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Bioéthique

La synthèse

Une loi des plus transgressives votée dans une pesante léthargie !

Par Philippe Oswald - Publié le 01 juillet 2021

 L’Assemblée nationale a adopté, mardi 29 juin, la loi de révision des lois de bioéthique. Par 326 voix contre 115, les députés ont voté ce texte en dépit de désaccords fondamentaux entre eux et avec la majorité du Sénat. Excédés de voir leurs révisions systématiquement rejetées par l’Assemblée nationale, les sénateurs avaient refusé de l’examiner à nouveau, le 4 juin. On est donc loin du consensus promis par le Président de la République. Loin aussi du respect du principe de précaution, pourtant inscrit dans la Constitution… Ce qui s’impose pour la nature et l’environnement n’aurait-il plus cours pour la protection des humains ?

Un silence médiatique retentissant a précédé et suivi le vote de cette loi. La défaite des Bleus devant la Suisse aura fait incomparablement plus de bruit, bien qu’il n’y ait évidemment aucune mesure entre un match de foot perdu et les atteintes profondes et durables à l’intégrité des êtres humains, de leurs personnes et de l’espèce humaine, légalisées mardi dernier. Il est vrai que l’immense majorité des Français ignore le contenu de cette troisième révision de la loi de bioéthique comme l’a révélé au début du mois de juin le sondage de l’IFOP commandité par Alliance VITA (en lien ci-dessous).

Avec la « PMA pour toutes » (célibataires ou couples de femmes), la loi consacre le « droit à l’enfant » au prix de la privation volontaire de père pour les enfants nés par cette technique qui brouille le récit généalogique. En réalité, on inflige à l’enfant la fiction d’avoir deux mères. Cette pseudo double filiation maternelle dans les couples d’homosexuelles abolit légalement non seulement la présence mais la figure du père. Certains enfants seront privés de toute origine s’ils sont issus d’un double don de gamètes -spermatozoïdes et ovocytes (la nouvelle loi lève certes partiellement l’anonymat des donneurs, mais n’accorde pas aux enfants ainsi conçus, le droit de connaître leurs origines avant leur majorité …)

La « PMA pour toutes » fait de l’enfant un produit marchand, objet d’un contrat. D’autant plus qu’après la PMA viendra la GPA. Quoi qu’en dise en effet le gouvernement par la voix d’Olivier Véran, rien ne pourra empêcher la même logique prétendument égalitaire (elle ne l’est évidemment pas pour l’enfant privé de présence et de filiation paternelle !) de passer de la « PMA pour toutes » à la GPA, au nom du droit des couples d’hommes (et de « transgenres ») à avoir un enfant, à égalité avec celui des femmes. Le terrain a d’ailleurs été préparé par les députés qui ont supprimé la mention introduite dans le projet de loi par le Sénat pour spécifier qu’il n’existe pas de droit à l’enfant.

Mais l’adoption de la « PMA pour toutes », si elle est emblématique, ne résume pas l’ampleur inouïe des transgressions éthiques de la loi votée par les députés. A cet égard, la mise en avant de la PMA dans les débats est l’arbre qui cache la forêt. Le fond de la question, c’est que cette loi traite l’embryon humain comme un matériau manipulable et éliminable dans les laboratoires.

Les députés ont notamment voté pour l’autoconservation des ovocytes sans motif médical. Alors que cette conservation n’était jusqu’ici permise qu’en cas de maladie portant atteinte à la fertilité, la loi autorise à présent une personne majeure à conserver ses gamètes en vue de la réalisation ultérieure, « à son bénéfice », d’une assistance médicale à la procréation ou procréation médicalement assistée (AMP = PMA). Désormais, l’enfant, désigné sous le vocable de « projet parental », pourra être planifié, commandé et même conçu avec l’achat de gamètes. Jackpot assuré pour les banques de spermes dont la pénurie d’ores et déjà constatée fera monter les prix.  Plutôt que d’offrir de nouvelles libertés aux femmes, un tel engrenage les expose à la pression de leurs employeurs pour retarder leur maternité. Qu’en disent les féministes ?

Les députés ont encore voté pour l’autorisation de modifications génétiques des embryons et la « création » de chimères animal-homme par l’introduction de cellules souches embryonnaires humaines dans des embryons animaux. Si la modification d’un embryon humain par adjonction de cellules provenant d’autres espèces reste interdite, l’inverse est autorisé pour développer des greffons. Redoutant à juste titre un brouillage de la frontière des espèces, les sénateurs avaient supprimé cette permission de créer des embryons chimériques. Qu’en disent les écologistes ?

 Est-ce la fin d’un combat de quatre ans ? Des députés et des sénateurs saisiront le Conseil constitutionnel, ce qui retardera du moins le temps de la procédure la mise en œuvre de la nouvelle législation. Et la campagne électorale de l’élection présidentielle donnera l’occasion d’interpeler les candidats. Ce qu’une loi a fait, une loi peut le défaire. Mais il y faudra du temps, de la pédagogie et sans doute, hélas, beaucoup d’expériences amères, avant que ne soient restaurées dans la loi l’intégrité et la dignité de la personne humaine.

 

 


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