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Les armes hypersoniques relancent la course aux armements

Par Benoît Bertan de Balanda - Publié le 25/11/2023 - Photo : Shutterstock

La guerre en Ukraine a relancé la course aux armements pour les plus grandes puissances militaires mondiales, en l'orientant vers une direction particulière : les missiles hypersoniques, qui vont à plus de Mach 5, soit cinq fois la vitesse du son, et qui sont manœuvrables en vol. La France a procédé à un essai, le 18 novembre dernier, de la troisième version, encore expérimentale de son missile M51, le M51.3. Les missiles de cette classe (M51) sont programmés pour monter dans la stratosphère avec une dizaine de têtes nucléaires et les y larguer. Une fois lâchées, elles tombent vers leur cible à une vitesse hypersonique. Cette méthode permet d'atteindre des vitesses phénoménales (largement au-delà de Mach 5) ainsi qu'une grande portée (plusieurs milliers de kilomètres) : le M51.3, qui vient d'être testé, aura une portée de 10 000 km.

En des temps troublés, le but est de renforcer la dissuasion nucléaire française. Elle repose actuellement sur 2 composantes constantes  : les forces sous-marines représentées par les fameux Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins (SNLE), équipés du missile M51.2, et bientôt donc de sa troisième version M51.3, et les Forces Aériennes Stratégiques (les Rafales) équipés des missiles ASMP-A pour transporter les têtes nucléaires. Ces missiles ASMP-A sont des missiles de croisière, c'est-à-dire que leur trajectoire ne sort pas de l'atmosphère et leur portée est un peu moindre, de quelques centaines de kilomètres, avec une vitesse maximale de Mach 3.

La dissuasion repose sur la puissance des vecteurs qui emportent les têtes nucléaires. En effet, la dissuasion ne repose pas uniquement sur la possession de l'arme nucléaire. Il faut encore que tout potentiel ennemi sache qu'il pourrait être, quelle que soit sa défense antimissile et sa position géographique, une cible. C'est le sens d'un tel essai.

L'essai du missile M51.3 fait suite à l'essai réussi du missile hypersonique planeur V-MAX en juin dernier. Même si le V-MAX est toujours à l'essai, il faisait réellement entrer la France dans le cercle très fermé des pays disposant d'armes hypersoniques. Le M51, malgré sa vitesse n'est pas considéré comme un missile hypersonique car il n'est pas manœuvrable en vol et son utilité est différente (il porte des armes nucléaires, et a vocation à détruire une zone très large quand le V-MAX a une vocation plus conventionnelle : toucher un dépôt d'armes, un bunker, un porte-avions).

L'intérêt des missiles hypersoniques est de permettre de déjouer toutes les défenses antiaériennes, mais la maitrise de la technologie est extrêmement compliquée car il faut allier vitesse hypersonique, possibilité de changer de trajectoire en vol et précision. Quatre pays seulement sont dotés de ce type d'armes, ou devraient l'être dans un futur relativement proche : la Russie, la Chine et les Etats-Unis, et possiblement l'Iran. La Chine semble posséder ce type de missiles même si l'information reste incertaine. Les Etats-Unis sont un peu en retard par rapport aux deux autres grands, et sont encore en phase d'essais. L'Iran a dévoilé avoir développé un missile, le Fattah II, d'une portée de 1400 km (donc capable de toucher Israël) et pouvant aller jusqu'à Mach 13. Cependant ces informations restent à être vérifiées. La Russie est à ce jour la première et la seule à en avoir fait usage en situation de conflit réel (avec son missile Kinjal), en Ukraine, mais a priori sans que ça ait été concluant. Plusieurs de ces missiles auraient été abattus avant de pouvoir toucher leur cible, la technologie n'étant pas complètement au point : les missiles ralentissent avant de toucher leur cible, ce qui donne plus de temps aux systèmes antimissiles pour les atteindre. L'information a cependant été démentie par le Kremlin.

L'an passé, la Russie a aussi testé, avec grand fracas, la deuxième version de son missile Sarmat, surnommé Satan-2, qui serait l'équivalent, en plus puissant de notre M51.3. Ce lancement n'était en réalité qu'un essai d'un prototype qui est encore loin d'être prêt à l'usage et poursuivait des objectifs de guerre : terreur et dissuasion. Le missile aurait une portée de 18 000 km et serait capable d'emporter une dizaine de têtes nucléaires. Le ministère russe le présente comme le missile le plus puissant du monde, pouvant raser un pays comme la France en quelques minutes. En réalité, cependant, il ne change pas grand-chose. La Russie a déjà la capacité d'attaquer toute cible en Occident avec de grandes chances de succès, grâce à ses navires, ses sous-marins et ses bases terrestres. Le Sarmat 1 (missile Satan-1), déjà en service a une portée de 11 000 km et peut emporter 10 têtes nucléaires. Mais elle sait en revanche qu'une telle attaque signifierait sa fin par riposte nucléaire occidentale. Le Pentagone a même estimé qu'il « n'était pas une menace » sous-entendu, une menace supplémentaire. En réalité, il a surtout un objectif dissuasif.

La sélection
Dissuasion : la France s'offre un nouveau missile balistique clairement plus performant (M51.3)
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