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Economie

La synthèse

Ubisoft, un David français contre des Goliath chinois et américains

Par Philippe Oswald - Publié le 23 mai 2020

« Clone », « copie quasi conforme »… ce sont les mots employés par l’éditeur de jeux vidéo français Ubisoft pour expliquer la plainte pour plagiat qu’il a déposée le 15 mai contre les mastodontes américains Google et Apple. Cette plainte vise aussi, indirectement, l’éditeur chinois de jeux vidéo Ejoy, filiale du mammouth Alibaba. Ubisoft a eu la désagréable surprise de constater de troublantes ressemblances (concept, esthétique, fonctionnalités) entre « Rainbow Six Siege » (« R6S »), son jeu de combats vedette créé en 2015 (inspiré du roman de « Rainbow Six » de Tom Clancy), et le jeu vidéo « Area F2 » (« AF2 »), édité fin avril 2020 par Ejoy. « AF2 » se retrouve distribué sur smartphones et tablettes dans des applications d’Apple et de Google, alors que « R6S » est disponible sur PC, PlayStation 4 et Xbox One mais non sur support mobile. Si le plagiat est dû à l’éditeur chinois, les deux sociétés américaines, faisant la sourde oreille à la requête d’Ubisoft, n’ont pas retiré le jeu « AF2 » de l'App Store et du Play Store, les boutiques d'Apple et Google. « Area F2 » reste en ligne depuis le mois dernier sur ces deux plateformes.

« Nos concurrents essaient constamment de trouver des moyens de profiter de la popularité de R6S et de ponctionner l’argent et l’intérêt des joueurs de R6S » déplore le studio français. « Pratiquement tous les aspects d’Area F2 sont copiés de Rainbow Six Siege, de l’écran de sélection de l’opérateur à l’écran de notation finale », précise Ubisoft. Jeu de tir en vue subjective et multijoueur mettant en scène des forces de l’ordre spécialisées dans les interventions à risque, « Rainbow Six Siege » serait joué chaque jour par trois millions de personnes dans le monde, et totalise 55 millions de joueurs depuis son lancement. Ubisoft prévoit de lancer cette année une suite à ce jeu vidéo.

On notera que l’éditeur breton (le siège social d'Ubisoft est à Rennes) a déposé plainte auprès de la Cour fédérale de Los Angeles contre Google et Apple, et non contre Ejoy, entreprise localisée en Chine. Il s’agit manifestement de contourner la justice chinoise dont l’impartialité n’est pas le trait dominant. De toute façon, si Apple et Google étaient contraints de retirer « Area F2 » de leurs catalogues, le chinois Ejoy se verrait privé d’une grosse partie du profit qu’il en tire. À propos de profit, remarquons enfin que la plainte d’Ubisoft a fait peur à la Bourse : déjà quelque peu secouées (quoiqu’en hausse depuis le début de l’année), les actions de l’éditeur français ont plongé le 18 mai, sitôt la plainte d’Ubisoft contre Apple et Google révélée par l’agence Bloomberg. Selon une formule pittoresque des Echos (19 mai), « la Bourse comprend qu’Ubisoft s’attaque à deux gros balèzes pour des clopinettes ». Les boursiers n’ont décidément aucun goût pour le panache et l’héroïsme !


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