Réponse de l'auteur - 02/01/2026 à 09:14
Merci pour votre réponse et pour avoir pris le temps de préciser votre point de vue.
Je dois toutefois vous dire très franchement que j’ai du mal à comprendre comment mon positionnement peut être perçu comme « woke ». Je vous invite d’ailleurs, si vous le souhaitez, à parcourir mes articles précédents : je critique régulièrement ce que j’appelle l’hydre mondialiste, dont l’idéologie woke est, selon moi, l’une des têtes.
Mon approche se veut analytique, pas morale. Elle consiste précisément à refuser les lectures binaires, où toute nuance serait immédiatement disqualifiée. Dire cela ne revient ni à nier les menaces, ni à « faire l’autruche », mais à rappeler qu’un conflit géopolitique majeur ne se comprend pas à partir d’un seul récit.
Sur les USA, je partage largement votre constat. Nous assistons à la tentative de maintien d’un ordre hégémonique en déclin : remise en cause du pétrodollar (tournant peu évoqué), fragilisation de la domination monétaire, montée en puissance des BRICS et des puissances du Golfe. Dans ce contexte, Washington cherche à préserver son influence par tous les leviers disponibles : accords bilatéraux, sanctions extraterritoriales, pressions économiques, mais aussi un réseau mondial de bases militaires qui participe à une forme de vassalisation sécuritaire de nombreux pays, y compris européens. Ces ingérences américaines sont documentées, récurrentes, et je n’ai aucun mal à les dénoncer.
Donald Trump, de son côté, tente une réponse plus brutale et plus frontale à ce déclin, notamment par le protectionnisme et les droits de douane (une posture qu’on pourrait qualifier d’altermondialiste presque). Là encore, il ne s’agit ni d’adhésion ni de rejet, mais d’analyse.
Concernant l’UE, mon propos est précisément de montrer qu’elle n’est ni neutre ni passive. Elle est devenue un acteur idéologique à part entière, y compris hors de ses frontières. Cela passe par des instruments juridiques comme le DSA ou le Media Freedom Act (ou « chat control » …), mais aussi par des pratiques plus discrètes : missions d’observation électorale en Amérique centrale, en Afrique ou ailleurs, assorties de « recommandations » dont le non-respect peut entraîner pressions, conditionnalités ou sanctions officieuses. Ces mécanismes contribuent à une uniformisation sur un modèle unique. C’est juste factuel. Est-ce que l’UE est le parangon qu’elle prétend être ?
Sur la question des fake news et de la désinformation, un point me semble devoir être explicitement soulevé.
Les sanctions prises à l’encontre de Xavier Moreau et de Jacques Baud posent un problème majeur de principe. Elles entrent en opposition frontale avec l’État de droit et les droits fondamentaux : pour la première fois, des individus sont lourdement sanctionnés sans jugement, sans procédure judiciaire, sans débat contradictoire, sur la base d’une appréciation administrative et politique. Nous sommes là face à une forme d’arbitraire assumé.
Ce basculement interroge profondément la direction prise par l’UE et les motivations réelles qui sous-tendent cette fuite en avant répressive. Une telle volonté de neutralisation des lectures dissidentes questionne aussi ce qui dérange, ce qui échappe au contrôle, et donc la possibilité d’une instrumentalisation du discours sur la désinformation. Plus la répression est forte, plus elle nourrit le doute sur la solidité (et les motivations réelles) du récit qu’elle cherche à protéger.
La question est simple : comment cela est-il possible en 2025, dans un espace qui se revendique démocratique ? D’autant plus que de nombreux faits historiques et géopolitiques sont aujourd’hui largement évacués des récits dominants. Le timing interroge également : ces évolutions surviennent au moment même où se mettent en place des dispositifs structurants comme l’identité numérique et l’euro numérique, qui constituent objectivement des outils de contrôle renforcé.
Concernant l’Ukraine, rappeler que la guerre ne commence pas en 2022 mais au moins en 2014 (voire avant, avec des épisodes de déstabilisation antérieurs) n’est pas une opinion marginale mais un fait historique. Maïdan, la guerre dans le Donbass, les accords de Minsk non appliqués, puis l’intervention russe s’inscrivent dans une séquence longue. Les populations de l’Est ont longtemps appelé à l’aide. La Russie a mis des années à réagir, puis l’a fait après des référendums (dont on peut, peut-être discuter la légitimité). Mais considérer que tout ce qui s’écarte du récit occidental serait faux ou « pro-russe » revient à installer une vérité officielle incompatible avec toute analyse sérieuse du coup.
Votre proposition de solution a le mérite d’être formulée. Elle pose néanmoins une question centrale : comment s’assurer que la volonté du peuple ukrainien puisse réellement s’exprimer dans un territoire soumis depuis des décennies à des rapports de force, des ingérences multiples et parfois contradictoires ? Comment garantir que ce peuple n’ait pas été instrumentalisé ou bafoué de toutes parts ?
Enfin, sur Thierry Breton, je ne le réduis pas à une caricature. C’est un personnage complexe, emblématique des allers-retours constants entre sphère publique et intérêts privés, profondément lié à l’orientation technocratique et centralisatrice de l’UE. Il mériterait à lui seul une analyse approfondie.
En résumé, mon travail vise à questionner les récits dominants, les mécanismes de censure et les logiques de bloc, qu’elles soient américaines ou européennes. Défendre les intérêts français implique aussi de refuser les alignements automatiques et de conserver une capacité d’analyse indépendante. L’histoire récente nous a montré jusqu’où peuvent mener des discours sécuritaires lorsqu’ils deviennent incontestables…
Merci encore pour votre contribution. Le désaccord argumenté est sain, à condition qu’il ne se transforme pas en étiquetage idéologique automatique. Je vous souhaite aussi une belle année 2026 :-)