Société

Violences sexuelles dans le périscolaire parisien : une avalanche de plaintes

Par Philippe Oswald. Synthèse n°2734, Publiée le 07/09/2026 - Photo : L'Hôtel de Ville de Paris. Crédits : Shutterstock
Dans le scandale d'abus contre de jeunes enfants à Paris, 203 enquêtes pénales ont été ouvertes contre des animateurs dans 143 écoles maternelles, 36 écoles élémentaires, et 24 crèches. Les familles et des collectifs attaquent aussi la Mairie de Paris, Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire en tête. Toute la France est touchée par des abus dans le périscolaire constate la commission d'enquête du Sénat.

Un an après le début du scandale de violences et d'abus sexuels contre des jeunes enfants dans le périscolaire à Paris, la justice est saisie par une avalanche de plaintes. Celles qui visent des animateurs soupçonnés de violences physiques ou/et sexuelles, ont provoqué l'ouverture de 203 enquêtes pénales, a communiqué le parquet de Paris le 31 août. 143 concernent des écoles maternelles, 36 des écoles élémentaires, 24 des crèches.

Les animateurs ne sont plus les seuls mis en cause. Dix-sept familles et le collectif #MeTooEcole attaquent au pénal la Ville de Paris, responsable  du périscolaire. Les édiles pouvaient-ils ignorer le comportement des animateurs qu'ils avaient recrutés ? 17 familles, dont les enfants étaient scolarisés dans des écoles des IXe, XIe et XVe arrondissements, ont déposé plainte le 4 septembre contre le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, contre celle qui l'a précédé, Anne Hidalgo (2014-2026), contre son ex-adjoint Patrick Bloche, chargé de l'éducation, de la petite enfance et des familles, contre des cadres administratifs de la Mairie, et contre l'ancien maire du 11e arrondissement. Ils sont accusés de « mise en danger délibérée de la vie d'autrui », de « non-dénonciation d'agression ou d'atteinte à des personnes mineures» et de « non-assistance à personne en danger ». Dénonçant « un système d'omerta et de déni », l'avocate Kathleen Taieb a déclaré : « On ne peut plus entendre qu'on a recruté un animateur sans contrôle d'honorabilité . On ne peut plus entendre qu'on n'a pas suspendu un animateur malgré les alertes, ou qu'on l'a simplement déplacé. On ne peut plus entendre qu'on n'a pas informé des parents de ce qui se passe réellement.» (France info, 04/09/2026).

Ces plaintes succèdent à trois premières plaintes pour non-assistance à mineurs en danger, déposées les 24 et 25 août, par des familles parisiennes. Ces trois plaintes émanent de familles de l'école maternelle (publique) Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement, qui avaient déjà déposé plainte contre des animateurs pour violences, agressions sexuelles, et viols pour l'une d'entre elles. « Nous avons des éléments probants qui montrent que Madame Hidalgo et Monsieur Bloche étaient au courant de l'affaire, et n'ont rien fait», affirmait l'une des avocates, Me Lise-Honorine Bornes, dans Le Figaro du 27 août.

A côté des investigations judiciaires, les commissions d'enquête de la mairie de Paris et du Sénat reprennent leurs travaux. Le 8 septembre, la mission d'information et d'évaluation (MIE) de la mairie de Paris devrait entendre Emmanuel Grégoire en sa qualité d'ancien adjoint aux ressources humaines (Anne Hidalgo, également convoquée, « a fait part de son indisponibilité » rapporte Le Monde du 4 septembre). Les 15 et 16 septembre, Anne Hidalgo, Patrick Bloche et,Emmanuel Grégoire seront auditionnés au Sénat par la commission d'enquête consacrée à la prévention et au traitement des violences dans le périscolaire, dirigée par la sénatrice de Paris Agnès Evren (LR).

Depuis le début de cette année, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville de Paris, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes. Selon les plaignants, le nombre d'animateurs suspendus par la Ville pour des faits à caractère sexuel -20 en 2025, puis 52 depuis le début de l'année 2026- « traduit une connaissance, au plus haut niveau de l'exécutif municipal, de l'ampleur et de la récurrence du phénomène ». « Au-delà de chacune de ces affaires, ces faits révèlent l'omerta systémique qui s'est installée au sein de la Ville de Paris », a déclaré la porte-parole de #MeTooEcole (TF1info, 04/09/2026).

« L'heure des comptes a sonné pour l'équipe d'Anne Hidalgo », résume Le Point (04/09/2026). L'hebdomadaire précise : « Le dépôt d'une plainte ne signifie pas que des poursuites sont engagées, il reviendra au parquet de décider si une enquête doit être ouverte. » Rappelons que 203 enquêtes pénales sont déjà ouvertes contre des animateurs du périscolaire parisien. On ne voit pas comment ceux qui les ont recrutés et dirigés pourraient ne pas être poursuivis. La cofondatrice du collectif #MeTooEcole, Barka Zerouali, a indiqué au Point que cette action en justice n'est « qu'une première étape » et qu'elle a été contactée par d'autres familles sur l'ensemble du territoire.

Le scandale du périscolaire parisien a libéré la parole de nombreux parents et éducateurs partout en France. « Il y a des prédateurs dans nos écoles sur tout le territoire », ont alerté les collectifs des familles victimes devant la commission d'enquête du Sénat. Au 7 septembre, le collectif de parents et de professionnels de l'enfance SOS périscolaire comptabilisait depuis 2021, 576 signalements dans 72 départements . « La multiplication des signalements et le nombre de communes concernées font légitimement craindre des défaillances systémiques. La confiance des familles dans les communes en charge du périscolaire et dans l'institution scolaire est profondément atteinte », a exposé le rapporteur LR, Agnès Evren, en introduction de la première audition de la commission, le 1er juillet (Public Sénat, 31/08/2026).

À retenir
  •  Le scandale de violences et d'abus sexuels contre des jeunes enfants dans le périscolaire à Paris a éclaté il y a un an.

  •  Des plaintes contre des animateurs soupçonnés de violences physiques ou/et sexuelles dans 143 écoles maternelles, 36 écoles élémentaires, 24 crèches, ont provoqué l'ouverture de 203 enquêtes pénales.

  •  Les familles et des collectifs de protection des enfants attaquent aussi pénalement la Mairie de Paris qui recrute et encadre les animateurs, les édiles Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire en tête.

  •  Toute la France est touchée par des abus dans le périscolaire comme l'a mis en lumière la commission d'enquête du Sénat.

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Violences dans le périscolaire : « Il y a des prédateurs dans nos écoles sur tout le territoire »
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