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Politique

La synthèse

Tribune des généraux : armée du chahut ou du salut ?

Par Louis Daufresne - Publié le 01 mai 2021

Coup d’État ou coup d’éclat ? La « tribune des généraux » vaut un petit abécédaire et quelques précisions :

Appel : Parue le 13 avril sur un site spécialisé, cette « lettre ouverte aux gouvernants » s’accompagne d’une pétition réservée aux militaires (plus de 20 000 signatures !). Nul n’en aurait parlé si Valeurs actuelles n’en avait fait une tribune le 21 avril. Or les deux genres ne s'équivalent pas. La lettre ouverte est solennelle, la tribune subjective. Choisir VA permit au gouvernement d’attaquer le media sans répondre au message, surtout après le long entretien avec Philippe de Villiers intitulé « j'appelle à l'insurrection »… Que des hauts gradés doivent en passer par un support clivant les marginalisent forcément.

Auteurs : Peu connus. La France n’a plus ni Hélie Saint-Marc ni Marcel Bigeard. Le rédacteur du texte, Jean-Pierre Fabre-Bernadac, est capitaine de gendarmerie (un temps patron du service d'ordre du FN). Drôle de casting. Dans un livre Les strings de l'armée rouge, il se pose une question : « faut-il avoir peur des femmes slaves ? ». C'est San Antonio contre les « hordes de banlieue ». Passons. Ce qui frappe, c’est l’absence du général Pierre de Villiers parmi les 25 généraux signataires. Piquemal, Richoufftz et Martinez sont les noms les plus marqués. Point fort : les soutiens viennent de partout dans l'armée, y compris des hommes du rang.

Chaos croissant : Gros mot de la tribune. Croissant islamique ?

Contexte : Ultra-favorable aux militaires. À Bagnolet, un policier est lynché au cri de « tuez-le ! ». À Rambouillet, le meurtrier de Stéphanie avait été régularisé. À Marseille, un président de club nautique démissionne après avoir dit « y'en a marre des Arabes ». Selon le sondage Harris pour LCI, près d'1 Français sur 2 est d'accord avec le texte. 45% des sondés estiment encore que « la France connaîtra bientôt une guerre civile ». Pour un « coup d’Ehpad » (Le Canard), c’est un coup réussi.

Date : La parution dans VA correspond au putsch d’Alger (21 avril 1961) et au second tour de Jean-Marie Le Pen (21 avril 2002). Cette politisation incontestable et puérile permit à Florence Parly de s'épaissir en matant les factieux. C'est son « premier grand rôle » (Le Canard). S’il fallait choisir une date, pourquoi pas le 18 juin ? Mais chez certains, De Gaulle n’est pas mort…

Dati « Je ne l'aurais peut-être pas écrite comme ça » mais « ce qui est écrit, c'est une réalité ». Compliqué d’être coincée entre Macron et Le Pen.

Délitement : Mot-clé de la tribune. C'est la mode des mots en -ment, comme grand remplacement.

Devoir de réserve : Citons le général Martinez sur BFMTV : « J'ai un certain devoir de réserve et je ne mets pas en question les problèmes de doctrine d'emploi des armées ni de secret militaire. Je m'interroge simplement sur la situation dans laquelle notre pays est engagé. » Pourquoi ne le ferait-il pas, lui le retraité, alors que Laetitia Saint-Paul est députée LREM et vice-présidente de l’Assemblée nationale ? Un militaire peut s’engager en politique, dit le code de la défense. Et selon l’École de guerre« les limites associées au devoir de réserve ne sont pas clairement identifiées ». C’est à la tête du képi. En politique, contrairement au sniper, le flou permet de tuer la cible qu’on veut. Rappelons que les militaires sont payés par l'État pour le défendre. Vigilant, c’est le nom d’un sous-marin nucléaire. Toute la dissuasion n’est qu’une veille permanente. Après, interpeller l’Élysée signifie que le dialogue est en panne.

Doctrine : Où est l’ennemi ? Nul n’en dit rien. Le terrorisme est un faux nez. La tribune désigne des ennemis intérieurs et pas tous bronzés : antiracisme, islamisme, autoritarisme.

Influence : « Leur influence réelle est difficile à évaluer », dit l’AFP. Le militaire sert son pays, le politique s'en sert. La légitimité ne s'achète pas dans les urnes. Les deux cotes de confiance sont diamétralement opposées. Le politique le sait et il en a peur.

Insurrection : Non. Le texte dit que « si rien n'est entrepris, le laxisme continuera à se répandre  inexorablement (...), provoquant, (…) l'intervention de nos camarades d'active dans une mission périlleuse de  protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national. » L'intention n'est pas de s'insurger mais d'éviter le pire pour ses camarades. Et quand on veut faire un putsch, on n'écrit pas au gouvernement.

Mélenchon : Le talon de Jean-Luc veut écraser l’insoumission en galons. Tartufferie.

Message : Gros malentendu. Darmanin parle de « bruit de bottes » et Schiappa qualifie le RN de « parti putschiste ». Ce langage est une manière de plier le sujet, alors que les militaires sont légalistes quand ils demandent de ne plus tergiverser et d'appliquer la loi. Si Marine Le Pen s’était tue et que le texte n’avait pas mentionné les Gilets jaunes, il y eût un espace pour le président d'engager un dialogue. La France n'est pas la Suisse, hélas.

Racisme : L'armée est le seul lieu étatique où l'intégration fonctionne.

Sanctions : Le dessin de Chaunu résume tout.


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