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Cuba, voyage au cœur de la misère

Par Martin Dousse. Synthèse n°2612, Publiée le 29/11/2025 - Photo : Des habitants se tiennent dans une rue inondée, au lendemain du passage de l'ouragan Melissa, à Santiago de Cuba, le 29 octobre 2025. Crédits : Reuters.
Sous l'égide d'un régime communiste depuis la révolution de 1959, Cuba, île jadis prospère, se retrouve noyée dans une pauvreté totale. L'ouragan Melissa et l'épidémie de dengue sont les derniers fléaux frappant une nation à l'agonie. Privés de toit, de nourriture, de médicaments, les Cubains peinent à croire à un changement de système.

« Très peu de gens parviennent à s'en remettre après un ouragan […]. Parfois, Fidel Castro passait par certains des endroits les plus dévastés, il soulevait quelque gamin qui n'avait pas dormi, répétant que ces cyclones n'étaient pas des tragédies humaines, mais des batailles à mener ensemble. C'est maintenant l'épouse du président Miguel Diaz Canel qui dit que l'ouragan n'est pas plus fort que la volonté de ce peuple. Mais le peuple est épuisé, comme si le plus grand ouragan, le système, était indissoluble... Noris, la vieille dame au rire enjoué, n'a pas attendu Melissa (le cyclone) pour cuisiner avec du bois et dormir sans matelas. Le paysan édenté marche dans la boue car il a toujours eu un sol en terre ; autant de familles abritées en urgence n'avaient pas un endroit décent où vivre. L'ONU affirme que 3,5 millions de personnes ont été touchées par la tornade, mais en réalité il y a beaucoup plus de monde qui passe l'année à y survivre », écrit Carla Gloria Colomé, émigrée à Miami, dans les colonnes d'« El País ».

Pourtant, avant l'arrivée du clan Castro au pouvoir, l'île avait pris le chemin de la prospérité. Les faits sont têtus :

  • Cuba fut le premier pays hispanophone à disposer d'un chemin de fer (1837), avant même le colon espagnol.
  • En 1925, Cuba produisait plus de 5 millions de tonnes de sucre par an, soit un tiers des exportations mondiales, contre à peine 150 000 aujourd'hui.
  • L'île fut l'un des premiers pays latino-américains à instaurer la journée ouvrée de 8h et un salaire minimum pour les travailleurs, en 1934.
  • En 1958, elle avait le 2e meilleur taux d'alphabétisation derrière l'Argentine (ONU, 1957) et le taux le plus bas de mortalité infantile en Amérique latine, le 13e au monde.
  • Les habitants consommaient 2 730 calories / jour en moyenne en 1949. Aujourd'hui, ce chiffre est en berne et le département d'agriculture américain note que près de 15 % de la population est sous-alimentée (en dessous de 2 100 calories / jour).

La révolution a surfé sur de réelles inégalités sociales et contre la dictature militaire de Fulgencio Batista, soutenue par les États-Unis, dont beaucoup de Cubains dénonçaient une mainmise économique néocoloniale. Mais le résultat de 65 années de « castrismo » saute aux yeux. L'île se dépeuple et se rue vers son puissant voisin. Sur 11 millions d'habitants, plus d'un demi-million d'émigrés sont partis depuis 2022, rejoignant ainsi aux États-Unis les 2,4 millions de Cubains d'origine (Pew Research 2021). Les revenus du tourisme (par ailleurs en chute libre) n'ont jamais suffi à soutenir une économie minée par l'inflation (+1 966,66 % sous le mandat de M. Canel !).

La vie est dure ; l'humidité, suffocante ; et les denrées basiques, rares. Retaper une église est un travail d'Hercule, confient des prêtres missionnaires. On peut parcourir des centaines de kilomètres pour acheter un pot de peinture. Sans parler des coupures constantes d'électricité... Pour les médicaments, mieux vaut se fournir à l'étranger et prier pour que les douanes tolèrent. Comment prêcher face à de potentiels indics ? L'arrivée massive d'internet devait décloisonner les horizons d'une population formatée dès la maternelle (depuis 2018, les habitants ont accès à la 3G mobile). Mais la lueur d'espoir suscitée par la vague de manifestations de 2021 (cf. LSDJ n°1332) n'a plus trouvé de reflet depuis.

Après les ouragans, l'île fait toujours face à un autre fléau : « le Chikunguya » (un dérivé de la dengue). Une épidémie liée aux piqûres de moustiques, provoquant de fortes fièvres et douleurs aux articulations. Selon Eva Cristina Quiroga (74 ans), tout le monde a été touché dans son quartier de la Havane. « Il faut rester alité comme moi », déclare Fidela Freire (61 ans), « car ici il nous manque des médicaments ». « On ne peut même pas acheter du poulet », renchérit sa femme pour France 24 (24/11/2025). TF1 parle de 30 % de la population touchée depuis juillet. L'hygiène déplorable renforce la propagation ; les poubelles se sont accumulées dans les rues. Mais le régime prétend maîtriser la situation...

Un récent article du Monde diplomatique (août 2025) soulignait que l'opposition était peu structurée à l'intérieur de Cuba. Les gens fuient quand ils en ont les moyens. C'est des États-Unis que l'on a financé et encouragé la vague de manifestations en pleine période de Covid. Mais depuis, l'élan s'est essoufflé. Sans surprise, la répression fut violente, l'île bat désormais le record mondial du taux d'incarcérations. Le gouvernement a dénoncé une ingérence américaine, et répété que les gringos étaient les vrais ennemis. La preuve ? Ils imposent à Cuba l'embargo le plus long de l'histoire.
La réalité est sans doute différente. Marco Rubio, secrétaire d'État américain, est un enfant d'immigrés cubains. Il connaît. Et c'est la raison qui pousse l'administration Trump à refuser un soutien humanitaire avec le régime comme intermédiaire. « Il y en a qui lui donnent raison, tellement le castrisme a pris pour habitude de se mettre dans les poches ce qui appartient au peuple », fait remarquer Carla Gloria Colomé. La situation à de quoi mettre en perspective nos difficultés du quotidien.

À retenir
  • Chaque jour passé sous le régime communiste semble plonger un peu plus les Cubains dans la misère.
  • Pauvreté, sous-alimentation, ouragans, épidémies, inflation... rien ne semble épargner l'île.
  • Les manifestations de 2021 ne sont pas parvenues à renverser le système. Cuba est désormais le pays avec le taux d'incarcération le plus élevé du monde.
  • Avant l'arrivée de Fidel Castro au pouvoir, Cuba était le premier exportateur de sucre en Amérique. Plusieurs indicateurs témoignaient d'un niveau de vie aisé vis-à-vis des autres pays latino-américains.
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