Comprendre l'affaire Epstein (3/3)
Tentacule n°5 : L'intermédiaire incontournable
Jeffrey Epstein apparaît comme un intermédiaire très influent. Par exemple beaucoup ont affirmé que Ariane de Rothschild lui aurait demandé d'intervenir pour faire taire l'humoriste Dieudonné. L'email en question montre en réalité qu'elle lui fait part de son indignation après avoir vu une vidéo de l'artiste et indique vouloir en discuter avec lui lors d'un déplacement à New York. Reste que, 2 semaines plus tard, les polémiques et procédures visant l'humoriste s'intensifient en France, une coïncidence temporelle qui alimente depuis diverses interprétations. La connexion entre Epstein et la famille Rothschild, matérialisée par des échanges durables et répétés et des témoignages, se cristalise notamment autour de la figure d'Ariane de Rothschild.
La récente audition de Leslie Wexner devant le Congrès américain, bien que marquée par une amnésie sélective très marquée (comme sa propre signature sur une carte d'anniversaire pour Epstein accompagnée d'un dessin de seins et de la mention « Your friend Les »), a néanmoins livré un élément intéressant. Il a confirmé qu'Epstein s'était présenté à lui comme le gestionnaire de fortune personnel des Rothschild en France. Une affirmation suffisamment crédible pour qu'il la vérifie auprès de membres de la famille, qui, selon lui, l'auraient validée. Il affirme également qu'Epstein se présentait comme conseiller de personnalités extrêmement influentes (fondateurs de Google, Jeff Bezos, etc.). En revanche, il n'apporte pas d'explication claire sur la procuration accordée sur sa fortune (un point pourtant central), ni sur l'absence de poursuites contre Epstein malgré l'ampleur des sommes et le fait qu'il affirme avoir été trompé. Scène improbable, il a été recadré par son avocat, qui lui a murmuré à l'oreille d'arrêter de faire des phrases de plus de 5 mots.
Dans ce document émanant d'un expéditeur caché qui requiert son aide, Emmanuel Macron est présenté à Epstein : « He wants to lead Europe. Maybe the world. » Il est précisé qu'Emmanuel Macron « demande à chacun de présenter des idées disruptives et réfléchies » sur des sujets institutionnels, politiques ou scientifiques. Ces propos, issus d'un échange interne, font écho à l'image publique du président français comme promoteur majeur d'une Europe fédérale et acteur central des réseaux politiques européens, notamment aux côtés du PPE et de la Commission dirigée par Ursula von der Leyen, avec l'ambition à peine voilée d'y occuper un rôle de premier plan. Une série de convergences qui, prises isolément, pourraient relever du hasard, mais qui dessinent, une fois assemblées, un schéma de proximités et d'influences difficile à ignorer. En un temps record, Emmanuel Macron passe d'inconnu du public à président plébiscité (avec une couverture et une sympathie médiatiques qui questionnent encore) après une trajectoire à la banque Rothschild & Co. qui demeure un mystère : une ascension fulgurante le faisant passer de simple banquier junior à associé ce qui est statistiquement très inhabituel au sein de la haute finance parisienne.
Un autre exemple est celui du chef d'orchestre Frédéric Chaslin. La presse a largement relayé un e-mail où il dit avoir « trouvé une fille super » pour Epstein en précisant son âge, 21 ans, et qu'elle « ressemble à la femme de Roman Polanski. » Il la présente certes aujourd'hui comme une recommandation d'interprète pour des visites de musées, mais d'autres éléments problématiques émergent, notamment le fait qu'ils apparaissent très proches. Chaslin se réjouit par exemple de l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence, en précisant que Jacques Attali (qu'il décrit comme l'un de ses « meilleurs amis ») est le mentor du président. Sultan Bin Sulayem mentionne dans un autre e-mail avoir déjeuné avec Macron et affirme à Epstein que c'est « bon pour leurs affaires ». On trouve aussi une proposition d'Epstein en 2016 pour un fonds artistique de 20 millions de dollars partagé 50/50 entre les Lang et lui, qui menera à la création de Prytanee LLC (Îles Vierges US), où Caroline Lang détient la moitié des parts (Epstein finançant 100 %), dissoute en 2020 (il se dit qu'elle aurait pu entretenir une relation amoureuse avec Epstein ce qui expliquerait leur grande intimité et sa place sur le testament). De nombreux exemples du même type existent. Une véritable enquête relèverait d'un travail pharaonique, aux conséquences potentiellement dévastatrices sur le monde tel que nous nous le représentons. Il est également intéressant de noter que les documents mentionnant Emmanuel Macron semble fondre comme neige au soleil.
Concernant la Russie, Epstein a multiplié les approches, notamment en sollicitant Thorbjørn Jagland (largement mis en cause dans son pays, il aurait récemment fait une tentative de suicide), alors secrétaire général du Conseil de l'Europe, par une série de courriels insistants. L'objectif était d'obtenir un contact direct avec Vladimir Poutine ou son ministre des Affaires étrangères, Sergey Lavrov. Pour ce faire, Epstein a fait miroiter sa capacité à faciliter des investissements occidentaux (dans ce mail, tout en précisant qu'il n'a jamais eu accès à Poutine) ou à fournir des informations confidentielles sur Donald Trump et les marchés financiers. Jagland se sert aussi beaucoup d'Epstein comme source d'information (il avait décerné le prix Nobel de la paix à Barack Obama). Il cite également sa relation avec l'ambassadeur de Russie à l'ONU, Vitali Tchourkine (mort suspecte). Ces tentatives demeurent toutefois sans lendemain. La seule interaction tangible documentée est celle avec Sergey Belyakov, un ancien ministre et ancien membre du FSB. Leurs échanges portent sur des informations économiques et des stratégies de contournement des sanctions, relevant d'une logique d'intérêt mutuel plutôt que d'un dispositif d'influence politique structuré.
En février 2026, Viginum, le service français de vigilance contre les ingérences numériques, identifie une campagne de désinformation visant Emmanuel Macron. Un faux site, imitant la présentation du journal France-Soir, publie un article accusant le chef de l'État d'avoir été un « invité fréquent » de Jeffrey Epstein. La réponse des autorités françaises est quasi immédiate. Le compte X « French Response », rattaché au ministère des Affaires étrangères, procède à un démenti point par point. France-Soir porte plainte et Viginum confirme l'attribution de l'opération à Storm-1516, une filiale de la propagande du Kremlin active depuis fin 2023. L'effet politique est immédiat, en étant la cible d'une agression étrangère, Emmanuel Macron se voit transformé en victime de « l'ingérence russe ».
Cette séquence illustre un potentiel mécanisme de diversion désormais récurrent. Face à une information sensible, l'attribution à la Russie est brandie comme un bouclier. Toutefois, les preuves techniques complètes ne sont pas rendues publiques, invitant à croire sur parole les communications officielles, ce que vous êtes libre de faire ou pas. À force de crier au loup russe, cette narration semble devenir une excuse commode pour évacuer les questions gênantes. Ce qui frappe, c'est la construction d'une forme de légitimité unilatérale : en créant un ennemi désigné comme responsable de tout, on s'assure que tout démenti de sa part sera présumé non fiable, et que les sceptiques seront à leur tour suspectés d'être « pro-russes ». Les sources américaines sont décrédibilisées car Trump, les sources chinoises sont suspectées car Xi Jinping... Il ne resterait plus, selon cette logique, que les sources officiellement désignées comme fiables. L'opération, quelle que soit son origine, paraît assez mineure et périphérique mais détourne l'attention de la pieuvre que nous analysons.
Tentacule n°6 : Ésotérisme pseudo talmudique et culte satanique
Il est impératif de le rappeler sans ambiguïté : rien dans cette affaire ne saurait bien sûr être utilisé pour généraliser ou jeter l'opprobre sur la communauté juive dans son ensemble ni sur le judaïsme rabbinique. Nous parlons ici d'individus précis, de réseaux spécifiques et de responsabilités individuelles. Toute tentative d'amalgame global relèverait non seulement d'une erreur factuelle, mais d'un antisémitisme manifeste, étranger à la démarche d'enquête et incompatible avec toute analyse rigoureuse.
Les accusations de sacrifices humains, souvent d'enfants, que l'on voit circuler autour de l'affaire proviennent de sources diverses. Certains y voient des pratiques liées à des cultes sataniques, d'autres invoquent des références religieuses dévoyées autour du Talmud (vaste compilation de débats entre rabbins rédigés sur plusieurs siècles et décrivant des sociétés antiques très éloignées des normes actuelles). La diffusion d'images montrant Epstein devant des ouvrages talmudiques a nourri la circulation de citations très polémiques, par exemple : « Les filles goy sont dans un état d'impureté depuis la naissance » (Avodah Zarah 36b), ou encore des passages évoquant l'âge de responsabilité sexuelle dans des débats juridiques anciens (Niddah 45a, celui ci est plus délicat). L'un des passages souvent cités provient du traité Sanhédrin 54b, parfois résumé de façon trompeuse par : « un adulte peut avoir des relations sexuelles avec un enfant de moins de neuf ans ». En réalité, le texte discuterait d'un point de droit : à partir de quel âge un acte est juridiquement qualifié de relation sexuelle sanctionnable. Il s'agirait d'un débat théorique sur la qualification légale de l'acte, et non d'une autorisation. Beaucoup de citations relayées sont ainsi soit inexistantes, soit déformées, soit décontextualisées. Chacun est libre de s'interroger sur ces textes. Ils fournissent néanmoins une matière que certains peuvent utiliser pour rationaliser leurs comportements criminels. Sur le satanisme, des figures de premier plan comme Tim Burchett, élu à la Chambre des représentants à déclaré au sujet des fichiers non dévoilés « si on vous propose de regarder les photos ou de lire les fichiers, je vous conseille vivement de ne pas le faire… parce que ça vous hantera pour le reste de votre vie. C'est maléfique, c'est satanique, et ça vient des entrailles de l'enfer ». Tout en appelant à exécuter les coupables.
Beaucoup de bruit provient aussi d'un rapport interne du FBI daté du 28 août 2019, relatant l'audition d'un homme se présentant comme une victime d'Epstein. Les mentions les plus extrêmes des archives reposent beaucoup sur ce témoignage, ensuite archivé et référencé dans plusieurs documents, ce qui peut donner l'impression de sources multiples (1 - 2). Ses déclarations sont d'une violence extrême : il affirme avoir été mutilé lors d'un « rituel », avoir vu des bébés démembrés sur un yacht, et accuse plusieurs personnalités politiques d'agressions sexuelles, notamment Bill Clinton et George W. Bush. Il dit aussi que Donald Trump et Melania étaient présents, et cite George Soros et Henry Kissinger. L'homme indique avoir consommé des substances hallucinogènes par le passé, explique que ses souvenirs ont émergé en thérapie des années plus tard, et n'apporte aucun élément matériel ni témoin. L'agent du FBI note qu'il lui a « semblé émotionnellement déséquilibré » et recommande de ne pas engager de ressources supplémentaires. Ce document est un simple rapport d'audition, pas une conclusion ni une validation du FBI.
Ces récits trouvent aussi leur origine dans la présence d'un bâtiment qualifié de “temple” sur son île. Des médias américains, ayant consulté les permis de construction déposés en 2010 auprès des autorités des Îles Vierges US, indiquent que le bâtiment (déclaré comme pavillon musical) diffère des plans : une structure plus massive que prévue et équipée d'une porte verrouillable de l'extérieur. Un dôme doré (détruit lors des ouragans de 2017), surmontait l'édifice, dont le plafond est décrit aux couleurs bleu et blanc. Un accordeur de piano, ayant visité les lieux en 2012, relate une salle insonorisée contenant un grand piano, du mobilier de réception et un portrait d'Epstein aux côtés du pape. Les informations restent limitées, mais au regard des éléments sur la personnalité d'Epstein, il n'est pas impossible qu'il y ait eu des pratiques occultes ou rituelles, rappelant des dérives sectaires.
De nombreux échangent parlent de tests sanguins et de transfusions sanguines, ce qui fait penser à l'usage du fameux adrenochrome. Souvent décrite comme un sérum de jouvence ou un élément mystique, cette substance est au cœur de théories dites "complotistes" depuis longtemps, prétendument obtenue via la torture d'enfants. On ne peut rien écarter au prétexte que ce soit inconcevable puisque tout l'est déjà ici. Ce sont des faits dénoncés depuis longtemps par des artistes et d'autres personnalités, comme Nicki Minaj récemment.
Le caractère criminel de l'affaire est souvent résumé à des aspects si extrêmes qu'ils en deviennent facilement disqualifiables tant ils dépassent l'entendement (ce qui ne signifie pas pour autant qu'ils soient faux). Mais cette focalisation occulte une réalité plus concrète : le nombre hallucinant de morts suspectes qui entourent l'affaire. Officiellement, on dénombre plus d'une trentaine de personnes décédées dans des conditions troublantes, sans parler des disparitions inexpliquées, des meurtres évoqués par d'anciens hommes de main, et des milliers de vies brisées des victimes.
Pêle-mêle : Steven Hoffenberg, mentor et ancien associé d'Epstein dans l'arnaque Towers Financial, retrouvé mort en 2022 (officiellement du Covid), Alfred Paul Seckel, beau-frère de Ghislaine Maxwell et chargé du "nettoyage numérique" d'Epstein (notamment sur Wikipédia), retrouvé au bas d'une falaise en France, à Saint-Cirq-Lapopie, Jean-Luc Brunel, figure majeure, retrouvé pendu dans sa prison en 2022, Steven Bing, producteur hollywoodien, mort en sautant d'un immeuble. Plus récemment, Virginia Roberts Giuffre, principale victime et témoin à charge, s'est suicidée en avril 2025 à 41 ans, version contestée par sa famille. Le point d'orgue reste bien sûr la mort d'Epstein lui-même en 2019, officiellement par suicide, conclusion que beaucoup continuent de contester et version qui commence serieusement à s'éffriter.
Tentacule n°7 : Epstein et les théories controversées
Avec Ariane de Rothschild, il évoque la trajectoire d'Hitler et certaines rumeurs entourant sa jeunesse, notamment son passage dans des foyers pour sans-abri à Vienne, épisode qui alimente depuis longtemps spéculations et interprétations diverses. Epstein affirme pour sa part que cet épisode serait « 100 % vrai », assurant qu'Hitler survivait alors en vendant vêtements et peintures tout en vivant dans un foyer financé par de riches familles juives, dont les Rothschild et les Gutmann (qui aurait favorisé son ascension afin de discréditer toutes idées de nationalisme ou de patriotisme). Des hypothèses parfois extravagantes circulent beaucoup dans ces échanges.
- Les auditions et emails montrent qu'Epstein se présentait comme gestionnaire ou conseiller de fortunes majeures, notamment celles liées aux Rothschild en France, affirmation jugée suffisamment crédible pour être vérifiée et confirmée selon le témoignage de Leslie Wexner. Il se positionnait comme point de passage entre grandes fortunes, dirigeants politiques et institutions, recevant des appels de personnalités influentes et facilitant des connexions à très haut niveau.
- Les correspondances où Emmanuel Macron est mentionné (demandes d'idées “disruptives”, ambitions européennes, connexions via Rothschild, Attali, Chaslin, les Lang) ne constituent pas une preuve judiciaire, mais dessinent un schéma de proximités récurrentes entre haute finance française, réseaux transnationaux et sphère présidentielle. L'ascension fulgurante de Macron chez Rothschild & Co., statistiquement exceptionnelle, ajoutée aux convergences institutionnelles avec le PPE, la Commission européenne et les cercles mondialistes, alimente l'idée que la France constitue l'un des cœurs de cette pieuvre.
- Les documents montrent qu'Epstein a multiplié les tentatives pour entrer en contact avec le Kremlin, sans succès tangible. Il sollicitait des intermédiaires, promettait investissements ou informations, mais n'a jamais obtenu d'accès direct. Cette absence contraste avec la facilité avec laquelle il évoluait dans les réseaux occidentaux.
- Le traitement médiatique et politique donne le sentiment qu'une partie du système est sacrifiée pour préserver l'ensemble. Des figures déjà fragilisées deviennent des fusibles, pendant que l'architecture demeure intacte. Parallèlement, le nombre anormalement élevé de morts suspectes crée un climat de brouillard permanent. Chaque disparition referme une porte potentielle sur des informations décisives.