Cette réserve de minerais de 12 milliards de dollars voulue par Donald Trump
Début février, la Maison-Blanche a fait une annonce rapidement éclipsée par l'actualité internationale, notamment la guerre en Iran. Il s'agit du projet Vault, qui consiste à créer une réserve stratégique de minerais inspirée de celle de pétrole mise en place en 1975, deux ans après le choc pétrolier provoqué par l'embargo des pays arabes. L'histoire s'est répétée en 2025 : la hausse des droits de douane décrétée par Donald Trump a entrainé une riposte de la Chine qui a limité ses exportations de terres rares, conduisant l'hôte de la Maison-Blanche à négocier. Cet épisode a mis en évidence la forte dépendance des États-Unis aux importations. La Chine extrait 70 % des minerais dans le monde et assure jusqu'à 90 % du raffinage. L'obsession américaine est donc de rattraper ce retard, notamment dans un contexte où Washington vise une puissance militaire suffisamment écrasante pour pouvoir combattre simultanément sur plusieurs fronts, assurant ainsi une forme de dissuasion face au rival chinois. On estime qu'un avion de combat F-35 nécessite à lui seul plus de 400 kg de terres rares.
La Stratégie de défense nationale (NDS) 2026 du Département de la Guerre des États-Unis affiche l'objectif de parvenir à la « paix par la force ». Donald Trump a demandé au Congrès un colossal budget de défense de 1500 milliards de dollars pour 2027. Une décision paradoxale, si l'on se souvient que la course aux armements du début du XXe siècle a précisément contribué aux conflits mondiaux que la dissuasion est censée prévenir. L'immense réserve de terres rares prévue par le projet Vault n'est pas étrangère à cette ambition de toute-puissance militaire. L'Allemagne a perdu les deux guerres mondiales car elle a été dépassée par des pays disposant de davantage de ressources, notamment pétrolières. Dès 1925, Hitler exposait cette logique dans Mein Kampf, affirmant que le territoire allemand était insuffisant pour accéder au statut de grande puissance et qu'il fallait s'étendre vers l'Est pour contrôler les ressources.
Dans ce contexte, l'Amérique latine est devenue un véritable champ de confrontation entre intérêts américains et chinois. Le projet Vault s'inscrit dans la résurgence de la doctrine Monroe, qui conçoit le sous-continent comme le pré carré des États-Unis, à l'image de la convoitise affichée par Donald Trump vis-à-vis du Groenland ou encore de l'accord imposé à l'Ukraine. Washington investit directement dans des entreprises minières et métallurgiques, parfois en entrant à leur capital, et cherche à coordonner ses approvisionnements avec ceux de ses alliés. Ainsi, la liste américaine recense pas moins de 60 minerais dits « critiques », bien au-delà des seules « terres rares ». Elle inclut notamment le cuivre, véritable colonne vertébrale des infrastructures électriques, ainsi que le nickel, indispensable à la fabrication des batteries et à l'industrie aérospatiale. À cela s'ajoutent le cobalt, le lithium, le graphite, le gallium... En somme, tout ce qui est nécessaire à la production des technologies modernes, qu'elles soient civiles ou militaires : radars, satellites, systèmes électroniques embarqués, drones, dispositifs de vision nocturne, systèmes de guidage sophistiqués comme ceux des missiles Tomahawk...
Un accord portant sur 11 minerais critiques a déjà été signé avec l'Équateur, l'Argentine, le Pérou et le Paraguay, tandis qu'un plan d'action a été établi avec le Mexique. Le Chili, premier producteur mondial de cuivre et détenteur de réserves de lithium parmi les plus importantes, a également engagé des négociations avec Washington. Pourtant, combler le retard accumulé apparaît comme un défi considérable : les États-Unis réagissent après des années durant lesquelles la Chine a patiemment construit ses partenariats miniers dans la région. Si la capture de Nicolás Maduro a placé les immenses réserves pétrolières du Venezuela pratiquement sous tutelle américaine, la Chine est depuis 15 ans le premier partenaire commercial du Brésil, deuxième détenteur mondial de terres rares. Les sites miniers Aclara et Carina (État de Goiás) illustrent à la fois les ambitions américaines et les obstacles à surmonter : bien qu'ils aient bénéficié en 2025 de capitaux publics américains, leur production est entièrement destinée à la Chine dans le cadre de contrats de raffinage courant jusqu'en 2027.
Car extraire ne suffit pas : encore faut-il « créer un pont entre matières premières et processus final », souligne Jeff Dickenson, spécialiste des minerais critiques chez Rystad. Or, c'est précisément là que réside la principale faiblesse du projet américain. 90 % du raffinage mondial est concentré en Chine, qui s'appuie sur une législation environnementale peu contraignante, des gisements de qualité et un tissu industriel puissant, tourné depuis des décennies vers la production de minerais stratégiques.
- Environ 400 kg de terres rares sont nécessaires pour la construction d'un avion de combat F-35.
- Or la Chine contrôle 70 % de l'extraction de minerais stratégiques et 90 % du raffinage.
- Obsédés par l'idée de réduire leur dépendance vis à vis de leur rival, les États-Unis ont annoncé début février le lancement du projet Vault, une réserve de minerais financée à près de 12 milliards de dollars.
- Mais même si Washington augmente ses capacités d'extraction, il reste la question du raffinage à résoudre. Or la Chine a développé depuis des décennies cette capacité industrielle, au contraire des États-Unis.