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Sorcellerie, astrologie, voyance… Quand les Français croient en n’importe quoi

Par Judikael Hirel - Publié le 11 décembre 2020

À quel moment nos contemporains ont-ils perdu la foi, et la raison ? « Quand les gens cessent de croire en Dieu, ce n’est pas pour croire en rien, c’est pour croire en n’importe quoi », anticipait G.K. Chesterton. Il semble que ce soit désormais le cas.

Ainsi, une note de la Fondation Jean Jaurès intitulée « La vérité est ailleurs ? », revient sur les résultats d'une enquête réalisée par l'Ifop pour Femme actuelle le 30 novembre 2020. Le constat est édifiant : « contrairement à certaines idées reçues qui tendent à les réduire à des croyances obscures et marginales, l’engouement pour les parasciences est un phénomène à la fois majoritaire et de plus en plus répandu. » En effet, une majorité de Français (58%) déclare croire à au moins une des disciplines de parascience, à savoir l’astrologie (41%), les lignes de la main (29%), la voyance (26%), la numérologie (26%) ou la cartomancie (23%). Concernant la sorcellerie, 28% disent y croire (contre 18% en 1981), et même 69% des 18-24 ans…

Selon Louise Jussian, auteur de la note, cet engouement pour la sorcellerie « peut être relié au goût prononcé des jeunes pour le paranormal, notamment véhiculé par les productions culturelles américaines. On ne compte plus le nombre de films et de séries reprenant les thématiques de sorcellerie qui ont envahi nos grands et petits écrans depuis la fin des années 1990 : du triomphe de la saga Harry Potter à la vague vampires et sorcières impulsée par la série Charmed et la pentalogie Twilight. » Les jeunes adultes d’aujourd’hui ont littéralement baigné dans cet univers qui a pu les marquer, sinon banaliser certaines croyances et pratiques.

Les jeunes femmes, qui auraient tendance à consommer davantage les séries et films mettant en scène sorcières et autres êtres paranormaux, y sont plus sensibles encore. Ainsi, 53% des femmes de 25-34 ans croient eux envoûtements et à la sorcellerie, contre 23% des femmes de 65 ans et plus et 15% des hommes de 65 ans et plus. « On peut aussi y voir le retour en grâce de la figure de la sorcière dans certains milieux féministes », comme le fit Marlène Schiappa il y a quelques mois de cela, revendiquant dans une tribune que l’on réhabilite la figure de la sorcière afin d'en faire un symbole féministe. La transformation actuelle de l’astrologie en repère identitaire ne devrait pas améliorer les choses. « À travers l’astrologie, estime Louise Jussian, les jeunes parlent le même langage et utilisent les mêmes codes pour se comprendre et ils n’hésitent pas à le montrer, comme en témoignent les réseaux sociaux, notamment Instagram, où sont régulièrement postées des publications sur l’astrologie. »

Plus largement, on peut aussi voir dans ces croyances ésotériques « des refuges au besoin de croire ».

Comme le soulignait déjà en 2002 le politologue Daniel Boy dans son article « Les Français et les para-sciences : vingt ans de mesure » de la Revue française de sociologie, « une part de plus en plus importante du public se détache des systèmes de représentations du monde fortement structurés que constituent d’un côté le catholicisme orthodoxe, de l'autre l’athéisme militant. Or, les croyances au paranormal se développent précisément, en l'absence de ces systèmes de représentation du monde. »


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