La Sélection du jour | Une majorité de Français pour un durcissement de la laïcité (n°793)
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Société

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Une majorité de Français pour un durcissement de la laïcité

Par Philippe Oswald - Publié le 29 octobre 2019

Selon une enquête de l'Ifop pour le JDD (26 octobre), l’inquiétude des Français face à la montée de l’islam les rend de plus en plus attachés à ce qu’ils pensent être la laïcité. Pour une écrasante majorité des sondés, près de huit sur dix (78%), le modèle français issu de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'État « est en danger », alors qu’en réponse à la même question, en 2005, seules six personnes sur dix (58%) jugeaient la laïcité menacée. Aujourd’hui, l’inquiétude est générale et largement trans-partisane : maximale chez les sondés se déclarant proches du Rassemblement National (91%), elle reste majoritaire chez ceux qui penchent pour Les Républicains (85%), La République En Marche (79%), La France Insoumise (68%) et le Parti Socialiste (64%).

Mais connaissant mal la laïcité (devenue un principe constitutionnel depuis 1958), une grande majorité des sondés déclare souhaiter une stricte interdiction dans l’espace public des signes religieux. C’est bien sûr la question du voile qu’ils ont en tête puisque 80% considèrent que la question de la laïcité « se pose différemment s'agissant de la religion musulmane », 61% jugeant même l'islam « incompatible avec les valeurs de la société française » (+8% par rapport à février 2018). Mais toutes les religions pourraient faire les frais de ce raidissement, qu’il s’agisse de porter une croix ou une kippa ou de perpétuer la pratique des processions religieuses catholiques. Quand le président de la République en personne déclare, sur la base de la loi de 1905 : « Le port du voile dans l'espace public n'est pas mon affaire », il n’est manifestement pas entendu par l’opinion publique.

C’est sans doute parce que « la définition de la laïcité semble en pleine mutation », relève Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, en commentant cette enquête. Alors que dans un sondage de 2005, prévalaient l'égalité entre les religions (32%) et la liberté de conscience (28%), ce sont désormais la séparation des cultes et de la politique (27%), et la volonté de « faire reculer l'influence des religions » (26%, + 17% par rapport à 2005) qui l’emportent. Entraînée sur une pente liberticide, une large majorité (73%) souhaite l'interdiction de tout signe ostensible non seulement pour les parents accompagnant des sorties scolaires, mais aussi pour les usagers des services publics (75%) et même pour les salariés des entreprises privées (72%), alors que la loi ne proscrit un signe religieux qu’à l’intérieur de l’enceinte scolaire et ne s'applique qu'aux élèves, aux enseignants et encadrants de la fonction publique (le cas échéant, à un parent d'élève intervenant à l'intérieur d'un établissement scolaire). Partout ailleurs, elle ne s’applique qu’aux agents de la fonction publique. Hormis ces cas, la loi de 1905 ne prétend nullement cantonner la religion à la sphère privée, ni interdire le port de signes religieux dans l’espace public.

D’où l’utilité de cette mise au point sur Cnews (en lien ci-dessous) sur ce que dit réellement la loi de 1905 avec les modifications qu’elle a subies depuis.


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