Cuba, voyage au cœur de la misère
« Très peu de gens parviennent à s'en remettre après un ouragan […]. Parfois, Fidel Castro passait par certains des endroits les plus dévastés, il soulevait quelque gamin qui n'avait pas dormi, répétant que ces cyclones n'étaient pas des tragédies humaines, mais des batailles à mener ensemble. C'est maintenant l'épouse du président Miguel Díaz Canel qui dit que l'ouragan n'est pas plus fort que la volonté de ce peuple. Mais le peuple est épuisé, comme si le plus grand ouragan, le système, était indissoluble... Noris, la vielle dame au rire enjoué, n'a pas attendu Melissa pour cuisiner avec du bois et dormir sans matelas. Le paysan édenté marche dans la boue car il a toujours eu un sol en terre ; autant de familles abritées en urgence n'avaient pas un endroit décent où vivre. L'ONU affirme que 3,5 millions de personnes ont été touchées par la tornade, mais en réalité il y a beaucoup plus de monde qui passe l'année à y survivre », écrit Carla Gloria Colomé, émigrée à Miami, dans les colonnes d'« El País ».
Pourtant, avant l'arrivée du clan Castro au pouvoir, l'île avait pris le chemin de la prospérité. Les faits sont têtus :
- Cuba fut le premier pays hispanophone à disposer d'un chemin de fer (1837), avant même le colon espagnol.
- En 1925, Cuba produisait plus de 5 millions de tonnes de sucre par an, soit un tiers des exportations mondiales, contre à peine 150 000 aujourd'hui.
- L'île fut l'un des premiers pays latino-américains à instaurer la journée ouvrée de 8h et un salaire minimum pour les travailleurs, en 1934.
- En 1958, elle avait le 2e meilleur taux d'alphabétisation derrière l'Argentine et le taux le plus bas de mortalité infantile en Amérique latine, le 13e au monde (ONU 1957).
- Les habitants consommaient 2 730 calories / jour en moyenne, en 1949. Aujourd'hui, le département de l'Agriculture américain note que 4,2 millions de personnes (près de 40 % de la population) pourraient être sous-alimentées (en dessous de 2 100 calories / jour).
La révolution a surfé sur de réelles inégalités sociales et contre la dictature militaire de Fulgencio Batista, soutenue par les États-Unis, dont beaucoup de Cubains dénonçaient une mainmise économique néocoloniale. Mais le résultat de 65 années de « castrismo » saute aux yeux. L'île se dépeuple et se rue vers son puissant voisin. Selon des sources locales, plus de 2 millions de personnes l'auraient fuie depuis octobre 2021 (sur 11 millions d'habitants). Beaucoup ont rejoint les 2,4 millions de Cubains d'origine déjà installés aux États-Unis (Pew Research 2021). Les revenus du tourisme (par ailleurs en chute libre) n'ont jamais suffi à soutenir une économie minée par l'inflation (+1 966,66 % sous le mandat de M. Canel !).
La vie est dure ; l'humidité, suffocante ; et les denrées basiques, rares. Retaper une église est un travail d'Hercule, confient des prêtres missionnaires. On peut parcourir des centaines de kilomètres pour acheter un pot de peinture. Sans parler des coupures constantes d'électricité. Pour les médicaments, mieux vaut se fournir à l'étranger et prier pour que les douanes tolèrent... Et comment prêcher face à de potentiels indics ? « Reste la foi à proposer et l'espérance à vivre chaque jour ! », témoigne l'un d'entre eux.
L'arrivée massive d'internet devait décloisonner les horizons d'une population formatée dès la maternelle (depuis 2018, les habitants ont accès à la 3G mobile). Mais la lueur d'espoir suscitée par la vague de manifestations de 2021 (cf. LSDJ n°1332) n'a plus trouvé de reflet depuis.
Après l'ouragan, l'île affronte une épidémie ravageuse de : « Chikungunya ». Cette infection virale, proche de la dengue, est liée aux piqûres de moustiques (omniprésents) et provoque de fortes fièvres et douleurs aux articulations. Les autorités sanitaires parlent de 30 % de la population touchée depuis juillet. Mais selon Eva Cristina Quiroga (74 ans), tout le monde l'a contractée dans son quartier de la Havane. « Il faut rester alité comme moi, déclare Fidela Freire (61 ans), car ici, il nous manque des médicaments. » « On ne peut même pas acheter du poulet », renchérit sa femme pour France 24 (24/11/2025). Sur place, on évoque de nombreux morts, notamment parmi les plus fragiles. Habituellement, on avait recours à la fumigation, mais désormais les autorités n'ont plus les moyens. L'hygiène déplorable renforce la propagation ; les poubelles se sont accumulées dans les rues. Le régime, lui, prétend maîtriser la situation...
Un récent article du Monde diplomatique (août 2025) soulignait que l'opposition était peu structurée à l'intérieur de Cuba. Les gens fuient quand ils en ont les moyens et la soutiennent depuis les États-Unis. L'administration américaine a maintenu les aides pour promouvoir la démocratie, malgré le démantèlement de l'USAID. Mais l'élan s'est essoufflé après les contestations de masse, en pleine période de Covid. Sans surprise, la répression fut violente. L'île a désormais le 2e taux d'incarcération le plus élevé au monde, derrière le Salvador. L'anarchie règne partout : pas de permis de conduire, ni de construire, trafic de drogues et criminalité en hausse. C'est un peu comme s'il ne restait qu'une seule loi : il est interdit de critiquer le communisme au pouvoir. Le gouvernement a dénoncé une ingérence américaine, et répété que les gringos étaient les vrais ennemis. La preuve ? Ils imposent à Cuba l'embargo le plus long de l'histoire.
La réalité est sans doute différente. Marco Rubio, secrétaire d'État américain, est un enfant d'immigrés cubains. Il connaît. Et c'est la raison qui pousse l'administration Trump à refuser un soutien humanitaire avec le régime comme intermédiaire. « Il y en a qui lui donnent raison, tellement le castrisme a pris pour habitude de se mettre dans les poches ce qui appartient au peuple », fait remarquer Carla Gloria Colomé. La situation a de quoi mettre en perspective nos difficultés du quotidien.
- Chaque jour passé sous le régime communiste semble plonger un peu plus les Cubains dans la misère.
- Pauvreté, sous-alimentation, ouragans, épidémies, inflation... rien ne semble épargner l'île.
- Les manifestations de 2021 ne sont pas parvenues à renverser le système. Cuba est désormais le pays avec le taux d'incarcération le plus élevé du monde.
- Avant l'arrivée de Fidel Castro au pouvoir, Cuba produisait plus de 5 millions de tonnes de sucre par an, soit un tiers des exportations mondiales. Plusieurs indicateurs témoignaient d'un niveau de vie aisé vis-à-vis des autres pays latino-américains.