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Politique

La synthèse

Réussir le déconfinement pour éviter la déconfiture !

Par Philippe Oswald - Publié le 21 avril 2020

Le Danemark, la République Tchèque, la Norvège, la Suisse, la Slovaquie, l'Autriche, l’Allemagne ont entamé leur déconfinement par étapes. Par exemple, en Autriche, les commerces de moins de 400m², les jardineries, les magasins de bricolage et les jardins publics ont ouvert leurs portes dès le 14 avril. Les autres commerces, grands centres commerciaux ou coiffeurs, seront de nouveau accessibles le 1er mai, les hôtels et restaurants le 15 mai. La France, elle, devra attendre le 11 mai pour entreprendre son déconfinement progressif, soit plus de trois semaines après l’Allemagne (19 avril). Avec moins de 5000 morts, l’Allemagne a contenu l’épidémie grâce à des dépistages précoces, à ses moyens hospitaliers, et à la réactivité que lui donne l’autonomie de ses Länder. Tandis qu’avec un budget santé équivalent à celui de l’Allemagne, la France, pourtant moins peuplée et moins vieillissante, vient de franchir le cap des 20 000 morts (la canicule de l'été 2003 en avait fait 19 000). Même si une certaine prudence s'impose en raison de différences de méthodes de comptage entre les deux pays, il y aurait quatre fois plus de victimes en France qu’en Allemagne ! Faut-il s’étonner que moins d’un Français sur deux (46%) fasse confiance à l’exécutif pour lutter efficacement contre l’épidémie, selon un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche (19 avril) ?

Pour la France, d’ores et déjà, le choc du confinement est majeur. Selon Nicolas Baverez (en lien ci-dessous) « deux mois de confinement laisseront la France avec une chute de 10% de son PIB, un déficit de 12 à 15% du PIB et une dette publique de plus de 120% du PIB. Des milliers d’entreprises vont faire faillite, notamment des TPE, et nombre des 8,7 millions de chômeurs partiels ne retrouveront pas leur emploi. » Si l’on peut prédire une explosion de la dette publique de 20 à 30% du PIB, les dégâts politiques, sociaux et psychologiques sont incommensurables. À l’insurrection des « banlieues » – spécificité française dont on voit déjà les prémices avec le refus ostentatoire du confinement et la multiplication des agressions contre la police – s’ajoutera un effet « gilets jaunes » creusant l’écart entre les Français, s’agissant de l’éducation, des revenus, et de la santé.

Dans quel état sera la France quand l’épidémie sera jugulée ? Dans celui d’un pays sous tutelle des pays d’Europe du Nord et des marchés financiers, prédit Baverez. Espérons qu’un sursaut général puisse lui donner tort ! Les spéculations sur ce que pourrait donner une immunité collective restent ouvertes. Il n’empêche que le confinement strict la retarde (à peine 6% des Français seraient actuellement contaminés quand il en faudrait 70% pour obtenir une immunité collective). La crédibilité entamée du Conseil scientifique et de ses « experts » aux avis à géométrie variable (sur les masques, les tests, les traitements…) peut laisser augurer un retour des politiques mis au pied du mur de leurs responsabilités (faisons un rêve…), pour réviser, notamment, l’application paralysante jusqu’à devenir mortifère du principe de précaution (on le vérifie jusqu’à la caricature avec les tirs de barrage contre le traitement à l’hydroxychloroquine du Pr Raoult).

Réussir la sortie du confinement est donc un enjeu crucial. Il nécessitera la généralisation des masques (de tous types, fussent-ils « hors normes »), des tests (même de qualités inégales), des quarantaines et des traçages « ciblés ». Mais il impliquera aussi une simplification et un assouplissement administratifs dont les Français ont perdu l’habitude (mais pas forcément le goût et le désir) depuis des décennies. Confrontés à la nécessité, ils ont retrouvé le réflexe ancestral du « système D ». Mais il leur reste à se réapproprier – du premier au dernier de cordée – la pratique du principe de subsidiarité (une notion manifestement inconnue à l’ENA). Enfin, l’idée d’une réindustrialisation de la France refait surface. Jusqu’aux années 1990, notre pays fabriquait des machines, des médicaments, des masques, des vêtements dont les productions ont été délocalisées pour des profits à court terme, au nom de la mondialisation. Si la crise sanitaire entraînait, au bout du compte, un redémarrage industriel, elle pourrait s’avérer bénéfique. Cela exigera beaucoup de sueur et de larmes. Les Français, dans leur majorité, peuvent y consentir. Encore faudra-t-il que les politiques aient le courage d’entreprendre une profonde réforme de l’État et d’abjurer les chimères (les 35h par exemple, particulièrement désastreuses à l’hôpital) qui nous ont désarmés.


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