Élection d'Abelardo de la Espriella dit « Le tigre » : victoire « trumpiste » en Colombie
Alors que Donald Trump se débat pour sortir du bourbier iranien, il peut se satisfaire de l'évolution politique en Amérique Latine. La courte victoire d'Abelardo de la Espriella à l'élection présidentielle colombienne du 21 juin dernier confirme un basculement de la gauche vers la droite du continent. C'est le succès de la doctrine « Donroe » - la doctrine Monroe datant de 1823 - revue par Donald Trump - qui affirme une hégémonie états-unienne sur l'ensemble des Amériques. En quelques mois, on a vu l'arrivée au pouvoir de Javier Milei en Argentine, l'opération pour enlever le dictateur Maduro au Vénézuéla, puis le basculement à droite du Chili... Depuis quelques semaines, une pression intense est exercée sur le régime cubain. Et voilà qu'un libertarien se réclamant à la fois de Milei et de Trump gagne face à Ivan Cepeda - le successeur désigné du Président Petro.
Cette évolution politique confirme cependant des traits spécifiques à la région : la forte polarisation des opinions et l'émergence de personnalités originales. La défaite de la gauche en Colombie n'est pas juste celle d'un néo-marxiste comme Cepeda. C'est surtout le rejet d'une tendance récente des gauches sud-américaines qui imitent le libéralisme social venu du Nord : obsession pour la question climatique conduisant à la destruction d'industries, « wokisme » qui vient en confrontation directe avec les traditions catholiques de ces pays, le rejet des politiques sécuritaires dans un contexte colombien qui reste fragile.
La personnalité d'Aberlardo de la Espriella rappelle celle de Bukele (Salvador), de Javier Milei (Argentine) et il proclame son admiration pour Donald Trump. Il a de fait un profil similaire d'avocat et d'homme d'affaires haut en couleur. L'origine d'une part de sa fortune pose question alors qu'il a été l'avocat de trafiquants notoires. Il ressemble physiquement à Nayib Bukele et il veut imiter sa politique sécuritaire en conduisant une guerre sans pitié contre les cartels – en construisant des centres pénitentiaires sur le modèle salvadorien. Le nouveau Président colombien est surtout un afficionado de Javier Milei en adoptant la même politique libertarienne de « darwinisme social » : quand Milei se compare à un lion, le Colombien adopte l'image d'un tigre (« El tigre ») lors des rassemblements politiques.
Tout comme Milei, de la Espriella a opéré un virage radical dans ses positions morales. Avant de s'engager en politique, il professait des vues ultra-libérales en faveur de l'euthanasie, de l'avortement et du mariage homosexuel. En 2017, il indiquait lors d'une interview qu'il ne croyait en rien qui ne puisse s'expliquer par la raison... Il s'est converti il y a près de 6 ans, après la mort d'une tante très croyante qui l'avait en partie élevé et s'affiche aujourd'hui comme un héraut du nationalisme chrétien. Il qualifie l'avortement « d'abomination » et proteste vivement quand ses adversaires l'accusent de s'être converti pour des motifs bassement politiques. Détenteur des passeports américain et italien en plus du colombien, il a vécu une décennie en dehors du pays... Il a ouvertement soutenu l'action américaine à Caracas contre Nicolas Maduro.
Son radicalisme et sa personnalité ont offert des angles d'attaque à la gauche colombienne pourtant largement discréditée par des politiques déconnectées des attentes des masses travailleuses. Alors, depuis 2024, le pouvoir en place a multiplié les actions sociales pour regagner les votes des plus modestes en relevant le salaire minimum par exemple. Trop peu, trop tard car le Président Petro avait donné à sa politique une couleur idéologique en harmonie avec la gauche américaine sous Joe Biden. Après avoir annoncé que l'espèce humaine allait s'éteindre sous 12 ans à cause du « changement climatique », Petro avait méthodiquement détruit Ecopetrol, la société pétrolière d'État – qui à elle seule remplissait de moitié les caisses du gouvernement. Le nouveau Président élu prône à l'inverse une politique volontariste de développement économique. La sécurité est l'autre faillite de la gauche colombienne. Petro et Cepeda ont adopté la ligne progressiste qui fait un lien direct entre insécurité et injustice sociale. Les meurtriers étant d'abord des « victimes », ils ont tenté (sans succès) de réduire par la loi leurs peines de prison et ont exclu la construction de tout nouveau centre pénitentiaire. Le plan de « Paix totale » visant à négocier avec les guérillas des amnisties n'a pas eu les effets escomptés en ravivant les conflits entre groupes rivaux... Le projet économique porté par de la Espriella comporte de grands risques. La promesse de faire partir 40% des fonctionnaires en privatisant massivement ouvre la porte à des troubles sociaux majeurs. Et la « tronçonneuse » aura moins de travail qu'en Argentine : le ratio dette/PIB n'est « que » de 60% par rapport aux 150% qui assomment les Argentins...
- La victoire d'un pro Milei en Colombien fait un peu plus basculer l'Amérique Latine à droite
- C'est une victoire pour Washington et la doctrine "Donroe"
- En Colombie comme ailleurs, ce n'est pas juste une défaite de la vieille gauche néo-marxiste régionale. C'est surtout le rejet du progressisme social inspiré des "libéraux" nord-américains
- De la Espriella, comme Milei ou Bukele, mettent en place des programmes radicalement opposés à la gauche : libéralisme économique et conservatisme social remplacent l'étatisme économique et le libéralisme social