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La synthèse

Terreur et famine, la Corée du Nord s'enfonce dans la nuit

Par Philippe Oswald - Publié le 10 juin 2021

L’épidémie de la Covid 19 n’a officiellement provoqué aucun décès en Corée du Nord ! Personne, naturellement ne peut croire une seconde à cette fable. Mais la crise sanitaire a servi de prétexte à un nouveau tour de vis de la part d’un régime qui bat tous les records de la tyrannie. Pour empêcher le virus de pénétrer dans le pays depuis la Chine voisine, la Corée du Nord a imposé un confinement draconien en janvier 2020 : Kim Jong-un a ordonné d’ouvrir le feu sur toute personne qui tenterait d’entrer dans le pays ou de le quitter. Les échanges commerciaux avec l’allié chinois, principal partenaire économique de la Corée du Nord, ont repris depuis quelques mois mais restent très en-deçà (20%) de ce qu’ils étaient avant la crise sanitaire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a prévenu que la pénurie due à l’absence d’importations l’obligerait à interrompre ses opérations de distributions alimentaires en Corée du Nord cette année.

Le spectre de la « grande famine » hante à nouveau les Nord-Coréens. Ils seraient 10,6 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population (25,8 millions), à éprouver durement la pénurie alimentaire, selon un porte-parole de Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Mais 40% des habitants souffraient déjà de malnutrition avant la pandémie. Kim Jong-un lui-même a averti le pays en avril dernier qu’il fallait se préparer « au pire ». Il a appelé les membres du gouvernement « à une nouvelle ‘marche forcée’ de travail et de sacrifice ». Cette expression de « marche forcée » parle aux Nord-Coréens : elle les renvoie à la grande famine des années 1990 qui entraîna la mort de centaines de milliers, voire de plus d’un million de Nord-Coréens sous le règne de Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un. Provoquée d’abord par l’administration communiste du pays (comme jadis en Chine et en URSS), la famine résulte aussi des sanctions internationales imposées par l’ONU en réplique au programme nucléaire de la Corée du Nord et de ses lancements répétés de missiles. À peine Joe Biden élu, le « Maréchal » Kim Jong-un a fait tirer deux missiles balistiques pour le défier.

C’est une constante de l’Histoire. Les crises servent à toutes les « républiques populaires » pour renforcer leurs régimes. La République populaire démocratique de Corée perpétue jusqu’à la caricature ce vieux réflexe. Ces derniers mois, Kim Jong-un a adressé une série de longues lettres aux organisations du régime comme la Ligue de la jeunesse ou la Fédération générale des syndicats de Corée, pour les féliciter de leur « loyauté » et de leur « patriotisme » selon l’agence de presse nord-coréenne. Les médias de Pyongyang ont également multiplié des rapports de propagande exaltant les jeunes « volontaires » livrés à des travaux manuels pour le compte de l’État (il paraît qu’ils feraient la queue pour descendre dans les mines !). Quant aux réfractaires, tels les jeunes amateurs de séries, films et musiques sud-coréennes, ils sont qualifiés par le dirigeant nord-coréen de « criminels » contaminés par les influences étrangères qui constituent de « dangereux poisons ». Dans sa lettre à la Ligue de la jeunesse, le leader a dénoncé les « paroles, les actes, les coupes de cheveux et les accoutrements des jeunes », en annonçant une large opération de « nettoyage », dans la grande tradition totalitaire. Quant aux persécutions religieuses, elles restent à leur paroxysme depuis avril 2014, conformément à l’ordre donné alors par Kim Jong-un « d’arrêter les personnes qui ont des contacts avec le christianisme », selon le Centre de données des droits de l’Homme nord-coréens (NKDB), basé à Séoul.


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