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Eglise

La synthèse

Soutenir les prêtres à bout de force en respectant le droit

Par Philippe Oswald - Publié le 01 novembre 2018

Les suicides, en moins d’un mois, de deux jeunes prêtres accusés d’agressions sexuelles envers des jeunes femmes, a ébranlé l’Eglise en France. Chacun s’interroge sur les actes désespérés de ces pasteurs, à commencer par leurs évêques qui se demandent ce qu’ils auraient pu dire et faire pour prévenir ces tragédies. Depuis, les témoignages se multiplient sur le « burnout » de prêtres, souvent dans la force de l’âge mais d’autant plus sollicités que leurs ministères semblent couronnés de succès.

Le site de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Féjus/Toulon publie la belle « Lettre à un prêtre désespéré » d’un paroissien anonyme. Ébranlé lui aussi par ces suicides, il a pris conscience, écrit-il, de tout ce qu’il devait à son pasteur, dispensateur des sacrements, ministre de l’Eucharistie, conseiller et soutien dans ses difficultés de laïc. Il lui écrit pour lui témoigner de sa reconnaissance, multiplier sur lui les bénédictions, et pour l’inviter à partager un bon repas. Au passage, il lui reconnaît le droit de ne pas être « un surhomme incapable de désespérance », d’avouer que sa paroisse est un fardeau parfois trop lourd à porter, avec ses zizanies, ses paroissiens indélicats, râleurs ou carrément calomniateurs et persécuteurs, ses enterrements à la chaîne que les baptêmes ne compensent plus, sans oublier la solitude et le célibat certainement plus lourds à porter qu’autrefois (cf. LSDJ n°482). Avec les affaires de mœurs dont les révélations se succèdent, ce prêtre doit en outre porter, comme tous ses confrères, le poids du soupçon ou même d’une malveillance qui n’hésite plus à se manifester publiquement.

Les évêques, sur la sellette pour avoir tardé à réagir, courent à présent le risque de surréagir, quitte à malmener parfois le droit au détriment de l’accusé. C’est la crainte qu’exprime l’abbé Bernard du Puy-Montbrun, doyen émérite à la Faculté de droit canonique, docteur en droit canonique et diplômé en sciences criminelles, dans un article accessible sur le site Smart Reading Press (en lien ci-dessous). Il pointe dans des lettres épiscopales récemment publiées en gage de bonnes résolutions, des expressions telle que « souffrance imprescriptible » des victimes, où il voit le passage d’un registre juridique à un registre psychologique et subjectif, source de toutes les confusions : « Par compassion pour les victimes, écrit-il, certains responsables ecclésiaux cèdent à la précipitation en adoptant des attitudes de repentance qui ne respectent pas suffisamment le droit naturel de la défense et la présomption d’innocence. Au risque de la «mise à mort» de clercs innocents. » 

 

 


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