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Munitions, marchés financiers, les « mid-terms » : ces « 3 M » qui prennent Trump en étau

Par Ludovic Lavaucelle. Synthèse n°2672, Publiée le 27/03/2026 - Photo : Donald Trump le 17 avril 2025 à Washington Crédits : Shutterstock
L'offensive israélo-américaine contre l'Iran n'a toujours pas provoqué un changement de régime. Les missiles continuent de s'abattre sur le pays où les Gardiens de la Révolution défient toujours Washington. Donald Trump doit trouver une porte de sortie face à "3M" qui le mettent sous une intense pression : les munitions, les marchés financiers et les "mid-terms" - les élections de novembre 2026

Dans une guerre moderne, la capacité à produire des munitions en quantité est primordiale – le conflit en Ukraine l'a amplement démontré. Dans une économie occidentale globalisée où dominent les fonds d'investissement, les marchés financiers imposent des limites aux campagnes militaires. Le jeu démocratique américain enfin prévoit un cycle régulier – et court – d'élections : celles des « mid-terms » (« mi-mandat ») auront lieu l'automne prochain et décideront de la couleur politique du bras législatif. Dans le cas d'un Congrès basculant dans le camp démocrate, alternance classique entre deux élections présidentielles, Donald Trump perdrait le soutien des sénateurs et représentants à ses politiques. Voilà le triangle des « 3M » qui pressent la Maison Blanche de chercher une issue positive à la guerre en Iran...

En seulement 3 jours, les Américains et les Israéliens auraient tiré 800 missiles Patriot pour contrer les attaques iraniennes – plus que l'Ukraine en a reçu depuis le début de l'invasion russe... Un tel rythme n'est pas tenable et il impose soit de ralentir la cadence soit de déployer des renforts. La menace iranienne restant très forte, les Américains n'ont pas eu d'autre choix que de prélever des batteries disposées en Asie – particulièrement en Corée du Sud. Les armes de défense et d'attaque utilisées sont des bijoux technologiques – donc chères à produire.  Un missile Tomahawk contient de l'électronique, un système de guidage – un ensemble de pièces provenant d'un petit nombre de fabricants qui n'ont pas la possibilité d'augmenter leur production au rythme imposé par les échanges de tirs. Les missiles intercepteurs de la Marine américaine (SM-3) - par exemple - coûtent entre 10 et 20 millions de dollars par pièce selon leur version et les usines ne peuvent en sortir actuellement plus de 5 par mois. On comprend donc que les stocks ne peuvent pas durer longtemps – d'autant plus qu'Israéliens, Américains et les pays du Golfe visés par l'Iran doivent tirer des salves nourries pour maximiser les chances d'intercepter chaque missile ou drone iranien... Une salve d'une douzaine de missiles Patriot et c'est près de 2% de la production annuelle de cette arme dépensée. Les Iraniens sont aussi confrontés à ce défi de gestion des stocks de munitions – mais l'équation est très différente. Leur arsenal comprenait des milliers de missiles balistiques mais nécessitent des véhicules de lancement qui sont détectés et systématiquement visés. Ils ont acquis une réelle expertise dans la production de drones – moins faciles à détecter et bon marché.  Chaque vague de drones lancée sur leurs cibles oblige le défenseur à dépenser des munitions beaucoup plus onéreuses. Le drone Shahed est aux Iraniens ce que la Kalashnikov était aux Vietcongs...

Les marchés financiers ont besoin de stabilité. Or le détroit d'Ormuz – quasiment fermé car les assureurs refusent de couvrir les risques encourus – fait peser une lourde incertitude qui dépasse le problème crucial de l'approvisionnement en hydrocarbures. La disponibilité des engrais est directement menacée par le blocage car le gaz pèse entre 60% et 80% de leur coût de production. D'où un risque direct pour le secteur agroalimentaire : les exploitants seront dans l'obligation de répercuter cette hausse sur les cours du blé, du riz, du maïs... L'industrie aérienne est aussi directement touchée : les « hubs » des grandes compagnies du Golfe sont situés dans une région stratégique puisque les deux tiers de la population mondiale vivent à moins de 8 heures de vol. Les centres de données (« data centers ») dans les pays du Golfe – qui cherchent à les attirer - sont visés par l'Iran et ce sont les multinationales des GAFAM – Google, Amazon, Meta etc... – qui prennent peur. Or c'est précisément ce secteur qui pousse la croissance américaine (30% des capitaux listés des S&P 500 et 60% des bénéfices). Les capitaux financiers ont tendance à fuir les secteurs – même stratégiques – qui sont soumis à l'incertitude. Donald Trump doit donc prendre en compte les pressions intenses venant des milieux économiques : les annonces répétées sur des négociations en cours semblent justement avoir pour objectif de calmer les marchés financiers. Et les Iraniens ne s'y trompent pas : leurs dénégations ont le but inverse de maintenir cette pression économique sur Washington.

Les « mid-terms » enfin... Ces élections de mi-mandat en novembre sont cruciales pour Donald Trump. L'ensemble des 435 sièges de représentants seront renouvelés ainsi qu'un tiers du Sénat. Historiquement, ces élections constituent un référendum sur la politique de la Maison Blanche dans un contexte où des voix se sont élevées contre la guerre dans son propre camp. Et le 250ème anniversaire des États-Unis arrive le 4 juillet prochain : Donald Trump veut pouvoir porter des lauriers à cette occasion. À défaut d'une victoire triomphale sur l'Iran, il lui faut un compromis qui sauve l'essentiel et rassure ses électeurs. Et l'île toute proche de Cuba est une cible plus facile à faire tomber d'ici là...

À retenir
  • Les bombardements intenses obligent les Américains et les Israéliens à dépenser leurs stocks de munitions plus vite qu'ils ne sont fournis
  • Les marchés financiers maintiennent une très forte pression sur la Maison Blanche pour trouver une solution de peur de sombrer dans une crise économique majeure
  • Alors que des oppositions se font entendre dans le camp même de Donald Trump, les élections de mi-mandat en novembre prochain constituent un enjeu politique incontournable
  • Le 4 juillet prochain, le 250ème anniversaire des Etats-Unis sera l'occasion de grandes célébrations. Donald Trump a besoin de revendiquer une victoire face au régime des mollahs
La sélection
How the Iran war will actually end
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