Dos au mur, le régime iranien est prêt à massacrer sa population pour rester en place
La stratégie de l'Ayatollah Ali Khamenei pour mâter toute opposition civile n'a pas varié depuis son accession au pouvoir en 1989. Elle s'appuie sur trois piliers. D'abord, discréditer les protestataires en les accusant d'être des agents de l'étranger – ce qui est lourd de sens pour les Iraniens. Ils se souviennent du renversement de Mossadegh en 1953 organisé par les services secrets américains et britanniques pour garder la main sur le pétrole du pays. Ensuite, le régime des mollahs compte sur la crainte des Iraniens qu'une nouvelle révolution entrainerait des conséquences au moins aussi désastreuses que celle qui avait conduit Khomeini au pouvoir en 1979. Les pauvres se laissent séduire par les subsides de l'État – qui augmentent dès que des manifestations commencent. L'appareil répressif du régime, avec les Gardiens de la Révolution comme force d'élite, maintient la terreur dans les quartiers dissuadant les classes moyennes de se révolter. Les mollahs comptent enfin sur l'incapacité des oppositions à s'allier : des divisions idéologiques irréconciliables entre les monarchistes qui soutiennent Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979, et les Moudjahidines du Peuple – un mouvement marxiste longtemps classé comme organisation terroriste. Reza Pahlavi et les monarchistes sont dépeints comme les suppôts des Occidentaux. Quant aux Moudjahidines exilés, leur soutien en Iran est très limité car ils ont combattu avec les Irakiens de Saddam Hussein contre leur propre pays pendant la sanglante guerre entre 1980 et 1988. Il y a enfin d'importantes minorités ethniques (les Perses représentent 61% de la population) : les Kurdes au Nord-Ouest et les Baloutches au Sud-Est qui s'opposent au pouvoir central.
L'appareil répressif de l'État totalitaire iranien s'appuie sur les Gardiens de la Révolution (un tiers des effectifs des armées et bien équipés) qui comprend les milices Bassij. Ces dernières quadrillent les quartiers et sont en première ligne pour réprimer toute manifestation. Le régime des mollahs est resté en place grâce à son clergé qui portent la parole de l'ayatollah partout dans le pays. Ce système a permis à la République islamique d'Iran de tenir jusqu'à aujourd'hui malgré les crises successives (pénuries d'eau, d'énergie et l'effondrement du pouvoir d'achat). Affaibli par les défaites de ses alliés, du Hezbollah libanais à la chute d'Assad à Damas jusqu'à la capture de Maduro à Caracas, le régime de Téhéran est aux abois. Ce sont les marchands du bazar de Téhéran qui se sont d'abord rebellés le 28 décembre. Le cours du riyal a fait une chute libre en décembre et l'inflation a approché les 50% - conséquences de l'incompétence, de la corruption gangrénant l'oligarchie révolutionnaire. Des sanctions internationales aussi bien sûr – profitant aux chefs des Gardiens de la Révolution qui maintiennent l'économie iranienne sous leur joug. L'ampleur de la révolte qui a secoué le pays est inédite : elle n'est plus limitée à une classe sociale ou bien à une minorité ethnique mais elle touche tous les territoires.
La violence s'est déchaînée avec la mise à sac de bâtiments publics et les tirs à balle réelle ont tué des milliers de personnes. Le régime est acculé et la reddition n'est pas une option car il ne reste à ses dirigeants aucune porte de sortie viable après la déconfiture de leurs alliés dans le monde. La férocité de la répression révèle la fébrilité des forces étatiques : les Gardiens de la Révolution ont même publiquement menacé les autres organes de l'État en cas de refus d'obéissance.
Les menaces américaines ont obligé Téhéran à sursoir à des exécutions capitales, un geste impensable il y a encore quelques mois. Les bombardements ciblés de juin 2025, les assassinats coordonnés par le Mossad israélien sur le territoire iranien ont montré la vulnérabilité de la défense iranienne. Mais Donald Trump n'a pas ordonné d'intervention armée et le régime survit encore. Une intense pression diplomatique a dissuadé Washington d'aller plus loin. Les Saoudiens, partout ennemis farouches des Iraniens, ont même interdit leur espace aérien en cas d'attaque américaine. Ils préfèrent un Iran affaibli et pris à la gorge : un renversement des mollahs pourrait raviver les mouvements démocratiques dans la région tout en renforçant les islamistes sunnites. Les pays du Golfe se satisfont du statu quo : une guerre menacerait l'exploitation du pétrole et du gaz dans le golfe Persique. Les Turcs n'en veulent pas non plus : ils craignent un regain du nationalisme kurde avec l'ouverture d'un nouveau front en Iran. Donald Trump s'est laissé convaincre pour l'instant car il a besoin du soutien d'Ankara et des monarchies du Golfe pour faire avancer le plan de paix à Gaza. Il espère aussi arriver à un compromis avec la Russie – soutien de l'Iran - sur l'Ukraine... Washington a renforcé sa présence armée et prévient que des frappes massives pourraient intervenir à tout moment. L'engrenage d'une guerre en Iran pourrait être un piège avant les élections de mi-mandat à l'automne prochain.
- Les manifestations se sont répandues dans tout le pays au-delà des seules grandes villes
- La répression est d'autant plus féroce que le régime est acculé par la défaite de ses alliés syrien, vénézuélien et de son bras armé au Liban, le Hezbollah
- Washington a fait monter la pression sur Téhéran mais retient ses coups pour l'instant de peur de provoquer le chaos
- Les pays du Moyen-Orient qui entourent l'Iran préfèrent un géant perse affaibli qu'un nouveau centre de déstabilisation régional