Pérou : un cirque électoral au pays du soleil
Le pire semble derrière le Pérou, lourdement frappé par la Covid : la terre des Incas a fermé ses frontières pendant deux ans, sacrifiant les recettes essentielles liées au tourisme, et fut l'État comptant le plus de décès au monde, en proportion. Mais, en 2025, le pays a connu la meilleure croissance de la Communauté andine qu'il intègre avec la Bolivie, l'Équateur, et la Colombie. Cette alliance inspirée de l'UE doit favoriser la libre circulation des biens et des individus. La même Union européenne a été conviée pour superviser le caractère démocratique des élections présidentielles péruviennes, le 12 avril prochain. Une mission qui doit assurer plus de transparence (tout en servant à promouvoir certaines idéologies...).
De fait, le 3e pays le plus vaste d'Amérique du Sud reste en proie à une instabilité politique permanente, où la corruption règne et la case prison semble un passage obligé après le siège présidentiel. À commencer par Alberto Fujimori, qui dirigea le Pérou d'une main de fer toute la décennie 1990 et mena avec succès, mais aussi d'importants dommages collatéraux, la répression du mouvement terroriste « Sentier lumineux ». Il termina ses années derrière les barreaux, condamné pour homicides et enlèvements, et après la fuite de centaines de vidéos montrant son plus proche collaborateur distribuer des pots-de-vin à des dirigeants de médias et députés d'opposition. Aujourd'hui, sa fille Keiko Fujimori veut reprendre le flambeau, alliant un conservatisme affiché et la mise en valeur des réussites paternelles. Si elle n'a jamais remporté l'élection, ses adversaires lui reprochent de gouverner depuis le Parlement. En 2022, la destitution et l'incarcération de Pedro Castillo, un syndicaliste qui avait fait la promesse (largement bafouée) de garder son salaire de professeur des écoles en accédant au pouvoir, ont provoqué de violentes manifestations, surtout en province. Il fut congédié pour « incapacité morale » dès qu'il chercha à dissoudre le Congrès et gouverner par décrets-lois. Depuis, trois nouveaux présidents se sont succédé : Dina Boluarte et José Jeri, tous deux destitués grâce à la notion floue d'« incapacité », l'arme létale du Parlement. L'intérim jusqu'aux élections du 12 avril est assuré par José María Balcázar, un octogénaire connu avant tout pour avoir défendu le mariage à partir de 14 ans.
Les tensions autour de l'activité minière sont au coeur des débats. Le Pérou est en effet le deuxième producteur d'or d'Amérique latine et le troisième producteur de cuivre au monde, qu'il exporte massivement en Chine. Les communautés paysannes protestent contre l'absence de retombées économiques directes et la pollution provoquée par les grandes entreprises (dont plus de 10 firmes chinoises). Une réalité due avant tout aux mines artisanales autochtones, qui se multiplient là où l'or n'est pas suffisant pour être extrait en quantité massive. Cela comporte l'utilisation à outrance du mercure, composant chimique nécessaire pour épurer l'or. Or, particulièrement toxique, le mercure est souvent reversé dans les rivières, détruisant les cultures. Mais le demi-million d'habitants vivant de ce négoce constitue une base électorale non négligeable. Les dérogations ne cessent d'être renouvelées, quelques soient les gouvernements.
Meurtres et extorsions se sont multipliés, notamment pour financer les mines informelles, tout comme la prostitution. Un climat propice aux partis qui, à droite comme à gauche, se livrent à une surenchère sécuritaire. Rafael López Aliaga, convoitant les votes conservateurs, a promis de lâcher les criminels dans la jungle, prétextant que les vipères feraient office de barrière naturelle. Depuis, l'ancien maire de Lima a précisé qu'il comptait y bâtir des prisons sans électricité ni nourriture, avec les économies obtenues en réduisant le nombre de ministères à six.
Revêtu d'un poncho dès qu'il passe à la télévision, le candidat d'extrême gauche Raúl Atencio promet un commando spécial contre le crime organisé tout en s'engageant à industrialiser les plantations de coca pour aider les agriculteurs, « car cette plante a son marché et permet de gagner de l'argent » (le Pérou est déjà cité parmi les trois premiers producteurs de cocaïne au monde). Dans les faits, c'est le laxisme qui a régné au cours des dernières années. Le crime a progressé grâce à la corruption régnant au sein de la police et dans les plus hautes sphères du pouvoir. Les dernières lois semblent conçues sur mesure : temps limité pour confirmer les témoignages, suppression de la vérification des comptes rendus gouvernementaux par un avocat, ou encore réduction des délais de prescription.
La réintroduction du Sénat, après plus de 30 ans d'absence, complique un peu plus un bulletin où 36 partis se superposent, tout en exigeant de choisir président, députés et sénateurs à la fois. 80 % des électeurs déclarent ne pas savoir comment voter. Malgré les aléas politiques, la Chine continue de tracer son chemin, grâce à l'extraction minière et surtout l'exploitation du méga-port de Chancay (cf. LSDJ n° 2351), connexion majeure des routes de la soie avec l'Amérique du Sud. C'est également le cas de l'économiste Julio Velarde, l'homme qui contrôle la planche à billets. L'économie connaît une croissance de 3,4 %, l'une des meilleures de la région, et une stabilité monétaire qui doit beaucoup à l'indépendance de la Banque centrale, que Velarde préside depuis 20 ans.
- 36 candidats se font face au Pérou, lors de la campagne électorale en cours. Les discours démagogiques abondent quand la majorité des Péruviens ne savent même pas comment voter.
- Riche en terres rares, le Pérou est marqué par une forte activité minière informelle qui pollue les terres et attire le crime organisé.
- Les candidats promettent de tout changer. Mais la corruption règne et la police est gangrénée.
- L'économie parvient à se développer, malgré tout, grâce à l'indépendance de la Banque Centrale et aux investissements de la Chine, très présente au Pérou.