La Sélection du jour | Que peut encore faire la France au Sahel ? (n°1040)
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Que peut encore faire la France au Sahel ?

Par Philippe Oswald - Publié le 13 août 2020

Le massacre, dimanche 9 août, de six jeunes humanitaires français et de leurs deux guides sur l’unique route nigérienne réputée « sûre » à proximité de Niamey, est un nouveau signe de l’impossibilité de « sécuriser » le Sahel. Cette région a la taille de l’Europe et les soldats français de l’opération « Barkhane » ne sont que 4500 (au Mali, au Niger, au Tchad). Les djihadistes de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et autres groupes locaux y rivalisent de violences, d’abord contre les civils. Les Occidentaux, en particulier les Français, sont leurs cibles de prédilection en raison de l’engagement des troupes françaises pour les combattre. Il faut bien sûr pourchasser et châtier ces criminels tout en mettant en place d’urgence de nouvelles mesures de protection pour les Français comme l’a annoncé le président de la République. Non seulement au Niger, au Mali, au Tchad, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, mais dans tous les pays d’Afrique où les islamistes progressent (ils viennent d’investir le port stratégique de Mocimboa da Praia, au nord du Mozambique). Cependant les victoires tactiques obtenues pas nos militaires et leurs alliés locaux (5 000 soldats des pays du G5 Sahel : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) ne permettront pas d’obtenir la paix sans une stabilisation politique de ces pays en proie à la corruption, à la désorganisation, au clanisme, aux luttes interethniques, et dans lesquels l’islam reste le lien le plus fort.

Au nom de l’islam, il est facile de monter les populations contre les « infidèles » venus pourtant les secourir. C’est ce qui se passe actuellement au Mali : l’hostilité contre les Français, de surcroît perçus comme alliés d’un pouvoir corrompu, grandit. Autant dire qu’une pacification de ces pays par des « libérateurs » devenus des « occupants » tiendrait du miracle… Ce qui se profile au Sahel, où la France est engagée militairement depuis sept ans et demi (opérations « Serval » puis « Barkhane ») contre un ennemi qui renaît sans cesse de ses cendres, c’est malheureusement un pourrissement comparable à celui de l’Afghanistan ou de l’Irak. Cela n’échappe pas aux Américains qui envisagent de réduire leur engagement financier en faveur des forces onusiennes de la Minusma destinées à stabiliser le Mali (13 000 soldats et 1 800 policiers). Quant à l’Union européenne, ses aides financières très mesurées suffisent apparemment à lui donner bonne conscience pour laisser les soldats français risquer leurs vies.

Comment sortir de l’impasse ? Il faut envisager une stratégie à long terme de désengagement progressif, estime Renaud Girard dans cet article du Figaro (en lien ci-dessous). Nous pouvons certes et même devons intervenir ponctuellement dans la légalité internationale pour secourir un allié, sauver nos ressortissants ou prévenir des attentats sur notre sol, mais « nos armées n’ont pas vocation à stabiliser, pour de longues périodes, des régions entières d’Afrique ».


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