La Sélection du jour | Vaccination anti-Covid : va-t-on sortir du fiasco franco-européen ? (n°1216)
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Vaccination anti-Covid : va-t-on sortir du fiasco franco-européen ?

Par Philippe Oswald - Publié le 06 mars 2021

« Il y a un horizon avec la vaccination », a déclaré le 3 avril le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Mais cet horizon paraît lointain : entre le 18 janvier 2021, jour de l’ouverture de la campagne au grand public, et le 5 mars, seulement 3 245 517 Français ont été vaccinés avec au moins une dose (1,7 million avec deux doses), soit 7.40% de la population, contre, par exemple, 32.03% au Royaume Uni, 22.34% au Chili, 24.69% aux Etats-Unis, 11.47% au Maroc, et, s’agissant de membres de l’UE, 11.83% en Hongrie, 9.56% en Pologne, 9.11% au Portugal, 9.05% en Espagne, 8.13% en Allemagne, 8.18% en Italie (chiffres du Figaro, 5/03/2021). Ce qui situe la France en queue du poussif peloton européen (à cause des commandes groupées de l’UE et de ses propres pesanteurs administratives)... et rend pour le moins prématuré le débat sur le passeport vaccinal ! Peut-on malgré tout croire à la promesse présidentielle de protéger tous les adultes consentants « d’ici à la fin de l’été » ? Cela supposerait d’injecter quotidiennement plus de 300 000 doses de vaccin (le plus gros score depuis le début de la campagne a été réalisé le 5 mars avec 250 000 doses injectées dans la journée, selon le ministère de la Santé). Dans sa conférence de presse du 4 mars, Jean Castex a promis de « mettre le paquet » pour que neuf millions de personnes aient reçu au moins une première injection à la fin du mois. On verra.

En tout cas, deux affirmations du Premier ministre sont de l’enfumage pour la première, et carrément un bobard pour la seconde, selon les vérifications faites par Le Figaro : 1°) Enfumage sa déclaration selon laquelle la France vaccinerait « à un rythme soutenu » : le rythme de la vaccination en France depuis le début de la campagne fin décembre, loin d’être « soutenu », a subi des ralentissements après les deux premières semaines, et ne souffre pas la comparaison avec ses voisins européens et encore moins avec celui des champions mondiaux de la vaccination que sont Israël, le Royaume-Uni et les États-Unis : « La France a vacciné 1,8 fois moins que le Danemark, 3,8 fois moins que les États-Unis, 5,8 fois moins que le Royaume-Uni et 22 fois moins qu'Israël.» 2°) Bobard, l’affirmation de Jean Castex selon laquelle la France tiendrait la tête des pays protégeant le mieux les personnes les plus vulnérables : « Pour la catégorie la plus vulnérable, celle des plus de 80 ans, la France est très loin derrière une douzaine de pays comme la Norvège, la Finlande, le Danemark, la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, la Grèce, etc. », constate Le Figaro.

Parmi les vaccins disponibles, l’AstraZeneca défraie la chronique. Les soignants n’en veulent pas pour eux-mêmes ! Seulement un quart des doses reçues a été utilisé selon le ministère de la Santé. Le personnel soignant aura été échaudé par des effets secondaires un peu brutaux quoique, semble-t-il, bénins, qui ont contraint certains hôpitaux à interrompre la vaccination pour que les arrêts maladie ne les empêchent pas de fonctionner. Depuis le début de la semaine, les autorités sanitaires multiplient les communications rassurantes sur l’innocuité et l’efficacité de ce vaccin, y compris sur les personnes âgées. Olivier Véran s’est fendu d’une lettre aux soignants pour les rappeler à leur responsabilité : seuls 40% des personnels des Ehpad et 30% des soignants, en ville et à l'hôpital, se sont fait vacciner, alors qu’entre 25% et 30% des contaminations auraient lieu dans un établissement de santé, ce qui ferait de la Covid-19 la première maladie nosocomiale en France…

En avril, on devrait commencer à respirer, a promis Emmanuel Macron. Le gouvernement compte sur l’arrivée massive de 10 millions de doses en mars, et de plus de 14 millions en avril des vaccins Pfizer, Moderna, AstraZeneca et du nouveau venu, le « 3 J » : Janssen/Jonhson & Johnson dont l’agrément européen est attendu à la mi-mars. Ce serait quasiment un quintuplement du volume des livraisons en deux mois… Encore faudrait-il que ces doses soient non seulement livrées mais injectées (y compris le week-end : alors que nous sommes supposés être « en guerre », ce n’était pas le cas jusqu’à ce 6-7 mars !). Mais avant que ces vaccinations massives produisent leur effet, il faut s’attendre à « des semaines de gros temps », a averti le porte-parole du gouvernement. C’est déjà le cas dans le Pas-de-Calais et à Nice, reconfinés les week-ends, avec toujours ces paradoxes de sorties restreintes à une heure et de plages interdites alors que les contaminations se font principalement quand on est… confiné sur son lieu de travail, à domicile ou… à l’hôpital ! « La Covid a causé davantage de morts par habitant en France qu’au Brésil, pays dont on a tendance ici à moquer les médiocres performances sanitaires (un décès pour 816 habitants contre un pour 779 dans l’Hexagone) » constate Pierre Robert, professeur agrégé de Sciences Economiques et Sociales, dans la revue Contrepoints (en lien ci-dessous).


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