueux survol parmi les hommes.

La sélection
[Film] The Alpinist : sur les traces de Marc-André Leclerc
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