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Patrimoine

La synthèse

Restauration de Notre-Dame : il y a loin du calice aux lèvres (n° 677)

Par Louis Daufresne - Publié le 14 juin 2019

Deux mois après l’incendie de la cathédrale, seulement 9 % des promesses de dons sont arrivés, soit 80 M€. Il s'agit des petits dons particuliers souscrits sous formes de chèques, de virements et même d'espèces. Ce chiffre de 9 % est confirmé par le recteur du lieu, Mgr Patrick Chauvet, et le ministre de la Culture Frank Riester. Celui-ci s'explique par les exigences posées par les grands donateurs. Bernard Arnault et François Pinault ont promis respectivement 200 et 100 M€. Ils veulent tout simplement savoir ce qu'on fera de l'argent qu'ils s'engagent à verser, ne souhaitant pas que l’État s’approprie leur obole pour les placer à sa guise.

Deux cultures entrent ici en conflit : étatiste et libérale. Comme Arnault et Pinault, le courant philanthropique américain se rattache à la seconde. Les donateurs s’attendent ici à ce qu’on leur rende des comptes très scrupuleux, étape par étape. D’où le principe du goutte à goutte : des conventions vont être signées, explique-t-on rue de Valois, et les dons vont être versés en fonction de l'avancée des travaux. Ce qui signifie que des tranches pourraient ne pas être honorées si la rénovation n’était pas du goût des donateurs, ce qui pose une question politique : qui est apte à choisir ? Celui qui paie ou celui représente la puissance publique ? On ne va pas trancher ce débat maintenant. Reste que ce chiffre de 9 % peut être associé à deux mots/maux : l’inquiétude et l’incertitude.

L’inquiétude : ce chiffre arrive après la passe d’armes entre la Fondation du patrimoine d’un côté, l’archevêché de Paris et le ministère de la Culture de l’autre. Le mois dernier, la FdP avait interrompu sa collecte, estimant que les gens avaient assez donné. Mgr Michel Aupetit et Frank Riester s’en étaient indignés. Quand on rapporte cette décision unilatérale au fait que peu d’argent soit aujourd’hui disponible, on peut se demander si les acteurs concernés n'auraient pas pu mieux se concerter. D'autant que le projet de loi de restauration de l'édifice - que le gouvernement voulait faire adopter rapidement - ne devrait pas l'être avant fin juillet après que la majorité de droite du Sénat eut tenté en vain de gommer le volet destiné à déroger à certaines règles (urbanisme, environnement, construction, patrimoine).

L’incertitude : la somme finale de ce qui entrera dans les caisses n'est pas connue et les premiers travaux ont déjà engendré une dépense de 23 M€, selon Mgr Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale. « Notre-Dame, a prévenu Frank Riester, est encore dans une situation fragile notamment au niveau de la voûte qui n'a pas encore été sécurisée et qui peut toujours s'écrouler ». Ces travaux de sécurisation pourraient prendre encore des semaines, ce qui retarde d’autant les expertises longues et complexes pour les travaux de rénovation.

Le temps de l’Église, dit-on, n’est pas celui du monde mais, pour le coup, le compteur s’inverse : face au risque d’étalement dans la durée, le clergé s’attache à montrer que Notre-Dame, hic et nunc, est bien vivante : l'archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, y célèbre une messe demain samedi 14 juin, avec une petite trentaine de personnes. Si le port du casque sera certainement demandé à l'entrée, les religieux entendent bien rester en vêtements liturgiques habituels. « Pour des raisons évidentes de sécurité », selon le diocèse, il n'y aura pas de fidèle mais la messe sera transmise en direct par la chaîne catholique KTO pour que les « chrétiens puissent y participer et communier ». L'office d'une heure aura lieu à 18 H 00 dans la chapelle située derrière le chœur, un endroit sécurisé. Outre Mgr Aupetit et Mgr Chauvet, des chanoines, des bénévoles et des personnes travaillant sur le chantier ou encore quelques laïcs du diocèse de Paris seront présents. La date choisie n’est pas neutre : la fête de la Dédicace – qui commémore la consécration de l'autel de la cathédrale – a lieu habituellement le 16 juin. Le parvis devrait rester fermé au public, le nettoyage y étant encore en cours. Des vêpres précédant la messe, un temps envisagées à cet endroit, ne pourront donc s'y tenir. De même, le projet d'ouverture d'un sanctuaire marial, abritant sous une tente une reproduction de la Vierge du pilier, lieu d'accueil pour pèlerins et prêtres, devra attendre. Depuis l'incendie, entre 60 et 150 ouvriers s'affairent sur le chantier, continuant d'évacuer les gravats et de stabiliser la structure. « Le Seigneur nous fait parfois passer par des chemins inattendus », ironise Mgr Chauvet dans son livre Notre-Dame d'espérance, bouclé juste après l'incendie. De fait, l’espérance est encore loin, au bout d’un chemin tortueux et périlleux.


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