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International

La synthèse

Terrorisme islamique : le vivier marocain

Par Philippe Oswald - Publié le 05 septembre 2017

Les attentats de Barcelone ont mis le projecteur sur une main d’œuvre privilégiée du terrorisme islamiste : la diaspora marocaine, explique l’écrivain et diplômé en sciences politiques Driss Ghali (éditeur du site www.manumilitari.info) dans cet article de Causeur.

L’origine marocaine des terroristes n’est pas une nouveauté : comme les frères Oukabir à Barcelone, les frères Abdeslam et les frères Bakraoui, les terroristes du Bataclan et de l’aéroport de Bruxelles, étaient nés de parents marocains.

Pour les islamistes de Daech, les Marocains sont un vivier de choix car « ils réunissent plusieurs critères recherchés par toute organisation terroriste » :

-Ils sont surtout présents en Europe : près d’un million en France, 750 000 en Espagne, 500 000 en Belgique (où ils forment la première communauté étrangère). « Ils sont comme des poissons dans l’eau dans plusieurs capitales européennes où ils disposent de zones de repli où règne la loi du silence comme Lavapiés à Madrid, Slotevaart à Amsterdam et le tristement célèbre Molenbeek à Bruxelles. »

-Souvent berbères, ils peuvent utiliser d’autres langues que l’arabe, ce qui complique la tâche des services de renseignement. En outre, la diaspora marocaine la plus récente provient d’une même région, le Rif, connue pour son fort sentiment identitaire (d’où une solidarité clanique).

-Des milliers d’entre eux ont été incarcérés à un moment ou un autre pour trafic de cannabis (en Italie, un étranger en prison sur quatre est Marocain) et ont noué en prison des liens avec des fournisseurs d’armes et de cachettes. « L’avènement d’une Moroccan Connection mêlant trafic de drogue et terrorisme serait une catastrophe.»

-A ces éléments factuels, s’ajoute selon Driss Ghali « une double fragilité » de la  diaspora marocaine : la difficulté de concilier deux cultures aussi éloignées que l’européenne et la nord-africaine, et l’absence d’antidote contre le fanatisme religieux dont l’histoire marocaine donne de nombreux exemples (notamment ceux de rois ayant perdu leur trône pour s’être détournés de la « religion correcte »). Mais il semble qu’on pourrait en dire autant de beaucoup de pays où domine l’islam.

D’ailleurs l’auteur, analysant ensuite le processus qui conduit une « petite frappe » à se grandir à ses propres yeux en devenant moudjahid, constate que ce qui vaut pour les Marocains vaut aussi pour les Algériens, les Egyptiens ou les Maliens, tous spectateurs « d’un monde arabe en plein chamboulement, déchiré par les guerres et gangrené par la pauvreté », via notamment les réseaux sociaux.

Conclusion : Si les autorités marocaines collaborent efficacement avec Paris et Madrid en matière de lutte contre le terrorisme, « le Maroc change à grande vitesse et les signaux émis par la jeunesse appellent à une vigilance accrue », avertit  Driss Ghali. Les succès électoraux des islamistes aux législatives depuis 2011 traduisent l’enracinement des idées des Frères Musulmans. « Condamnée à vivre en marge de la mondialisation, à cause du chômage (38% chez les moins de 25 ans en milieu urbain)  et des entraves à l’immigration (…) la société aligne valeurs et comportements sur l’islam agressif et intransigeant du Moyen Orient. »


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