Économie

Les retraites publiques plombent les déficits mais il ne faut pas (trop) le dire

Par Louis Daufresne - Publié le 16/05/2024 - Photo : Jean-Pascal Beaufret. (Thomas Coex / AFP)
Le 10 avril, la gauche sénatoriale proposait d'abroger la réforme des retraites adoptée un an plus tôt. Le gouvernement a rendu cette initiative irrecevable, signe que le sujet demeure éruptif. Plus largement, la question de l'opacité de la comptabilité se pose. Jean-Pascal Beaufret, ancienne figure du Trésor, se bat toujours pour faire reconnaître l'énorme déficit caché des retraites publiques.

Alors que Bruno Le Maire cherche de l'argent partout pour combler les déficits, un ancien inspecteur des finances cible une mascarade comptable désagréable pour l'exécutif : les retraites des fonctionnaires sont indirectement financées par la dette publique. Ce trouble-fête, qui n'est autre que Jean-Pascal Beaufret, désire instaurer la transparence nécessaire au débat démocratique. Ancien directeur général des Impôts, l'un des postes les plus prestigieux à Bercy, il est parti prématurément dans le privé, chez Alcatel puis Natixis et Ring, fonds de capital-risque où il est associé. En 2 022, au moment du débat sur les retraites, il s'est mis à signer des articles dans la revue Commentaires sous le pseudonyme de Sophie Bouverin. Il y abordait la clarté des comptes publics. En juin 2 023, après la réforme, L'Opinion publiait une tribune signée de son vrai nom. Jean-Pascal Beaufret s'attaquait alors au « déni de réalité sur la contribution des retraites aux déficits publics ». En septembre, avec François Bayrou, il était reçu par le Conseil d'orientation des retraites, le fameux COR, dont le discours se fonde selon lui sur des artifices légaux. Et en août 2 023, L'Express notait « un parti pris comptable tout à fait contestable, celui d'admettre que le régime des agents de la fonction publique est équilibré. En vérité, cet équilibre est tout relatif puisqu'il tient à… une subvention de l'État ».

Le sujet est technique mais surtout politique. Car même avec les chiffres, tout n'est qu'affaire de convention. Ce que demande Jean-Pascal Beaufret, c'est que soit clairement identifié ce qui relève des prélèvements obligatoires (cotisations et impôts) et ce qui tient des mécanismes de compensation des déséquilibres (subventions). Cette distinction n'est pas faite, obstinément. La ligne suivie par le COR « consiste à considérer toutes les sommes versées par l'État (…) comme des cotisations ou des impôts affectés ».

En quoi la distinction est-elle capitale ? Les cotisations et les impôts « financent seulement 80 % de nos importantes dépenses de retraites ». Le reste, ce sont des subventions, lesquelles comprennent des sur-cotisations sur les traitements des fonctionnaires à des taux faramineux : « 98 % par l'État (et ce taux est une moyenne pondérée entre civils et militaires), 43 % par les collectivités locales et les hôpitaux contre 28 % maximum pour tous les autres salariés français. » Ces sur-cotisations touchent employé comme employeur.

Traduit en milliards, Jean-Pascal Beaufret explique : « Le déficit public, par construction, est égal à la dépense publique, diminuée des prélèvements obligatoires qui la financent. Aux bornes de la branche vieillesse, dans son financement actuel et stable, il s'agissait en 2 022 de 361 milliards d'euros de dépenses, financées par seulement 238 milliards de cotisations (66 %) et 51 milliards d'impôts et taxes transférés aux caisses de retraites (14 %). Or, dans un système contributif par répartition, les retraites de l'année devraient être financées à 100 % par des cotisations ou par des impôts de l'année », écrit-il.

D'où vient le solde de 20 %, soit 72 milliards d'euros ? « Il est en fait couvert par des subventions des administrations, qui font toutes partie, mécaniquement, des déficits publics, représentant au total 2,7 % du PIB », répond Jean-Pascal Beaufret. 20 % des retraites sont ainsi financées par la dette publique, à travers l'État (52 milliards en 2 022) ou au travers des autres administrations sociales et locales (20 milliards). Problème : l'État refuse de le faire apparaître et dilue la chose dans la masse salariale des fonctionnaires. Est-il normal qu'un employé du privé coûte 48 000 euros par an contre 70 000 euros dans le public ?

Son combat commence à payer : outre François Bayrou, Jean-Pascal Beaufret reçoit les soutiens des anciens Premiers ministres Édouard Philippe pour qui les comptes de la Sécurité sociale doivent être consolidés, et de Bernard Cazeneuve qui reconnaît que « ces subventions font apparaître une contribution des régimes de retraites au déficit global de l'ordre de 70 milliards chaque année, toutes administrations confondues ».

Par son artifice, le gouvernement fuit la réalité qui consisterait à faire accepter aux Français que les retraites progressent moins que l'inflation. L'heure de vérité viendra bien un jour, d'autant que le passage de 62 à 64 ans ne couvrira que 15 % du déficit à l'horizon 2 030. Pas plus.

La sélection
Déficit : pourquoi le message du COR reste trompeur, par Jean-Pascal Beaufret
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1 commentaire
Le 16/05/2024 à 20:25
Information objectives. Merci.
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