L'Institut Thomas More publie les 50 décisions qui ont coulé la France en 50 ans
Fondé par l'ancien ministre Charles Millon et dirigé par Jean-Thomas Lesueur, l'Institut Thomas More figure parmi les laboratoires d'idées « libres et indépendants », c'est-à-dire non subventionnés. À la différence de l'Institut Montaigne, abondé par les entreprises, Thomas More ne suit pas la seule doxa libérale, se disant « conservateur », c'est-à-dire opposé au progressisme sociétal que la gauche déploie tous azimuts depuis les années 70, même si les choses bougent, comme le montre Dominique Reynié, directeur de la Fondapol « libérale et progressiste », mobilisé face à l'euthanasie.
En 2024, l'Institut Thomas More se fait remarquer avec un rapport intitulé L'audiovisuel public est-il pluraliste ?. Il y révèle « les biais éditoriaux manifestes » que la commission Alloncle soulignera deux ans plus tard. Cette fois, le think tank publie « 1975-2025 : les cinquante décisions qui ont coulé la France ». Le Figaro Magazine en fait sa une. Élaboré par une vingtaine d'experts coordonnés par Jean de Belot, ancien directeur de la rédaction du Figaro, cet inventaire s'affiche comme le « diagnostic préalable indispensable » au « programme de redressement et de relance » que l'Institut Thomas More présentera à la fin de l'année.
Pour Jean de Belot, les Français sont exposés à quatre formes d'insécurité : physique, bien sûr, à l'image des 50000 agressions recensées contre les enseignants du public en 2023. Économique : la France conjugue sous-attractivité économique et sur-attractivité sociale. Culturelle avec l'inadéquation entre les volumes de l'immigration et les capacités d'accueil du pays. Et bien sûr politique : la construction européenne déstructure l'Europe. C'est un paradoxe apparent de ce rapport : malgré sa posture libérale, l'UE de Maastricht (1992) et Schengen (1995) est dénoncée. Pour Jean de Belot, l'Acte unique est l'exact contraire du Traité de Rome : en 1986, on ouvre les frontières extérieures et on met en concurrence les États-membres, notamment fiscale, alors qu'en 1957, il s'agissait d'unifier le marché intérieur et de le protéger de la concurrence extérieure. « Nos gouvernants ont vu la mondialisation comme la promesse d'un progrès social et économique pour tous, quel que soit les termes de l'échange. On fait les 35 heures deux ans après avoir admis la Chine à l'OMC ! », rappelle Jean de Belot. « Depuis cinquante ans, déplore-t-il, on pratique une politique favorable aux bas salaires, au lieu de favoriser les métiers qualifiés. » Ainsi la France perd-elle 2,8 millions emplois industriels, « transférés » vers des emplois administratifs, c'est-à-dire improductifs. Des prestations corrigent la lourdeur des dispositifs. Comme les aides au logement, domaine surtaxé s'il en est, à l'achat, à la construction, à la détention, à la revente et à la transmission. La totale !
Après Chirac, la France espérait la rupture avec Nicolas Sarkozy : celle-ci se fera avec la démocratie, quand le traité de Lisbonne est signé deux ans après le « non » au référendum de 2005. Le candidat conseillé par Patrick Buisson fera la directive « retour » garantissant aux immigrés clandestins « le droit de rester » (2009), créera des agences régionales de santé consacrant « une gouvernance hospitalière étouffante » (2009), saignera la Défense avec la loi de programmation militaire (2009), et s'alignera sur « les thèses carcérales de la gauche » (2009) à travers la loi pénitentiaire (2009).
Point assez inédit pour ce type d'étude : des non-décisions sont dénoncées, telles que les privatisations de 1986, « occasion manquée de créer des fonds de pension », ou encore le foulard de Creil (1989), « première capitulation (…) devant l'islam politique », en dépit de la loi de mars 2004 sur le port de signes religieux ostensibles à l'école. Concernant l'islam, le rapport accuse les politiques d'avoir laissé « croître (…) un mouvement d'ampleur historique qui transforme le pays ». Il recense les causes d'une immigration systémique, qu'il s'agisse de l'instauration du regroupement familial (1976) de la régularisation des sans-papiers « institutionnalisant l'irrégularité » (1981) ou de l'aide médicale d'État.
Si l'union des personnes de même sexe (2013) est mentionnée, d'autres décisions majeures sont absentes, comme l'abolition de la peine de mort (1981) et la suspension du service national (1997).
Malgré l'absence de recul, ce rapport intègre le macronisme. La 50e décision, le programme EVARS sur la sexualité à l'école (2025), boucle avec la loi Haby de 1975 sur le collège unique, « premier acte du nivellement par le bas ». Commencer et finir par l'Éducation nationale est un significatif des errements français.
Ici, « ce n'est pas la France qui est ingouvernable » mais les gouvernants eux-mêmes. Sur tous les sujets clés, « soit les Français n'ont pas été consultés (immigration, justice, sécurité), soit leurs votes ont été contournés ». Quant à la droite, « elle ne revient jamais sur les réformes structurelles de la gauche », ne songeant guère à s'attaquer à la racine des maux : son magistère idéologique – pour ne pas dire son monopole.
- L'Institut Thomas More publie un diagnostic de l'état de la France en vue d'alimenter les débats de la présidentielle et de situer les vrais enjeux.
- Les 50 décisions sont de tous ordres : économique, politique, culturel. Elles incluent l'intégration dans l'UE.
- Si la gauche inspire ces décisions, la droite les cautionne ou ne revient jamais dessus.
- Cette mise à plat des erreurs n'est pas décliniste mais annonce un potentiel de rebond qui fera l'objet d'un programme présenté à la fin de l'année